De
Las Perlas
à
Bahia de Caraquez - Ecuador
8°24,679' N
79° 05,391' W
 
00° 36,430' S
80° 25,244' W
21/05/06
 
29/05/06

Distance parcourue
883 Milles
Distance théorique
542 Milles
Durée étape
194 heures (8j)
Vitesse moyenne
4,5 Noeuds


A VENDRE

2 réservoirs souples 50 et 100 litres,
m arque Plastimo, état neuf, très peu servis,
achetés en 2005,
à venir retirer sur place.
Prix à débattre.

contacter caracolito.net aux heures de bureau.

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Du 21 mai au 29 mai 2006, de Las Perlas (Panama) à Bahia de Caraques (Equateur)

21 mai 2006

12h35, nous appareillons. Cap vers les Galapagos. 835 milles nous attendent, 835 milles de calme, de vent debout, de courant. 835 milles d’allure au près, de moteur, d’immobilité.
La mer est calme, nous allons au moteur aidé du génois et de la grand-voile. Nous nous écartons petit à petit des Perlas. Nous traversons un regroupement d’un millier de pélicans, immobiles sur l’eau immobile. Dauphins qui sautent en virgule, grosse tortue, bouts de bois flottant sont nos compagnons de lenteur. Le ciel tout à l’heure gris, laiteux est matiné de noir. Nous revenons à la contemplation des heures, à la moindre des choses comme principal. Nous retournons à notre pauvreté. Nous changeons de vocabulaire : ciel, mer, vent sont nos champs lexicaux, nos chants lexicaux.
84 mètres : le sondeur indique encore une profondeur, bientôt, il y aura un vide abyssal sous nous. Et nous serons comme aériens. Cette chaussure, ce bois, ce bidon, le courant de Humboldt charrie des détritus venus de l’Amérique du Sud, et ces détritus, moi, je les vois comme des trésors parce qu’ils viennent d’Amérique du Sud. Deux grosses tortues, l’une sur l’autre, copulant. Le ciel, la mer, les îles, tout est devenu gris après avoir été hier, vert. Le large affirme ses couleurs.
C’est un léger bruit sur l’eau, la mer est là-bas plus claire, plus plane : c’est la pluie qui arrive. On la voit de loin, sur l’étendue de mer progresser vers nous. Tout semble absolument immobile, en attente, le vent est inexistant, seul ce léger bruit dans le silence. Le ciel est noir au-dessus de la pluie et nous sommes maintenant atteint par ce noir. Il pleut. Le vent se lève, nous arrêtons le moteur, déroulons le génois, le vent accélère, nous réduisons le génois, le vent tombe, nous enroulons le génois, allumons le moteur. Et ce petit jeu plein de caprices va durer toute la nuit. Le vent tourne constamment, nous multiplions les manœuvres, nous changeons les voiles, nous mettons le moteur, nous l’éteignons, nous allons vers le Sud, vers l’Ouest, nous virons de bord, nous faisons des tours sur nous-mêmes quand le pilote nous met face au vent et que le génois prend à contre.
Nuit noire. Mer étoilée, ciel renversé, nuit souveraine, nuit pure. Puis le gris gagne. Les nuages s’ouvrent, la lune apparaît un instant, grignotée, lumineuse puis le ciel redevient laiteux, du lait des nuages. Les yeux lumineux des cargos brillent parfois comme ceux de bêtes sauvages. Nous prenons petit à petit le rythme des quarts.

22 mai 2006

Le matin,
il fait une chaleur étouffante, pas un souffle d’air, le ciel est un amoncellement de nuages gris.
Vers 9h30, le vent se lève et nous faisons du près avec un cap compas de 240 degrés, soit du sud-ouest, l’idéal. (le Sud-ouest reste toujours mon idéal –ô !Toulouse !). Je me mets à l’ombre des panneaux solaires et du taud roulé, le pilote barre, je surveille le vent, j’écris propulsée à la vitesse de 4,5 nœuds.
J’avais oublié toutes les pensées qui nous traversent pendant les quarts de nuit, comment notre esprit ne cesse de travailler puisqu’il n’y a plus rien à observer, comment penser devient une plaie. C’est une plaie car il nous vient des idées sans intérêt, sans but, qui vagabondent, errantes. C’est penser pour penser, pour combler le vide de la nuit. L’esprit se fixe sur une idée, une parole, une personne, un fait sans importance qui vient le plus souvent du passé et qui rejaillit dans l’obscurité. C’est une fixation obsessionnelle. Très agaçant.
La mer est presque plate et même le près parait confortable. Sentir le bateau qui s’élance après l’accalmie est une joie. Une heure après, la vitesse est de zéro, nous allumons le moteur pendant une heure jusqu’à ce que le vent revienne et ainsi de suite. Et toujours ce temps gris.

