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Nous
avons mis le cap vers les Galapagos en même temps
qu’Annapolis. Le soleil est au beau fixe, la mer calme.
Vent modéré au près. Pierre aux manœuvres,
Elanore et moi, à l’intérieur, dans
un sein/sain accord/à corps. Nous sortons de la baie
de Salinas, Pierre a hissé les voiles, Annapolis
nous devance rapidement. Au loin, on aperçoit les
jets de baleines. Le vent forcit, la mer s’agite,
nous sommes au près, sur le bateau, tout devient
désagréable, tout bouge, tremble, trébuche.
Comme souvent en début de navigation, je me sens
fatiguée et je m’endors avec Elanore. Pierre
vomit et je me dis que nous étions bien à
Bahia. |
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Arrivée
aux Galapagos: Nous longeons l'ile de San Cristobal dans le soleil
couchant. |
| Le
temps de faire cuire des pâtes, installer la toile antiroulis,
changer Elanore, moi aussi je ne me sens pas tres bien et j’éteins
la lumière, cela fait quatre heures que nous naviguons
et je n’ai pas vu venir la nuit. Dehors, un spectacle que
je n'ai jamais vu : la nuit est noire, ciel et mer noirs,
les crêtes des vagues sont fluorescentes mais d’une
fluorescence extraordinaire, on dirait une mer électrique.A
l’intérieur, tout devient n’importe quoi .
Nous ne sommes pas vraiment préparés pour ce temps
et plus personne ne fait les quarts, on laisse les cargos nous
entourer. Nous finissons par nous organisés et chacun assure
ses quarts, les cargos nous laissent tranquilles.
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En
route vers l'ouest... |
| Les
activités d'Elanore
(Ou
comment ne pas s'ennuyer en navigation sur un voilier
de 8,50 m quand on n'a que 4 mois?) |
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Lire
une histoire à Maman... |
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Jouer
au cheval sur le ventre de Papa quand il a le mal
de mer... |
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Distraire
maman en lui prêtant mes jouets... |
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Chanter
une berceuse à Papa pour qu'il s'endorme... |
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Et
enfin, attraper ce maudit singe qui me nargue depuis
des jours... |
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15
juillet
le
vent, la mer se sont calmés, le bateau va petit largue
à 6 nœuds grâce au courant qui nous pousse.
Grand soleil, mer sage, vent clément et vitesse :
le bonheur. Elanore a bien dormi et nous passons la journée
à nous amuser avec ses joujoux, manger les pattes
de l’araignée et mordre le cou de la girafe.
Cette journée de navigation est un jeu d’enfant.
Une récréation. Elle se passe à l’intérieur,
la mer est un bruit d’eau contre la coque, de vent
qui chante dans les cordages, de soleil qui joue de ses
rayons. Un coup d’œil dehors pour constater un
horizon rempli de mer : nous sommes seuls.
Nuit toujours aussi noire. Compacte. Dense. Un mur d’obscurité.
La mer est beaucoup plus calme et les crêtes fluorescentes
plus rares. La nuit beaucoup plus noire aussi. Intérieur-quiétude.
Elanore dort. Nous nous relayons pour la surveillance mais
à quatre heures du matin, fatigués, nous dormons.
Le detecteur de radar est branché. Lumière
rouge, verte, blanche, pulsations electroniques qui vibrent
dans la nuit. Deux heures après, je veille. Un petit
voilier passe derrière nous. Annapolis ?
16
juillet
Petits
nuages morcellés devant nous, au-dessus de nous,
grande traînée de poudre de nuage, derrière,
ceinture de nuages au ras de l’eau. Mer onduleuse.
Onde brillante. Soleil roi. Enfant reine. Grand bol de chocolat
chaud.
Le vent est de travers, le bateau n’est presque pas
secoué, il file à bonne allure, 5-6 nœuds
sans forcer. Temps d’accalmie. se doucher à
l’eau de mer, se sécher au soleil, baigner
Elanore dans sa belle baignoire jaune caracolito.
Avocats énormes de la Costa, fondants ; melons
juteux, quinoa aux petits légumes.
Ecrire, naviguer, voyager, prendre soin d’un enfant,
voilà tout le bonheur dont je dispose et je suis
reine.
Un oiseau avec des ailes énormes au ras de l’eau-tête
blanche- il fait penser à un albatros sans en être
un.
