De
Salinas
  02° 12,134' S - 80° 58,317' W 
à
Puerto Villamil - Isla Isabela
Archipel des Galapagos
  00° 57,950' S - 90° 57,750' W  
Du 14 au 19 juillet 2007
Distance parcourue
605 Milles
Durée étape
120 heures
Vitesse moyenne
5,0 Noeuds


Retour des navigations hauturières,
retour des quarts de nuit,
retour des surfs,
retour des vagues qui mouillent,
retour du mal de mer...

La routine quoi!


Lat
Nous avons mis le cap vers les Galapagos en même temps qu’Annapolis. Le soleil est au beau fixe, la mer calme. Vent modéré au près. Pierre aux manœuvres, Elanore et moi, à l’intérieur, dans un sein/sain accord/à corps. Nous sortons de la baie de Salinas, Pierre a hissé les voiles, Annapolis nous devance rapidement. Au loin, on aperçoit les jets de baleines. Le vent forcit, la mer s’agite, nous sommes au près, sur le bateau, tout devient désagréable, tout bouge, tremble, trébuche. Comme souvent en début de navigation, je me sens fatiguée et je m’endors avec Elanore. Pierre vomit et je me dis que nous étions bien à Bahia.

Arrivée aux Galapagos: Nous longeons l'ile de San Cristobal dans le soleil couchant.

Le temps de faire cuire des pâtes, installer la toile antiroulis, changer Elanore, moi aussi je ne me sens pas tres bien et j’éteins la lumière, cela fait quatre heures que nous naviguons et je n’ai pas vu venir la nuit. Dehors, un spectacle que je n'ai jamais vu : la nuit est noire, ciel et mer noirs, les crêtes des vagues sont fluorescentes mais d’une fluorescence extraordinaire, on dirait une mer électrique.A l’intérieur, tout devient n’importe quoi . Nous ne sommes pas vraiment préparés pour ce temps et plus personne ne fait les quarts, on laisse les cargos nous entourer. Nous finissons par nous organisés et chacun assure ses quarts, les cargos nous laissent tranquilles.

En route vers l'ouest...

Les activités d'Elanore
(Ou comment ne pas s'ennuyer en navigation sur un voilier de 8,50 m quand on n'a que 4 mois?)

Lire une histoire à Maman...

Jouer au cheval sur le ventre de Papa quand il a le mal de mer...

Distraire maman en lui prêtant mes jouets...

Chanter une berceuse à Papa pour qu'il s'endorme...

Et enfin, attraper ce maudit singe qui me nargue depuis des jours...

 

15 juillet

le vent, la mer se sont calmés, le bateau va petit largue à 6 nœuds grâce au courant qui nous pousse. Grand soleil, mer sage, vent clément et vitesse : le bonheur. Elanore a bien dormi et nous passons la journée à nous amuser avec ses joujoux, manger les pattes de l’araignée et mordre le cou de la girafe. Cette journée de navigation est un jeu d’enfant. Une récréation. Elle se passe à l’intérieur, la mer est un bruit d’eau contre la coque, de vent qui chante dans les cordages, de soleil qui joue de ses rayons. Un coup d’œil dehors pour constater un horizon rempli de mer : nous sommes seuls.
Nuit toujours aussi noire. Compacte. Dense. Un mur d’obscurité. La mer est beaucoup plus calme et les crêtes fluorescentes plus rares. La nuit beaucoup plus noire aussi. Intérieur-quiétude. Elanore dort. Nous nous relayons pour la surveillance mais à quatre heures du matin, fatigués, nous dormons. Le detecteur de radar est branché. Lumière rouge, verte, blanche, pulsations electroniques qui vibrent dans la nuit. Deux heures après, je veille. Un petit voilier passe derrière nous. Annapolis ?

16 juillet

Petits nuages morcellés devant nous, au-dessus de nous, grande traînée de poudre de nuage, derrière, ceinture de nuages au ras de l’eau. Mer onduleuse. Onde brillante. Soleil roi. Enfant reine. Grand bol de chocolat chaud.
Le vent est de travers, le bateau n’est presque pas secoué, il file à bonne allure, 5-6 nœuds sans forcer. Temps d’accalmie. se doucher à l’eau de mer, se sécher au soleil, baigner Elanore dans sa belle baignoire jaune caracolito.
Avocats énormes de la Costa, fondants ; melons juteux, quinoa aux petits légumes.
Ecrire, naviguer, voyager, prendre soin d’un enfant, voilà tout le bonheur dont je dispose et je suis reine.
Un oiseau avec des ailes énormes au ras de l’eau-tête blanche- il fait penser à un albatros sans en être un.
L’air est froid, l’eau de la mer gelée, on est si bien à l’intérieur sous la couverture. Elanore fait des sourires. Aujourd’hui, ses yeux ont la forme de mes yeux, sa bouche celle de Pierre. Hier c’était l’inverse.
Elanore découvre son corps (oreilles, pieds, mains) pendant que nous découvrons le monde.

