| Elanore,
Elanore, tout commence par Elanore, Elanore, ma petite fille,
Elanore est ici Elanoooo, princesa, muneca, Elanore dans mes bras
dans l'avion, Elanore dans mes bras dans le bus dans les chaos
de la route pour aller à Bahia, Elanore dans le taxi à
Guayaquil et la ville, le pays, l'Equateur ne m'intéressent
que par ce que je les regarde sur le visage d'Elanore dans le
taxi entre l'aéroport et le terminal de bus, Elanore dans
le tricycle qui nous mène chez Adriana. A Artemania, les
retrouvailles, la Trouvaille: Elanore est là.
Quelques jours passés dans la maison d'Adriana, Elanore
installée sur deux matelas posés par terre, sursautant
quand un camion passe dans la rue, Elanore s'habitue aux bruits,
à la chaleur, à la nuit à la place du jour,
comme si elle avait toujours été ici, toujours veut
dire deux mois et demi et il faut dire qu'elle a été
conçue ici, ne dit-on pas qu'on appartient au pays dans
lequel on a été conçu, Le Clezio conçu
en Afrique et africain, Elanore la sud-américaine. Je veille
sur elle dans la maison d'Adriana, je la protège des fourmis,
des moustiques, des microbes, je passe des heures, longues après-midi,
à la regarder pendant que Pierre range un peu le bateau,
les retrouvailles ne sont complètes, le voyage de retour
achevé que réunis nous trois dans le Caracolito,
nous quatre union sacrée. Caracolito est beau, son espace
me surprend encore, Pierre me dit que je suis folle. |
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Elanore
perdue sur le lit de l'hotel Osuna à Madrid |
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Elanore, ici, ses cheveux sentent la camomille, sa peau l'huile
Johnson.
Elanore son premier rire sous guiliguili dans la cabine avant,
Elanore qui dort entre nous les bras écartés, nous
rejetés contre les parois du caracolito. Elanore dans son
lit, grattant le tissu des coussins, s'ennuyant avec ses copains
l'araignée, le singe, la grenouille, l'ours, préférant
nos bras.
Elanore,
nous lui parlons en espagnol, en français, et elle quelle
langue parle t-elle?
Elanore, ses cheveux somptueux, somptueusement doux, somptueusement
bouclés, somptueusement épais, castano oscuro, châtain
obscur plutôt que foncé, avec des reflets de cuivre.
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Anniversaire
de Fernando dans la maison de
Maria Alina |
Elanore qui me tète dans son sommeil, qui sourit dès
qu'elle nous aperçoit, qui regarde partout et qui ne veut
pas dormir. Ses petits bras repliés, ses mains presque
jointes, supplique au lait, au sein, à la tétée.
Elanore baignée de sueur, cheveux mouillés, son
corps perlé, sueur qui laisse des étoiles sur sa
peau, Elanore étoilée à midi. Elanore au
sein, les yeux mi-clos, sous l'effet de la substance soporifique
du lait. Elanore au bain, les cheveux plaqués par l'eau
comme lorsqu' elle est sortie de moi.
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Elanore
fête son troisième mois... |
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Carénage
au Yatch Club de Bahia. |
Elanore dans la poussette pour la promenade au bord de la mer,
d'abord le long de la côte près du fleuve, protégée
des vents, les palmiers, l'arbre des voyageurs, les fleurs d'hibiscus,
le jasmin, les lauriers-roses, les villas dans l'ombre, les éclats
du soleil sur la mer, la ville bourdonne loin derrière
nous, ici, calme, solitude, quelques passants désœuvrés,
tricycleros arrêtés, amoureux, et nous, les amoureuses,
moi poussant l'Elanore dans le vent, le vent qui forcit, se dresse,
échevèle, passé le tournant, le vent frappe
à la figure, s'engouffre dans la poussette, la mer roule,
redevient sauvage, infinie, c'est le large, l'horizon puis le
ciel, le no limit, l'uniformité d'un paysage qui commence
dans la mer continue dans le ciel recommence dans la mer, etc...
un chamboulement, une sauvagerie, une impression de respirer plus
fort. |
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Elanore
et ses couches... 480 couches ont réussi à prendre
place à bord! |
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Le
bain d'Elanore dans les douches de Puerto Amistad |
A
Artemania, nous retrouvons Fernando, Adriana, Maria Alina, et
les autres, Cleo, Mercedita, Maria Patricia... Il manque Maria
Elena, mais Maria Elena est amoureuse, tombée en amour,
en vacances avec son amoureux, elle finit par rentrer, rayonnante,
embellie par l'amour, joyeuse, elle est ailleurs, dans un autre
pays et pourtant plus que jamais attachante, vivante, entière,
son coeur pur. Maria Elena est à un tournant de sa vie,
à l'heure de faire des choix, de vivre sa vie indépendamment
de sa famille, Maria Elena aime. Nous retrouvons Adriana plutôt
soucieuse, problème de santé, problème d'argent,
solitude du coeur, elle ne pense qu’à peindre, mais
dés qu'un bel homme lui prête attention, son enthousiasme
repart. Fernando inchangé, chaleureux, blagueur, toujours
dans les frasques des femmes, Maria Elena, exubérante,
comédienne, maternelle...Les amis équatoriens toujours
prêts à nous accueillir, nous fêter, à
discuter, à refaire le monde, à partager, nous ne
les avions pas quittés .
Nous revenons à Bahia comme si nous revenions dans un autre
chez-nous, un autre lieu familier, aucun exotisme ici, la ville
s’est imprégnée dans notre rétine à
jamais, nous sommes dans un lieu faisant partie de notre histoire,
nous sommes ses intimes ; des musiciens des Andes se produisaient
dans un restaurant avec flute de pan, charango, tambourin etc…,
ils donnaient la même impression de folklore que s’ils
avaient été sur le trottoir d’une rue de Paris.
Nous ne sommes pas dans l’Amérique du sud de notre
imaginaire européen, nous sommes à Bahia. Parfois,
une surprise : une vitrine de boulangerie bourdonnante d’abeilles,
la boulangère impassible servant au milieu des insectes,
la notion de danger émoussée.
nous nous sentons comme des voleurs de partir, de ne pas savoir
quand nous reviendrons, on nous a offert des amitiés, des
moments de bonheur et nous partons...tels des voyageurs...mais
peut-on quitter Bahia pour toujours ?
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Dernière
minute!
C'est
déjà pas facile de partir, quand en plus les autorités
s'en mêlent (s'emmèlent?)... Au moment où
nous écrivons ces lignes la capitainerie du port nous informe
que la loi vient de changer, tout bateau étranger doit
dorénavant faire ces papiers d'entrée et de sortie
via une agence maritime. Le problème c'est qu'il n'y a
pas d'agence à Bahia... faudra t'il attendre 30 jours,
le temps qu'une succursale d'agence s'installe à Bahia?
Découvrez
le récit de ces péripéties dans la rubrique
"Allo la terre" ou en cliquant sur l'icone ci dessous...

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