L’après-midi,
un vent constant souffle et malgré le courant à remonter, nous avançons au près, cap 250°. L’océan, qu’il soit Pacifique ou Atlantique semble toujours le même. C’est une pure vue de l’esprit de le qualifier différemment.
Le vent se met à souffler plus fort et c’est la vie penchée et bousculée qui commence. Nous restons à l’intérieur, allongés, et nous subissons. Le bateau est secoué, tape parfois contre les vagues. Nous allons vite pour cette allure, à plus de cinq nœuds (5,5 nœuds).

Toute la nuit,
ce fracas. La nuit est noire, parsemée d’éclairs. De temps en temps, une pluie forte s’abat. La lampe à retournement s’éclaire à chaque grande secousse et envoie une décharge lumineuse dans tout le bateau. L’eau est chargée de plancton, la vague d’étrave est constellée d’étoiles. C’est une traînée phosphorescente que l’on crée, une flambée de lumière pour toute trace. Pierre me dit avoir vu hier des dauphins dans la nuit comme des torpilles de feu.

23 mai 2006

Le lendemain, on pense que le chaos alentour est dû au chaos de la nuit, et qu’il cessera avec le jour mais le jour n’efface rien, le vent est toujours sud ouest, face à notre direction et nous sommes toujours autant secoués ; il me suffit de lire cinq minutes les conseils de Jimmy Cornell pour aller vomir aussitôt. Pierre en fait de même et prononce la phrase rituelle : "on va faire demi-tour et arrêter là le voyage". Pour la première fois, je réponds : "d’accord, retournons à Panama". Lui du coup : "oh non on va pas s’arrêter là". C’est ainsi que nous continuons.
La mer n’est pourtant pas mauvaise, les vagues ne sont pas grosses, il n’y a pas de houle, la mer est un peu agitée, rien à voir avec la traversée du Golfe de Gascogne, ou celle de l’Atlantique ni bien évidemment celle pour vers les San Blas. Mais nous faisons du près et cette allure est en général inconfortable. J’écris ces lignes à mes risques et périls de vomissement. Les Galapagos se nomment les îles enchantées et leur accès est gardé par une fée ; bien gardé en tout cas. Nous restons tous les deux à l’intérieur, de jour comme de nuit, allongés, réduits à l’immobilité. Pour demain, il est annoncé une absence totale de vent. Nous suivons à la BLU la traversée d’un autre voilier en route aussi pour les Galapagos qui diffuse des bulletins météo. La réception BLU n’est pas bonne, je me vois obligée de coller l’oreille à l’appareil pour entendre des bribes de conversation, nous ne recevons pas de fax météo. Après cinq jours de mer, le voilier Topaccio fait demi-tour pour cause d’avarie de pilote automatique, Remi2 avait fait de même pour casse de cloisons structurelles internes.
Le temps est totalement gris. Et l’on voudrait que l’on soit gais. La surveillance de jour est très relâchée, nous risquons aléatoirement un regard circulaire dehors.
Dans l’après-midi, le vent faiblit, les mouvements du bateau se font doux, le ciel se dégage. Nous restons sur le pont à nous faire caresser par le vent et le soleil. La paix s’installe ; nous sommes à l’écoute des bruits du bateau glissant dans l’eau, les bruits des vagues, les bruits du vent, c’est la paix avec les éléments, la paix ou la trêve.
Le soir, le vent accélère, le rythme devient chaotique. Nuit toujours aussi noire suivie d’un ciel neigeux. L’eau aussi phosphorescente. Et Jacques Brel vient changer la nuit. Il l’ouvre de mots. Il la dissout, il la rend soluble. A l’intérieur du bateau, il y a la lumière bleue du compas, la lumière rouge de la télécommande du pilote, les lumières vertes du tableau électrique, dehors, les croix blanches des étoiles, le flash du feu à retournement, les éclairs, et dans la lumière noire de la nuit, la voix de Jacques Brel, Les Marquises. C’est son album le plus sobre, le plus pur, le plus lent ; chaque mot a une valeur capitale.
Sur l’horizon, est apparue une lumière rouge, un cargo qui fait route vers nous, pendant une heure, je suis ses circonvolutions, feu rouge puis vert, lumière blanche, ralentissement du cargo, accélération… Peut-être est-ce un bateau de pêche ?