En fin d’après-midi :
Elanore ne veut pas dormir, Elanore grognon. Pierre a le mal de mer : mal à la tête, vomi. Il se demande pourquoi il continue à naviguer son corps ne supportant pas parfois la navigation. Les conditions de mer sont pourtant idéales. Elanore veut s’endormir sans y parvenir : elle râle sans cesse. Qu’est-ce que je peux faire au milieu de ces gémissants ?

Coucher de soleil vu de l’intérieur à travers le hublot avant taché de gouttes d’eau de mer, entre le génois déroulé et l’avant du pont. Descente des couleurs ; chute du cercle parfait.
Deux oiseaux volent au-dessus du bateau, très près, comme s’ils allaient se poser, bicolores, blancs et noirs, entre la mouette et le petrel. Ils sont magnifiques, ailes déployées, jouant entre eux, jouant avec les courants d’air pendant que Caracolito file au vent.
A travers le hublot avant, j’aperçois une lumière : un bateau ! non, la lune !
Cette nuit là nous dormons, en ne faisans qu'irrégulièrment les tours de veille.
Plus de vent, Pierre met le moteur, 3 heures.
324 milles, il nous reste 324 milles. Peut-être jeudi. Même sans vent, le courant nous pousse.

17 juillet

Thé au jasmin, toast au miel et au beurre, tout est miel et beurre, mer calme, soleil. Aucun évènement : parfois la mer est ainsi. On peut regarder à l’infini cette étendue plate où rien ne se passe. Le bateau fond lentement dans l’atmosphère, se dilue dans l’absence de vitesse. Eau bleue marine, le bleu des grandes profondeurs, presque la même couleur que les yeux d’Elanore.

 

Fascinés par ce calme, ce silence. Longue houle qui se déroule. L’évènement arrive. Devant nous, une baleine. Si nous ne dévions pas notre trajectoire, elle sera à quelques mètres de nous. En modifiant de quelques degrés notre route, elle est à trente mètres. Immobile dans la mer immobile. Son dos dépasse de la surface. A intervalle régulier, elle souffle de l’air par son évent. On entend un bruit rauque. Extraordinaire, ce bruit dans l’extrême silence qui règne. C’est une baleine à bosse. On voit la bosse. Bruit rauque. Silence. Nous passons à côté d’elle. Elle se tourne lentement pour suivre notre mouvement mais reste sur place.
Plus tard, à l’horizon, des jets de baleines.
Nous sommes à 250 milles de l’île Isabela des Galapagos. Deux jours à 120 milles à 5 nœuds de moyenne. Nous mettons le moteur quelques heures. Demain soir, nous entrons dans l’archipel.
Avec ce voyage vers les Galapagos, nous continuons le trajet interrompu par la période équatorienne. Nous continuons à trois. Elanore mesure 62cm. En 9 mois et quatre mois, elle a atteint plus du tiers de sa taille.

