Bahia de Caraquez
  00° 36,430' S - 80° 25,244' W
   
Du 15 mai au 20 juin 2007
   
   
   

Carl et Alexandra naviguent depuis 12 ans. Ils ont deux enfants, Noah et Jans, de 1 et 3 ans... Les grand-parents, Eric et Erica, veulent pouvoir profiter de leurs petits enfants..Alors ils ont acheté un bateau et les suivent...

Y a pas de morale. Je ne voudrais surtout pas que d'autres grand-parents interprètent cette anecdote totalement sans message à décoder!

Lat

Elanore, Elanore, tout commence par Elanore, Elanore, ma petite fille, Elanore est ici Elanoooo, princesa, muneca, Elanore dans mes bras dans l'avion, Elanore dans mes bras dans le bus dans les chaos de la route pour aller à Bahia, Elanore dans le taxi à Guayaquil et la ville, le pays, l'Equateur ne m'intéressent que par ce que je les regarde sur le visage d'Elanore dans le taxi entre l'aéroport et le terminal de bus, Elanore dans le tricycle qui nous mène chez Adriana. A Artemania, les retrouvailles, la Trouvaille: Elanore est là.
Quelques jours passés dans la maison d'Adriana, Elanore installée sur deux matelas posés par terre, sursautant quand un camion passe dans la rue, Elanore s'habitue aux bruits, à la chaleur, à la nuit à la place du jour, comme si elle avait toujours été ici, toujours veut dire deux mois et demi et il faut dire qu'elle a été conçue ici, ne dit-on pas qu'on appartient au pays dans lequel on a été conçu, Le Clezio conçu en Afrique et africain, Elanore la sud-américaine. Je veille sur elle dans la maison d'Adriana, je la protège des fourmis, des moustiques, des microbes, je passe des heures, longues après-midi, à la regarder pendant que Pierre range un peu le bateau, les retrouvailles ne sont complètes, le voyage de retour achevé que réunis nous trois dans le Caracolito, nous quatre union sacrée. Caracolito est beau, son espace me surprend encore, Pierre me dit que je suis folle.

Elanore perdue sur le lit de l'hotel Osuna à Madrid

Elanore, ici, ses cheveux sentent la camomille, sa peau l'huile Johnson.
Elanore son premier rire sous guiliguili dans la cabine avant, Elanore qui dort entre nous les bras écartés, nous rejetés contre les parois du caracolito. Elanore dans son lit, grattant le tissu des coussins, s'ennuyant avec ses copains l'araignée, le singe, la grenouille, l'ours, préférant nos bras.

Elanore, nous lui parlons en espagnol, en français, et elle quelle langue parle t-elle?
Elanore, ses cheveux somptueux, somptueusement doux, somptueusement bouclés, somptueusement épais, castano oscuro, châtain obscur plutôt que foncé, avec des reflets de cuivre.

Anniversaire de Fernando dans la maison de
Maria Alina

Elanore qui me tète dans son sommeil, qui sourit dès qu'elle nous aperçoit, qui regarde partout et qui ne veut pas dormir. Ses petits bras repliés, ses mains presque jointes, supplique au lait, au sein, à la tétée. Elanore baignée de sueur, cheveux mouillés, son corps perlé, sueur qui laisse des étoiles sur sa peau, Elanore étoilée à midi. Elanore au sein, les yeux mi-clos, sous l'effet de la substance soporifique du lait. Elanore au bain, les cheveux plaqués par l'eau comme lorsqu' elle est sortie de moi.

Elanore fête son troisième mois...

Carénage au Yatch Club de Bahia.

Elanore dans la poussette pour la promenade au bord de la mer, d'abord le long de la côte près du fleuve, protégée des vents, les palmiers, l'arbre des voyageurs, les fleurs d'hibiscus, le jasmin, les lauriers-roses, les villas dans l'ombre, les éclats du soleil sur la mer, la ville bourdonne loin derrière nous, ici, calme, solitude, quelques passants désœuvrés, tricycleros arrêtés, amoureux, et nous, les amoureuses, moi poussant l'Elanore dans le vent, le vent qui forcit, se dresse, échevèle, passé le tournant, le vent frappe à la figure, s'engouffre dans la poussette, la mer roule, redevient sauvage, infinie, c'est le large, l'horizon puis le ciel, le no limit, l'uniformité d'un paysage qui commence dans la mer continue dans le ciel recommence dans la mer, etc... un chamboulement, une sauvagerie, une impression de respirer plus fort.

Elanore et ses couches... 480 couches ont réussi à prendre place à bord!

Le bain d'Elanore dans les douches de Puerto Amistad

A Artemania, nous retrouvons Fernando, Adriana, Maria Alina, et les autres, Cleo, Mercedita, Maria Patricia... Il manque Maria Elena, mais Maria Elena est amoureuse, tombée en amour, en vacances avec son amoureux, elle finit par rentrer, rayonnante, embellie par l'amour, joyeuse, elle est ailleurs, dans un autre pays et pourtant plus que jamais attachante, vivante, entière, son coeur pur. Maria Elena est à un tournant de sa vie, à l'heure de faire des choix, de vivre sa vie indépendamment de sa famille, Maria Elena aime. Nous retrouvons Adriana plutôt soucieuse, problème de santé, problème d'argent, solitude du coeur, elle ne pense qu’à peindre, mais dés qu'un bel homme lui prête attention, son enthousiasme repart. Fernando inchangé, chaleureux, blagueur, toujours dans les frasques des femmes, Maria Elena, exubérante, comédienne, maternelle...Les amis équatoriens toujours prêts à nous accueillir, nous fêter, à discuter, à refaire le monde, à partager, nous ne les avions pas quittés .
Nous revenons à Bahia comme si nous revenions dans un autre chez-nous, un autre lieu familier, aucun exotisme ici, la ville s’est imprégnée dans notre rétine à jamais, nous sommes dans un lieu faisant partie de notre histoire, nous sommes ses intimes ; des musiciens des Andes se produisaient dans un restaurant avec flute de pan, charango, tambourin etc…, ils donnaient la même impression de folklore que s’ils avaient été sur le trottoir d’une rue de Paris. Nous ne sommes pas dans l’Amérique du sud de notre imaginaire européen, nous sommes à Bahia. Parfois, une surprise : une vitrine de boulangerie bourdonnante d’abeilles, la boulangère impassible servant au milieu des insectes, la notion de danger émoussée.
nous nous sentons comme des voleurs de partir, de ne pas savoir quand nous reviendrons, on nous a offert des amitiés, des moments de bonheur et nous partons...tels des voyageurs...mais peut-on quitter Bahia pour toujours ?

 

Dernière minute!

C'est déjà pas facile de partir, quand en plus les autorités s'en mêlent (s'emmèlent?)... Au moment où nous écrivons ces lignes la capitainerie du port nous informe que la loi vient de changer, tout bateau étranger doit dorénavant faire ces papiers d'entrée et de sortie via une agence maritime. Le problème c'est qu'il n'y a pas d'agence à Bahia... faudra t'il attendre 30 jours, le temps qu'une succursale d'agence s'installe à Bahia?

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