24 mai 2006

Impression de temps immobile, de vivre dans un décor de théâtre fixé, ciel nuageux, mer grise, vent modéré de sud-ouest, mouvements lents du bateau, impression de répétition, de satiété. Et pourtant, temps fécond : la trace de notre route faite de zigzags s’allonge en une chute verticale le long de la Colombie. Chaque mille de plus dans la sauvagerie est un mille de plus vers la sauvagerie. La mer, répétition.
Il faut dépasser l’île de Malpelo par l’est, atteindre la latitude 3°, pour bénéficier d’un courant Nord Ouest favorable, avant de faire route directe vers les Galapagos. Nous descendons donc vers le sud. Nous avons déjà fait plus de 300 milles mais il nous reste 715 milles en route directe, le près allonge la route. La navigation n’est pas désagréable, nous voguons en douceur, nous nous laissons porter, la mer est vide, nous avons l’impression d’être les seuls habitants de cette planète grise. Un oiseau est venu nous visiter, blanc très fin avec une longue queue, les ailes avec des pointes noires, il faisait des cercles autour du bateau, une heure après avoir disparu, il est réapparu, toujours faisant sa parade à Caracolito.
« J’avais en effet en toute sincérité d’esprit pris l’engagement de le rendre à son état primitif de fils du soleil,- et nous errions, nourris du vin des cavernes et du biscuit, moi, pressé de trouver le lieu et la formule. »
Le voilier est un lit Pacifique, on y vit allongé, dans les rêves, il y a le rêve océan alentour, et dans le lit Pacifique avec Arthur Rimbaud, les rêves sont déclarés : les illuminations.
Il pleut, nous sommes calfeutrés à l’intérieur, un livre dans les mains, la navigation est une grasse matinée qui dure. Jadis, nous vivions dans un temps compressé, maintenant, c’est un temps dilaté qui fait nos jours. En mer, et surtout en pleine mer, le temps se dilate pour prendre toute l’étendue de la mer, l’infini. La limite de la terre n’existe pas, n’a jamais existé.

Nous sommes en pleine ZIC Zone Intertropicale de Convergence, ce qui nous vaut cette sorte de pot au noir, ce temps maussade gris. Aussi à la convergence de courants, courant de Humboldt qui remonte l’Amérique du Sud, et courant contraire, le long des côtes, qui descend. Et dans cette zone de courants contraires, de vent debout, nous sommes au calme. De la douceur, de la douceur. Nous sommes baignés dans un vaste orient, les touches de lumière du ciel donne aux vagues l’éclat des perles.

Cette nuit est une nuit noire, une nuit noire qui fait hésiter à sortir, une nuit noire comme une absence de nuit, sans ciel ni étoile, avec une consistance tellement épaisse que la nuit s’annule. Si on se penche dehors, on se demande si on ne se penche pas au-dessus du vide. Comme si le néant nous entourait. Et dans cette nuit noire, il y a la phosphorescence de la vague d’étrave qui fait comme le halo d’un saint : on se sent protégé. Le vent a accéléré, nous avons changé de direction, nous faisons presque du plein ouest pour nous écarter du continent, nous éloigner de cette attraction terrestre, fatale ; et la vie penchée recommence. Claude Debussy est dans l’air, c’est un rêve dans le rêve, la musique dans les bruits de la mer. Le ciel a repris sa teinte laiteuse et la nuit est réapparue, grise. Toujours aussi penchés. Je veille les pieds en travers coincés au-dessus de la tête de Pierre qui dort dans la bannette.