Cette nuit, je crois entendre le bruit rauque de baleine, des corps de cétacés qui glissent dans l’eau. Le vent accélère, le bateau va à 7 nœuds. Il fuse dans l’obscurité. Quelques étoiles dans un ciel sans nuages. La vitesse efface bruit de la mer, baleine imaginaire, vague. C’est le bateau qui va et tape dans la mer. Seul le bruit des voiles se fait entendre. La nuit est glaciale comme toutes les nuits passées jusque là. Le rideau dans l’entrée préserve la chaleur produite par nos corps. Le matin, nous retrouvons Elanore le dos, les cheveux humides.
Le singe accroché au plafond est resté suspendu cett nuit et me balaye la figure. Ça me rappelle le train fantôme des fêtes foraines quand une toile d’araignée vient s’abattre sur les visages des passagers. Vitesse, nuit, crainte pour rire, jeu d’enfant. Le bateau est un train de souvenirs vers l’enfance.
Elanore s’endort, mon bras couvre sa tête, mon corps contre son corps, ses jambes sur mes jambes. Je suis l’arc, elle est la corde. Ou écrin de peau, coffret en peau de maman.
Elanore dort contre son père ; allongés de côté, il passe son bras entre ses bras ; sa tête repose dans le creux de son aisselle. Jusqu’à ce que les fourmis gagnent son bras mais il se défend de bouger, reste immobile, pense à autre chose.
Le moustique qu’on avait embarqué s’est envolé vers l’extérieur. C’est de cette façon, apportées par les voyageurs, qu’arrivent les maladies dans les îles. Aux Galapagos, le moustique porteur de la dengue a fait son apparition ces dernières années.L’afflux de touristes menace la vie sauvage. Aussi, 70% des ressources touristiques de l’Equateur proviennent des Galapagos.

 

Dans le sillage, la baleine...

Caracolito sous voiles dans le petit matin gris

Le rythme de vie en mer, s'articule autour des coucher de soleil.

autre coucher de soleil...

18 juillet

Le matin, la mer est agitée, le vent souffle, le bateau va à plus de 6 nœuds. Tout danse et chante à l’intérieur : les casseroles, les couverts, l’évier avec l’eau qui remonte dans un bruit de respiration, Elanore qui pleure. Puis son attention se fixe sur les rayons de soleil qui jouent au plafond. Dans leur fascination pour la lumière , les peintres ont gardé une âme d’enfant. Le ciel est sans nuage, le soleil brutal. Des petites hirondelles volent au ras de l’eau.
Le voyage en bateau permet une attention extrême à notre fille. Dans l’intimité du bateau, l’infime devient la norme. Le bateau est comme un utérus qui nous contient, l’ouverture ovale de la porte est le passage vers l’extérieur.
Mer plus calme, vitesse à plus de nœuds, soleil brûlant, air glacé.
A 13h58, l’ile de San Cristobal est en vue, à 25 milles de là. On la confond facilement avec un nuage. Un renflement noir de l’horizon, sans doute un de ces dômes volcaniques.
Je suis émue : un an après son commencement depuis Panama, le voyage se réalise. Un an et une petite fille plus tard, nous arrivons aux Galapagos. Elanore faisait des bulles avec sa salive et j’ai retardé le moment de voir l'île pour la regarder jouer. Un moment auparavant, j’étais en train de relire le passage où Nicole Vankerkove navigue aux Galapagos. Et maintenant nous y sommes.
Une demi heure après, le doute n’est plus possible : une île est devant nos yeux.
Nous laissons San Cristobal sur le côté et nous pénétrons dans l’archipel. La route sur la carte est rectiligne : c’est une percée au milieu des îles avec pour point de mire Isabela. Ne pas s’approcher des bancs de sable sur la gauche et des récifs sur la droite, maintenir le cap est notre vigilance.
Nous passons la nuit à surveiller les bateaux de croisière qui sillonnent la mer entre les îles ; un fort courant nous pousse. Le vent tombe, nous allons à 1,5 nœuds, la direction passe de 250 à 320, ce sont des courants qui nous pousse à droite et à gauche et nous dévient. Nous allumons le moteur pour retrouver notre cap. Toutes les cinq minutes, nous devons réajuster notre direction. Les Galapagos ont pour surnom les iles enchantées en raison des forts courants qui les traversent. Au temps où il n’y avait ni moteur ni GPS, les voiliers pouvaient passer un mois à errer dans l’archipel avant d’atteindre une île.

Encore un coucher de soleil...

Et un dernier coucher de soleil: nous sommes dans l'archipel des Galapagos...

On est arrivés!!

Le vol de l'albatros...

19 juillet

Au petit matin Isabela est en vue. Nous laissons Espagnola àgauche. Un albatros déploie ses ailes devant nous et nous admirons son vol. le rêve de voir un albatros voler est réalisé. Une otarie se lance à notre poursuite.
Une fois le chenal d’entrée repéré, nous pénétrons dans un lagon qui abrite plusieurs bateaux de pêche. Annapolis est absent, mais quelques heures après, nous le voyons arriver, ils ont préféré éviter les courants et faire le tour de l’archipel.
L’ancre s’accroche sur le sable. Nous allons dormir.

4 heures après notre arrivée, nous sommes rejoints par Annapolis