L’air est froid, l’eau de la mer gelée,
on est si bien à l’intérieur sous la
couverture. Elanore fait des sourires. Aujourd’hui,
ses yeux ont la forme de mes yeux, sa bouche celle de Pierre.
Hier c’était l’inverse.
Elanore découvre son corps (oreilles, pieds, mains)
pendant que nous découvrons le monde.
En
fin d’après-midi :
Elanore ne veut pas dormir, Elanore grognon. Pierre a le
mal de mer : mal à la tête, vomi. Il se
demande pourquoi il continue à naviguer son corps
ne supportant pas parfois la navigation. Les conditions
de mer sont pourtant idéales. Elanore veut s’endormir
sans y parvenir : elle râle sans cesse. Qu’est-ce
que je peux faire au milieu de ces gémissants ?
Coucher
de soleil vu de l’intérieur à travers
le hublot avant taché de gouttes d’eau de mer,
entre le génois déroulé et l’avant
du pont. Descente des couleurs ; chute du cercle parfait.
Deux oiseaux volent au-dessus du bateau, très près,
comme s’ils allaient se poser, bicolores, blancs et
noirs, entre la mouette et le petrel. Ils sont magnifiques,
ailes déployées, jouant entre eux, jouant
avec les courants d’air pendant que Caracolito file
au vent.
A travers le hublot avant, j’aperçois une lumière :
un bateau ! non, la lune !
Cette nuit là nous dormons, en ne faisans qu'irrégulièrment
les tours de veille.
Plus de vent, Pierre met le moteur, 3 heures.
324 milles, il nous reste 324 milles. Peut-être jeudi.
Même sans vent, le courant nous pousse.
17
juillet
Thé
au jasmin, toast au miel et au beurre, tout est miel et
beurre, mer calme, soleil. Aucun évènement :
parfois la mer est ainsi. On peut regarder à l’infini
cette étendue plate où rien ne se passe. Le
bateau fond lentement dans l’atmosphère, se
dilue dans l’absence de vitesse. Eau bleue marine,
le bleu des grandes profondeurs, presque la même couleur
que les yeux d’Elanore.
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Fascinés
par ce calme, ce silence. Longue houle qui se déroule.
L’évènement arrive. Devant nous, une baleine.
Si nous ne dévions pas notre trajectoire, elle sera à
quelques mètres de nous. En modifiant de quelques degrés
notre route, elle est à trente mètres. Immobile
dans la mer immobile. Son dos dépasse de la surface. A
intervalle régulier, elle souffle de l’air par son
évent. On entend un bruit rauque. Extraordinaire, ce bruit
dans l’extrême silence qui règne. C’est
une baleine à bosse. On voit la bosse. Bruit rauque. Silence.
Nous passons à côté d’elle. Elle se
tourne lentement pour suivre notre mouvement mais reste sur place.
Plus tard, à l’horizon, des jets de baleines.
Nous sommes à 250 milles de l’île Isabela des
Galapagos. Deux jours à 120 milles à 5 nœuds
de moyenne. Nous mettons le moteur quelques heures. Demain soir,
nous entrons dans l’archipel.
Avec ce voyage vers les Galapagos, nous continuons le trajet interrompu
par la période équatorienne. Nous continuons à
trois. Elanore mesure 62cm. En 9 mois et quatre mois, elle a atteint
plus du tiers de sa taille.
Cette nuit,
je crois entendre le bruit rauque de baleine, des corps de cétacés
qui glissent dans l’eau. Le vent accélère,
le bateau va à 7 nœuds. Il fuse dans l’obscurité.
Quelques étoiles dans un ciel sans nuages. La vitesse efface
bruit de la mer, baleine imaginaire, vague. C’est le bateau
qui va et tape dans la mer. Seul le bruit des voiles se fait entendre.
La nuit est glaciale comme toutes les nuits passées jusque
là. Le rideau dans l’entrée préserve
la chaleur produite par nos corps. Le matin, nous retrouvons Elanore
le dos, les cheveux humides.
Le singe accroché au plafond est resté suspendu
cett nuit et me balaye la figure. Ça me rappelle le train
fantôme des fêtes foraines quand une toile d’araignée
vient s’abattre sur les visages des passagers. Vitesse,
nuit, crainte pour rire, jeu d’enfant. Le bateau est un
train de souvenirs vers l’enfance.
Elanore s’endort, mon bras couvre sa tête, mon corps
contre son corps, ses jambes sur mes jambes. Je suis l’arc,
elle est la corde. Ou écrin de peau, coffret en peau de
maman.
