Presque
tous les soirs, nous retrouvons Artemania et ses amis,
dans son atelier de peinture « Artemania ».
Elle y expose ses tableaux , ceux de ses élèves,
son tableau en cours. Elle essaye différentes
techniques : collage, brossage, peinture à
l’huile, acrylique. Elle alterne tableaux de
commande (c’est ainsi qu’elle peut vivre
de sa peinture) et peintures plus personnelles. Adriana
a installé un bar dans son atelier. Sur le
trottoir, deux petites tables en plastique sont disposées,
on joue aux cartes, on boit un verre, on discute,
pendant qu’Adriana peint, on lui donne des conseils
sur la peinture, on discute de l’intérêt
d’un sujet, on assiste aux transformations d’un
tableau (une ombre disparaît, réapparaît,
les formes naissent des taches de couleurs, un pied
de table est déplacé, un objet est effacé,
une ligne de perspective modifiée…) c’est
le work in progress, la création à l’état
de fabrication, au milieu des gens qui boivent, discutent,
écoutent de la musique, un peu comme les sculpteurs
d’Ubud en Indonésie travaillent dans
la cour de la maison pendant que la femme prépare
le repas, que la grand-mère somnole, que les
enfants jouent, c’est l’écrivain
qui écrit au café, l’art dans
le quotidien, dans la simplicité, comme un
acte extraordinaire dans l’ordinaire. Tous se
connaissent, on discute politique du pays, liberté,
recettes de cuisine, architecture, poésie,
voyage…Le rythme est à la tranquillité
: disponibilité des gens, souplesse des emplois
du temps, on est loin de la vie minutée telle
qu’on peut la vivre chez nous. Quand elle le
veut, Adriana ferme son atelier pour sortir avec ses
amis, ou donner des cours de peinture. Pas d’horaire
affiché et personne ne s’en formalise.
Adriana a eu très jeune une vie de femme mariée,
mère au foyer consacrant son temps à
sa famille; à 33 ans, elle a touché
un pinceau et depuis elle ne l’a jamais quitté,
elle avait trouvé sa voie, son moyen d’expression,
sa manière de vivre bien à elle.
Adriana, Fernando, Maria Elena sont le noyau dur d’Artemania,
le cœur, on discute pendant des heures, on fait
des tournois de cartes, de quarenta, puis quand chacun
est fatigué, on aide Adriana à ranger
les tables, fermer les portes, chacun s’évanouit
dans la nuit , à vélo, à pied,
en annexe. D’autres personnes gravitent autour,
viennent un jour, disparaissent, réapparaissent,
c’est ce qui fait la richesse des rencontres
d’Artemania…
Il
faudrait tous les nommer, les amis d’Artemania,
Mercedita, Miriam, Paola, Bismark, Oswaldo, Carlos,
Maria Alina, Patricia, Tony, les nommer pour ne jamais
les oublier, les garder avec nous…La plupart
ont des racines lointaines européennes, physiquement
ils nous ressemblent, c’est comme si avec eux
on avait transposé des amitiés de France,
ici, si loin de la France. Et tout ça en espagnol. |