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Kauehi
Kauehi, l'île
longue plantée de cocotiers, prolongée en interstice
par des motus et embrassant le lagon. De 50 mètres de profondeur
à quelques centimètres au bord de la plage s'étend
le lagon, en son sein, tout ce qui peuple l'imaginaire des pêcheurs
et qu'alimentent ceux restés sur le rivage: tortues, requins,
baleines, raies, murènes, bénitiers, varos...et
la multitude de poissons tels perroquets, baracudas, merous, demoiselles,
poissons chirurgiens ... |
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Le
village de de Tearavero sur l'atoll de Kauehi |
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On
est nourri du ventre du lagon et on en souffre aussi: la ciguatera
libère son poison, sévit: cette algue toxique qui
abonde sur le corail mort, détruit par exemple par un cyclone,
est mangée par les poissons; la toxine se diffuse dans
le corps des poissons et dans le corps de celui qui mange les
poissons, l'homme. Paralysie, coma, séquelles neurologiques
irréversibles, au mieux étourdissement, je connais
quelqu'un resté paralysé deux ans dans un fauteuil
roulant pour avoir mangé un petit perroquet contaminé.
Ne
jamais se fier à ce que disent les pêcheurs sur les
poissons qui ont ou pas la ciguatera, ils en sont les premières
victimes. Tous les poissons sont suceptibles d'être contaminés.
Renoncer à manger du poisson du lagon est la meilleure
des solutions pour ne pas être malade. |
| Le
ballet des Remoras.
On en a eu jusqu'à 10 accrochés sous le bateau.
Ils se précipitent sur tout ce qu'on jette à l'eau
avec une nette prédilection pour le contenu solide des
couches d'Elanore ou de l'équivalent de ses parents en
provenance du seau hygiénique...
Petite
ballade au moteur pour reperer un mouillage de repli en cas de
vent d'ouest. |
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| Il
ne pousse ni fruits ni légumes sur l'île et sachant
que le poisson est contaminé, qu'il n'y a pas d'animal sauvage
à chasser type chèvre ou cochon comme aux Marquises,
se nourrir devient un cauchemar pour diététicien.
Il reste les boites de conserve ( mais l'unique épicerie
exerce un monopole préjudiciable pour les prix), le riz et
la noix de coco, seul aliment abondant et gratuit sur l'île.
Beaucoup d'îliens souffrent de surpoids. Bernard Moitessier
sur une autre île des Tuoamotu, Ahé, avait réussi
à faire pousser fruits et légumes et avait essayé
d'enseigner ses méthodes d'agriculture aux habitants de l'île;
vains efforts, ils ne l'avaient pas suivi. Aujourd'hui, parait-il
ses plantations sont mortes et l'île est revenue à
sa monoculture de cocotiers. Seul ravitallement de l'île de
Kauehi, tous les quinze jours, la goelette apporte de la nourriture
à acheter et toute l'île croque alors des pommes de
Nouvelle Zélande. |
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Kauehi,
portrait en négatif: absence de fruits, de légumes,
de poissons à manger. Est-ce parce qu'il est plus simple
de faire le portrait en négatif que je commence ainsi?
Portrait en négatif, tel le visage de la Vierge que Pierre
taille dans la nacre, ne laissant apparaître que les yeux
et la bouche en nacre jaune. Portrait en négatif avec mes
repères, mais ici à Kauehi, personne ne se préocupe
de la ciguatera et les gens mangent le poisson du lagon, personne
ne souffre de l'absence de fruits et légumes, et leur repères
nutritionnels sont perturbés par l'introduction de nourriture
industrialisée type gateaux apéritifs, glace, boisson
sucrée...négatif avec mes repères...
Kauehi,
portrait en positif: commençons, sans pouvoir finir. Abondance:
lumière, couleurs, variété des bleus de la
mer, des roses des couchers de soleil, du blanc du sable, de l'ombre
des cocotiers, silence, vent.
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| Oiseau
noir avec le haut de la tête blanc... Sterne en négatif? |
| Les
bénitiers ont des lèvres bleues, vertes, marrons,
noires, tachetées, ourlées dans la transparance
de l'eau, ils montrent leurs bouches nues, ils murmurent dans
la mer, se rétractent, se taisent quand une ombre passe
sur eux, sourds, à leur murmure, on les tue, on les mange.
Interdits de commerce, mais pas de pêche semble t-il?
Que n'ai-je
appris le langage des bénitiers?
Que murmurent les lèvres des bénitiers? |
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La
reine du lagon dans sa piscine privée, au loin son yatch. |
Repas
chez Ririfatu et Terai avec Joël et Anne-marie.