Elanore dort contre son père ; allongés de
côté, il passe son bras entre ses bras ; sa
tête repose dans le creux de son aisselle. Jusqu’à
ce que les fourmis gagnent son bras mais il se défend de
bouger, reste immobile, pense à autre chose.
Le moustique qu’on avait embarqué s’est envolé
vers l’extérieur. C’est de cette façon,
apportées par les voyageurs, qu’arrivent les maladies
dans les îles. Aux Galapagos, le moustique porteur de la
dengue a fait son apparition ces dernières années.L’afflux
de touristes menace la vie sauvage. Aussi, 70% des ressources
touristiques de l’Equateur proviennent des Galapagos.
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Dans
le sillage, la baleine... |
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Caracolito
sous voiles dans le petit matin gris |
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Le
rythme de vie en mer, s'articule autour des coucher de soleil. |
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autre
coucher de soleil... |
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18
juillet
Le matin,
la mer est agitée, le vent souffle, le bateau va à
plus de 6 nœuds. Tout danse et chante à l’intérieur :
les casseroles, les couverts, l’évier avec l’eau
qui remonte dans un bruit de respiration, Elanore qui pleure.
Puis son attention se fixe sur les rayons de soleil qui jouent
au plafond. Dans leur fascination pour la lumière ,
les peintres ont gardé une âme d’enfant. Le
ciel est sans nuage, le soleil brutal. Des petites hirondelles
volent au ras de l’eau.
Le voyage en bateau permet une attention extrême à
notre fille. Dans l’intimité du bateau, l’infime
devient la norme. Le bateau est comme un utérus qui nous
contient, l’ouverture ovale de la porte est le passage vers
l’extérieur.
Mer plus calme, vitesse à plus de nœuds, soleil brûlant,
air glacé.
A 13h58, l’ile de San Cristobal est en vue, à 25
milles de là. On la confond facilement avec un nuage. Un
renflement noir de l’horizon, sans doute un de ces dômes
volcaniques.
Je suis émue : un an après son commencement
depuis Panama, le voyage se réalise. Un an et une petite
fille plus tard, nous arrivons aux Galapagos. Elanore faisait
des bulles avec sa salive et j’ai retardé le moment
de voir l'île pour la regarder jouer. Un moment auparavant,
j’étais en train de relire le passage où Nicole
Vankerkove navigue aux Galapagos. Et maintenant nous y sommes.
Une demi heure après, le doute n’est plus possible :
une île est devant nos yeux.
Nous laissons San Cristobal sur le côté et nous pénétrons
dans l’archipel. La route sur la carte est rectiligne :
c’est une percée au milieu des îles avec pour
point de mire Isabela. Ne pas s’approcher des bancs de sable
sur la gauche et des récifs sur la droite, maintenir le
cap est notre vigilance.
Nous passons la nuit à surveiller les bateaux de croisière
qui sillonnent la mer entre les îles ; un fort courant
nous pousse. Le vent tombe, nous allons à 1,5 nœuds,
la direction passe de 250 à 320, ce sont des courants qui
nous pousse à droite et à gauche et nous dévient.
Nous allumons le moteur pour retrouver notre cap. Toutes les cinq
minutes, nous devons réajuster notre direction. Les Galapagos
ont pour surnom les iles enchantées en raison des forts
courants qui les traversent. Au temps où il n’y avait
ni moteur ni GPS, les voiliers pouvaient passer un mois à
errer dans l’archipel avant d’atteindre une île.
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Encore
un coucher de soleil... |
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Et
un dernier coucher de soleil: nous sommes dans l'archipel des
Galapagos... |
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On
est arrivés!! |
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Le
vol de l'albatros... |
| 19
juillet
Au petit
matin Isabela est en vue. Nous laissons Espagnola àgauche.
Un albatros déploie ses ailes devant nous et nous admirons
son vol. le rêve de voir un albatros voler est réalisé.
Une otarie se lance à notre poursuite.
Une fois le chenal d’entrée repéré,
nous pénétrons dans un lagon qui abrite plusieurs
bateaux de pêche. Annapolis est absent, mais quelques heures
après, nous le voyons arriver, ils ont préféré
éviter les courants et faire le tour de l’archipel.
L’ancre s’accroche sur le sable. Nous allons dormir. |
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4
heures après notre arrivée, nous sommes rejoints
par Annapolis |
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