25 mai 2006

Première fois que je vois dans le ciel gris du lever du jour une déchirure rose. Aube aux doigts de rose, aux yeux injectés de sang, à la bouche fiévreuse ; vite repris par le gris. Le ciel, la mer, nous, avons la même teinte : gris.
L’après-midi, c’est un changement de ciel : un bleu royal combat le gris. Le soleil ondoie, la mer brille. Nous mangeons une omelette, penchés à 15°. Un arc-en-ciel pisseux tente une apparition : Résultat : battu. Recouvert de nuages. Le gris recouvre tout à nouveau.
Nous pensons de plus en plus à l’ Equateur, ce pays est sur notre chemin et nous aimons trop l’Amérique du Sud pour ne pas nous y arrêter avant de retrouver Sebrigitte en Polynésie.

Debussy, Rimbaud, Brel, ne peuvent plus rien changer : le près est une allure désagréable depuis que le bateau s’est transformé en une machine de guerre : en fin de journée, le vent a accéléré, nous cavalons à 6,5 nœuds ; en général, le bateau fend la mer, la cisaille devrais-je dire, sans à coup, d’un tranchant net, mais parfois, le bateau bondit et retombe à plat sur une vague. Tout le monde n’est pas dauphin. Nous sommes penchés à 25°. On aimerait pouvoir s’extraire, on aimerait se dire qu’on ne supporte plus mais c’est impossible, nous sommes dans la limite de notre bateau, dans la limite de la mer. Nous prenons ce qu’elle offre même si elle offre trop, même si elle offre mal. Nous sommes ses intimes, ses hôtes, ses éléments, ses dévoués.

La nuit noire est revenue et la machine de guerre marche à plein régime. Dans le fracas, nous entendons les sifflements des dauphins sous la coque. A l’extérieur, nulle trace de leur luminescence, mais toujours le saint halo qui nous entoure. Caracolito crépite, c’est du feu qu’il allume par sa vitesse. Enfin, à deux heures du matin, nous réduisons : un ris est pris dans la grand-voile, la vitesse descend à 5,5 nœuds, le rythme est moins trépidant, nous pouvons dormir. Je me demande ce qui nous retient de réduire plus tôt : fascination pour la vitesse ?
engourdissement dû à la nuit ?

Nous nous étions rapprochés des côtes et arrivés à la latitude de Malpelo nous avons obliqué plein ouest. Cette nuit, nous reprenons notre course vers le Sud.

Debussy le jour, Brel, la nuit, on arrive quand même à s’extraire. Je ne peux décrire quel effet font les notes de piano qui se jouent dans les remous de la mer, les chaos du bateau. String quartet n°1, Suite bergamesque, on est vraiment ailleurs.

26 mai 2006

Vers 13h, notre décision est prise : nous nous arrêtons pour une semaine en Equateur. Nous tirons des bords vers le port d’Esmeraldas. Nous irons ensuite à Manta puis à la Punta Santa Elena au port de Puerto Lucia où nous laisserons le bateau avant de rejoindre la Polynésie pour août. J’ai toujours rêvé de visiter l’Equateur, pays andin, indien, ses montagnes, ses volcans ; nous n’avons aucun guide et c’est l’aventure.

Le vent est tombé, nous plions l’inter et déroulons le génois, nous délivrons la Grand-voile de son ris. Temps gris. Nous n’aurions pas soupçonné connaître autant de nuances de gris si près de l’Equateur.
Dans un filet suspendu sous les panneaux solaires, la soixantaine de bananes commence à mûrir.

A 14h, nous avons de la visite : la silhouette d’un énorme cargo se détache sur l’horizon. En quelques minutes, il ne subsiste aucune trace de son passage.
Nous allons en douceur à 5,2 nœuds. Cap compas 280°.
Je reste un moment sur le pont à regarder le ciel, le puzzle fait et défait des petits nuages gris et je me dis : quelle royauté est atteinte à regarder le ciel depuis un voilier.

Nuit noire puis nuit grise, demain, aube blanche, jour gris ? Le vent a accéléré et nous avons repris un rythme trépidant. Pierre dort dans le couloir par terre. Au milieu de la nuit, nous enroulons le génois et installons l’inter. La vitesse baisse, les secousses aussi.