Aujourd'hui
c'est pahua (bénitiers) au curry |
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| J'aurais
appris un peu du langage des hommes de Kauehi, leçon magistrale
d'accueil et de partage. Chasse aux bénitiers, aux varos,
aux crabes de cocotiers, arrivée de la goelette, de l'avion,
fête religieuse du rosaire, visite annuelle du prêtre,
du médecin, fête du village, visite d'une ferme perlière,
week-end au motu, sculpture de la nacre: nous vivons au rythme de
l'île, témoins et acteurs, découvreurs à
coup sûr. Notre guide, notre passeur, celui qui est devenu
notre ami c'est Ririfatu. Ririfatu sculpte la nacre, réalise
des tableaux de nacres, il passe des après-midis courbé
sur sa meuleuse, de la poussiére grise s'échappe de
ses doigts, comme les pensées d'une tête. De ses doigts
naissent les fleurs, les raies, les banderoles, les actions de grâce.
Pierre l'aide au dessin, lui ouvre l'imagination vers de nouveaux
motifs. Tous les jours, nous sommes chez Ririfatu, Pierre et lui
travaillent la nacre, Elanore apprend à marcher, se baigne
entourée de petits poissons dans l'eau turquoise, je discute
avec Terai, rend visite à Joséphine, ou je vais avec
Joël et Anne Marie promener leur chien Zaza. C'est à
Kauehi que nous avons appris à bien connaître Joël
et Anne-Marie.Pierre et Joël sont des camarades d'école
à 30 ans de décalage, ils ont l'âge de nos parents,
ce sont pourtant nos copains, nous sommes les deux seuls voiliers
au mouillage, devant l'île. |
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| Offrir
des fruits au sirop comme un cadeau de prix, recevoir des perles
noires, des colliers de nacre comme des fantaisies...
Quand j'ai dit à Ninirey qu'on avait des bananes à
bord et qu'on allait lui en donner, ses yeux se sont illuminés...on
arrive pour donner nos bananes, les gamins sont attroupés
pour en recevoir une.
On offre citrons verts, bananes et pamplemousses à Ririfatu,
il les garde longtemps dans une coupe de fruits sur la table de
sa salle à manger, j'imagine qu'il doit retarder le moment
de les manger, les regarder, penser à la possibilité
de les manger avant de les manger. |
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Le
curé de la paroisse est arrivé. Le curé s'occuppe
de 14 iles donc il ne vient en moyenne que 2 semaines par an.
Une grande fête est organisée à laquelle tout
les voiliers au mouillage sont invités (c.a.d Oukiok et
Caracolito). Chaque quartier a organisé un tour de chant,
chaque famille arrive avec une grosse marmite dans laquelle tout
le monde vient se servir. |
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Quelques
arbres à pain dans le village, quelques papayers plantés
chez le seul popaa de l'île, et les pommes de Nouvelle Zélande
qu'apporte la goelette. Chaque jour, Pierre et moi nous nous partageons
un pamplemousse cueilli aux Marquises. Nous en avons 28, stockés
dans le filet sous le panneau solaire. Un pamplemousse mangé
est un jour qui passe, nous mesurons le temps au nombre de pamplemousse.
Quand nous n'aurons plus de pommes, ni de pamplemousses, ni de
citrons, ni d'oranges, où serons-nous? Il nous faudra rentrer,
aller à Papeete, retrouver un peu de confort de la ville.
Quand nous n'avons plus eu de fruits, nous étions sur l'île
de Toau, nous avons rencontré par hasard un catamaran qui
faisait du charter et qui débordait de fruits; ils nous
en ont offert et nous avions les mêmes yeux que Ninirey
à la vue des bananes. |
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Le
dimanche, après-midi à Kauehi: sur la place du village,
jeux de boules, de volleyball, de billes, suivant les âges.
On apporte son siège et on discute à l'ombre des
arbres.
A chaque
fois que l'on parle de notre départ de Kauehi, j'ai l'impression
de parler d'une trahison, celle avec Ririfatu et Terai, sa femme.
Dès que Ririfatu nous a aperçu, il nous a fait un
grand signe de la main pour nous inviter à nous approcher,
et depuis, nous passons toutes nos journées ensemble, et
beaucoup de nos repas en leur compagnie, si nous ne revenons pas
chargés de cuisses de poulet, de pain, sortis de son congélateur
et refusant les boites de conserve qu'il veut nous offrir.
Cet accueil, cette générosité fait réfléchir:
si des inconnus – plutôt très différents
de moi physiquement- venaient installer leur caravane en face
de ma maison en France, est-ce que je les inviterais à
partager mes repas, est-ce que je les couvrais de cadeaux, ou
est-ce que je leur enverrais mes chiens – je n'ai jamais
eu de chien?
A Kauehi, un habitant ouvre sa main pleine de perles noires en
disant « choisi »; ces perles sont déclassées
et sans valeur mais l'effet est saisissant, voir les nacres briller
de tous leurs éclats, vert, noir, rose, attraper et réfléchir
les rayons de soleil même les imperfections sur la rotondité
de la perle telles les rayures, trous peuvent créer de
la beauté. On se retrouve enfant attiré par l'orient.
Une vieille
dame va à l’épicerie, bourre son sac de friandises,
les sort une par une pour les donner à Elanore. Les polynésiens
sont d'une telle générosité que vivre ici
est une leçon permanente. Le don, l'accueil, on a oublié
tout cela dans nos sociétés individualistes.
Certains
ont pris nos travers. Pour Taiahau, les Tuamotou sont les Tuam's,
Kauehi Kauehi city et son lieu de travail de la perle Paradise;
on est en plein dans le modèle du rêve américain,
Tahiahau se présente crâne rasé, chaine en
or au cou, couteau de plongée au mollet, ce policier à
la retraite possède épicerie, snack, ferme perlière,
maisons à louer, malgré sa prospérité,
cela ne l'empêche pas de se moquer de nous sur la qualité
de perles. |
Le
coup de la perle: une chance sur 3000, (sur 12000 selon d'autre
sourdes) toujours est-il que je trouve une perle fine dans une
nacre sauvage...
Inutile
de venir cambrioler le bateau les perles fines n'ont pas de forme
régulière et ressemblent à des keshi, elles
n'ont aucune valeur commerciale... |
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Les
gens sont des catholiques fervents et cette ferveur religieuse
est tellement imprégnée de la beauté des
lieux qu'elle en devient séduisante. A chaque quartier
du village , correspond un évangéliste, Jean, Luc,
Mathieu, Marc (Ioane, Luka, Mataio, Mareko) , et durant les mois
de mai et d'octobre, mois de Marie et du rosaire, on dresse un
chapiteau dans un quartier qui permet d'accueillir la vierge portée
en procession. Aux dernieres lueurs du jour, l'assemblée
se réunit et marche sur le chemin de sable, au son de chants
Paumotus, certaines femmes sont habillées de blanc ou en
robe mission aux couleurs vives, les hommes portent des chemises
larges aux motifs floraux, les peaux et les cheveux sentent le
monoi, la fleur de tiaré est piquée près
de l'oreille, en bouton pour les hommes, en fleur pour les femmes.
On marche, on entend les chants, on entend la mer respirer, c'est
la nuit, c'est les étoiles, c'est la lune. Marche, sable,
chant, mer, nuit, étoiles, lune. |
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Pierre
participe activement à la décoration qui orne la
Vierge puisqu'il fabrique avec Ririfatu des décors de nacre
qu'il a dessiné puis taillé, poncé et sur
lesquels il grave des inscriptions en Paumotu comme « Dieu
est avec nous » « Saint mathieu »
...
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Une
émulation voir une compétition non déclarée
entre les quartiers existe pour réaliser les plus belles
décorations: couronne de tiarés, palmes tressées,
gerbes de fleurs, colliers de coquillage: le décor est éphémère,
les fleurs fanent vite; et puisque le chapiteau est installé
pour trois jours dans un quartier, la décoration est renouvelée
avant la procession de retour. Les chants dans cette langue étrange
car non comprise, la mer de chaque côté du chemin,
les pas dans le sable, les dernières lueurs du jour puis
la nuit alentour, la Vierge avec les couronnes de tiarés
blanches qui ressortent dans l'obscurité, le vent qui souffle,
si un mot pouvait résumer cette atmosphère ce serait
la Magie. |
| Je
repense à une procesion d'un saint à laquelle on avait
assisté en Equateur, fleurs par milliers, défilé
d'écoliers en uniforme, musique, la grande église
pleine à craquer, exubérance sudaméricaine,
ici, à Kauehi, l'assemblée ne regroupe qu'une trentaine
de personnes et l'atmosphère est confidentielle, secrète.
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Autour
du bateau, tournent les rémoras, une dizaine, cachés
sous la coque, à saisir tout ce que nous jetons à
l'eau. La nuit, ce sont des ombres blanches. Accrochés
à la coque, comme des algues vivantes, qui se déplacent,
curieuses, happeuses, au profil de requin, à la ventouse,
à la chair visqueuse...en permanence à nos crochets.
On aimerait s'en débarrasser d'un coup de pied. |
| Le
district à Tahiti, le secteur aux Tuamotu, la brousse aux
Marquises (Fatu Hiva), tout ce qui n'est pas de la ville ou du village
porte un seul nom général qui varie suivant l'endroit
de Polynésie où on se touve. Nous allons avec le Caracolito
pour l'anniversaire de Pierre au secteur de Ririfatu, c'est son
île, son motu, son domaine, nul ne peut y séjourner
à part lui. Une plage de sable en formation avec des coraux
en morceaux, l'intérieur de l'île est une forêt
de cocotiers, un fouillis de cocotiers devrais je dire, on y pénètre
par des chemins secrets connus de seul Ririfatu, on pourrait se
perdre. |
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La
lumière tamisée, des oiseaux noirs poussent des cris,
des bernard lhermites s'enfuient à notre approche, les moustiques
nous entourent nous obligeant à rester constamment en mouvement.