27 mai 2006

Nous nous apercevons que de l’eau douce s’est répandue dans les fonds. Après inspection, nous constatons que le réservoir avant de 100 litres fuit par l’embout. Les réservoirs Plastimo sont neufs et nous sommes écœurés. Nous vidons le réservoir et épongeons les fonds. Cet incident change la donne. Nous allons construire des réservoirs d’eau en fibre pour remplacer les réservoirs souples et pour cela nous arrêter plus longtemps que prévu en Equateur. Sebrigitte sont au Chili en juillet, nous allons les y retrouver à ce moment là. Nous élaborons des plans pour le reste du voyage, tous inattendus : passer un an en Amérique du Sud ? Remonter en voilier vers le Mexique puis descendre en Polynésie ? Rejoindre en août la Polynésie après les Galapagos ?
Dans aucune ornière, sur aucun rail, libres.

Après consultation du noonsite de Jimmy Cornell, nous apprenons qu’Esmeraldas n’est pas un port sûr. Nous tirons un grand bord vers les Galapagos pour bifurquer en tirant des petits bords vers le port de Manta. Arrivée prévue : après-demain ? –peut-on encore prévoir quelque chose en mer ? Nous rêvons devant l’Encyclopedia Universalis électronique au chapitre Equateur. Je regrette de ne pas avoir pris de ma bibliothèque « Ecuador » d’Henri Michaux.
Grande douche avec l’eau douce récupérée du réservoir. Cela change de l’eau de mer glacée en raison du courant de Humboldt. La température, la nuit, est fraîche, nous avons ressorti les polos manche longues, les chaussettes… (enfin, moi).
Jour gris et Brel chante à tue-tête. Un soupçon de soleil fait fondre quelques nuages. Lire, écrire, écouter de la musique, regarder la mer, le ciel, les oiseaux. Des fous stagnent au-dessus du bateau comme pris dans un champ magnétique. Magnétisme de Caracolito.
Plusieurs bateaux croisés cette nuit. Pris un ris dans la Grand-voile.
Pendant que nous épongions les fonds, Sebrigitte se mariaient.

28 mai 2006

Un poisson volant a atterri dans le cockpit.
Premiers contacts avec des pêcheurs, à 40milles des côtes de la Colombie -peut-être sont-ils Colombiens ? Trois grands costauds à la peau très noire, en ciré jaune, dans leur barque à moteur. Mécontents. Très mécontents. Nous venons d’être pris dans leur ligne de pêche. La quille est entourée d'un fil. Les pêcheurs nous délivrent en coupant la ligne. Un peu plus loin, nous tombons dans le même piège. Les pêcheurs coupent la ligne et s’en vont avant même d’avoir récupérer le gros hameçon qui y était attaché.
Temps gris, mer agitée, gîte à 20°, vagues léchant le pont. Nous restons à l’intérieur.
Je lis Paco Taibo II, je jubile (Pierre lui même contaminé, est à l’origine de ma contamination par ce Mexicain). Cette nuit, nous passerons l’équateur.

29 mai 2006, 3h10 du matin, heure locale

Un ris dans la Grand-voile, deux ris dans le génois, à plus de cinq nœuds, le bateau tape comme sur du ciment. Il fait nuit noire, nous sommes penchés à 20° avec envie de vomir, la mer est agitée, crêtée de vagues phosphorescentes. A 3h10 du matin, le GPS affiche la latitude 00° 00' 00'' : nous franchissons la ligne de l’équateur, nous sommes à la moitié du monde, nous passons d’un hémisphère à un autre, du nord vers le sud, l’eau ne tournera plus dans le même sens dans les lavabos, nous marchons sur la tête. Un instant en équilibre. Un Cuba Libre est versé à Neptune, à la Pachamama, un autre dans notre gosier à l’équateur, au bateau, à notre santé. Caracolito va !

"Et je tiens à mon Pégase, je l’ai monté à cru"

29 mai 2006, de jour

Premiers contacts avec des pêcheurs péruviens : trois hommes très agités arrivent vers nous dans une barque à moteur. Ils nous demandent de l’eau, de l’essence, à manger. Depuis quatre jours, leur bateau de pêche le "Catarina Paola" est en panne de gasoil et dérive. Nous leur donnons de l’eau, de l’essence pour l'annexe, des bières, des bananes, nous relevons leur position GPS et ne pouvant les remorquer nous-mêmes, nous promettons de les signaler aux autorités une fois arrivés.
Premiers contacts avec un Equatorien. Le port de Bahia de Caraques peut être atteint en quelques heures, nous décidons donc de nous y arrêter plutôt qu’à Manta –de plus, Caraques est un mot qui ressemble à Caracas .
Caraques est une baie entourée de collines de terre sèche plantées de végétation. Nous apercevons de loin ses immeubles modernes blancs ; il fait froid, le temps est couvert, l’eau est gelée. Nous appelons à la VHF sur le canal 16 un pilote pour nous guider dans l’entrée de la baie, celle-ci étant pleine de dangers non balisés. Nous signalons le bateau péruvien en danger. En raison de la marée, l’entrée ne peut se faire qu’à partir de 17h, nous ancrons devant la baie et nous en profitons pour nous reposer.
A l’heure dite, le pilote arrive et nous rencontrons pour la première fois un Equatorien : Julio, il fait partie des autorités maritimes de Bahia. Il a un visage émacié, un sourire timide et il parle très doucement. Il nous guide dans la baie et nous conseille un endroit où mouiller. Nous jetons l’ancre. Nous attendrons le lendemain la visite administrative des autorités maritimes avant de pouvoir débarquer à terre. Un bateau des gardes-côtes est sorti pour venir en aide au « Catarina Paola ».

Nous quittons Isla Gonzales et son village le 21 mai à midi.

En chemin, nous rencontrons une manifestation de pélicans qui protestent contre la vie chère et la raréfaction du poisson dans les océans en raison de l'activité humaine

Pendant 8 jours nous naviguons au près dans une mer hachée avec un vent variant de 15 à 20 noeuds. Généralement, nous sous-toilons légèrement le bateau de manière à limiter la gite à 15°, réduire la puissance du bateau pour qu'il ne tape trop dans les vagues, limiter les efforts sur le gréement et avoir un minimum (mais vraiment un minimum) de confort à bord.
En bretagne nous aurions porté toute la toile sans nous poser de questions. Ici nous avons l'inter à l'avant et fréquemment nous prenons un ris dans la grand-voile.

Nous apprécions réellement l'installation de la capote qui nous apportera un surcroit de confort apréciable pendant toute la traversée.

Une de nos rares rencontres: 2 oiseaux de mer (genre "Pardelas") jouent quelques heures autour de nous.

27 mai 2006 17h TU nous découvrons une grosse fuite d'eau sur le réservoir d'eau potable avant. Le tiers de notre eau douce se retrouve dans la cale. nous passons une heure à écoper...
Pendant ce temps là, à quelques milliers km de là...

8h10 TU Latitude N 0° 00' 00" : Nous passons l'équateur!

Nous essayons de faire partager l'événement avec ceux reste à terre...
(malheureusement personne n'est là pour en profiter (trop occupé par un mariage), ou la communication est trop mauvaise pour se faire comprendre...

"Cuba libre!"
(Nous avons la flegme d'aller chercher le "champana" richelieu chilien prévu pour cette occasion, alors nous trinquons avec du Cuba libre...)

Au petit matin, un groupe de dauphins accompagne Caracolito pendant quelques milles pour mieux admirer son nouvel antifouling.

Nous approchons de la cote équatorienne, il est temps de hisser le pavillon de courtoisie.

A une dizaine de milles de la cote, nous rencontrons un bateau de pêche en difficultés. ils utilisent leur lanchas pour venir nous demander du gasoil. malheureusement nous n'en avons pas. nous leur donnons quelques litres d'essence, de l'eau, des bananes et des bières. A notre arrivée à bahia de Caraques nous prevenons les gardes-cotes qui leur enverront une vedette de secours.

Arrivée à Bahia de Caraques. L'entrée de la rivière est protégée par une barre et des bancs de sable. Nous appelons la capitainerie pour qu'il nous envoient un pilote.

Après avoir attendu 2h devant l'entrée que la marée monte suffisamment pour nous permettre de rentrer, le pilte, Julio, arrive à bord.
Nous pouvons faire notre entrée (triomphale?) à Bahia de Caraques.