Ririfatu coupe deux jeunes cocotiers pour en manger le coeur, nous
sommes venus en repérage, pour la chasse des crabes de cocotiers.
Ririfatu connait leur cachette dans le tronc des arbres, il en déloge
un, avec un long couteau. Brandissant sa pince, le crabe tente de
nous dissuader de le prendre, il ressemble à une langouste
ou un homard,bleu, avec des pinces, Ririfatu lui gratte l'abdomen,
c'est une femelle et nous la relachons. |
| La
vraie chasse aura lieu la nuit, moment où les crabes sortent
de leur cachette du tronc des arbres, Elanore nous a suivi ce jour,
mais je la surveillerais cette nuit dans le bateau tandis que Ririfatu
et Pierre iront à la chasse, armés de lampes électriques
qui attirent, affolent et comme multiplient les insectes, les oiseaux,
dans la forêt; d 'un geste sûr Ririfatu attrape
les crabes, les entoure d'un élastique de chambre à
air et les met dans un grand sac. Le lendemain, on entend les crabes
bouger dans le sac. Autour du bateau, l’eau est transparente,
les coraux, poissons merveilleux. Eau tellement limpide qu’elle
donne l’impression d’être posé sur du vent,
de flotter dans l’air. |
| Visite
à la ferme perlière de Tiaihau |
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Tiaihau
nous explique la culture de la nacre. |
Le
greffeur en action
(on
ne vous explique pas le détail des opérations
parce que il y a certainement plein d'autres navigateurs
qui l'ont fait)
(Si vraiment vous voulez qu'on vous l'explique, faites le
savoir, Si votre pétition atteint les 500 signatures,
Je ferai un effort...)
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La
ferme perlière de Tiaihau.
(le gars en tee-shirt orange, c'est son gendre) |
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La
maison blanche, la maison de Ririfatu.
Anne-marie
tente de dompter la chevelure impétueuse de Joël... |
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Usinage
des nacres.
Tous les après-midi la terrasse de Ririfatu se transforme
en atelier.
On dessine, on taille, on meule, on lustre... |
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| Krani
et Joël en pleine discussion.
Les
pirates au complet... |
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le
feu rouge, la nacre, le prénom
le feu rouge
derrière le bateau, comme un coeur qui palpite, dans la
nuit c'est une pulsation de sang, après le sang éclaboussé
du soleil couchant, c'est notre repère quand tout est noir
pour savoir que nous n'avons pas dérivé. Notre ancre
est entre deux récifs et notre marge de manoeuve est réduite.
Dès le premier jour de notre arrivée à Kauehi,
nous sommes allés dans la baie du petite lagon abritée
des vents d'ouest et nous avons gardé la trace inscrite
dans le GPS. En cas de changement de vent, c'est là que
nous irons. Rien n'arrête les vents qui viennent de l'ouest,
aucune terre ne se trouve sur leur passage pour les affaiblir,
le clapos qui se lève alors peut être énorme
et mieux vaut avoir prévu un abri. Aux Tuamotu, on ne se
sent jamais vraiment tranquille. |
Pierre
trouve une nacre au fond de l'eau, par hasard. Il plonge, la récupère
et la laisse quelques jours à l'arrière du bateau.
Quand il se décide à l'ouvrir, nous sommes chez
Ririfatu. La nacre est ouverte, on fouille la chair: rien. On
trouve une perle sur deux mille nacres sauvages. On fouille à
nouveau la chair: une perle. Petite, blanche, l'apparence d'un
Keishi et la forme d'un coeur. Elle sera un pendentif pour Elanore.
C'est une
vielle femme Joséphine, la voisine de Ririfatu, celle qui
ressemble à ma grand-mère Marie, qui donne le nom
Paumotou à Elanore: princesse du petit lagon.
Le feu rouge,
la nacre, le prénom: Elanore. |
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Un
midi, sur le quai sans ombre.
Quand il n'y a plus d'ombre pour Elanore, je suis celle qui avec
mon corps lui procure de l'ombre.
Quand plus rien ne protège mon enfant, je la protège
encore. |
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| Ririfatu
habite entre le petit lagon et le grand lagon, l'un pour chasser
le varo, l'autre pour les bénitiers, il habite sur un petit
isthme de l'île, sa salle à manger ouvre sur le bleu
du lagon. Sa maison blanche est un amer sur les cartes marines,
un amer maintenant pour nous. |
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