Du 21 mai au 29 mai 2006, de Las Perlas (Panama) à Bahia de Caraques
(Equateur)
21 mai 2006
12h35, nous appareillons.
Cap vers les Galapagos. 835 milles nous attendent, 835 milles de calme,
de vent debout, de courant. 835 milles d’allure au près,
de moteur, d’immobilité.
La mer est calme, nous allons au moteur aidé du génois et
de la grand-voile. Nous nous écartons petit à petit des
Perlas. Nous traversons un regroupement d’un millier de pélicans,
immobiles sur l’eau immobile. Dauphins qui sautent en virgule, grosse
tortue, bouts de bois flottant sont nos compagnons de lenteur. Le ciel
tout à l’heure gris, laiteux est matiné de noir. Nous
revenons à la contemplation des heures, à la moindre des
choses comme principal. Nous retournons à notre pauvreté.
Nous changeons de vocabulaire : ciel, mer, vent sont nos champs lexicaux,
nos chants lexicaux.
84 mètres : le sondeur indique encore une profondeur, bientôt,
il y aura un vide abyssal sous nous. Et nous serons comme aériens.
Cette chaussure, ce bois, ce bidon, le courant de Humboldt charrie des
détritus venus de l’Amérique du Sud, et ces détritus,
moi, je les vois comme des trésors parce qu’ils viennent
d’Amérique du Sud. Deux grosses tortues, l’une sur
l’autre, copulant. Le ciel, la mer, les îles, tout est devenu
gris après avoir été hier, vert. Le large affirme
ses couleurs.
C’est un léger bruit sur l’eau, la mer est là-bas
plus claire, plus plane : c’est la pluie qui arrive. On la voit
de loin, sur l’étendue de mer progresser vers nous. Tout
semble absolument immobile, en attente, le vent est inexistant, seul ce
léger bruit dans le silence. Le ciel est noir au-dessus de la pluie
et nous sommes maintenant atteint par ce noir. Il pleut. Le vent se lève,
nous arrêtons le moteur, déroulons le génois, le vent
accélère, nous réduisons le génois, le vent
tombe, nous enroulons le génois, allumons le moteur. Et ce petit
jeu plein de caprices va durer toute la nuit. Le vent tourne constamment,
nous multiplions les manœuvres, nous changeons les voiles, nous mettons
le moteur, nous l’éteignons, nous allons vers le Sud, vers
l’Ouest, nous virons de bord, nous faisons des tours sur nous-mêmes
quand le pilote nous met face au vent et que le génois prend à
contre.
Nuit noire. Mer étoilée, ciel renversé, nuit souveraine,
nuit pure. Puis le gris gagne. Les nuages s’ouvrent, la lune apparaît
un instant, grignotée, lumineuse puis le ciel redevient laiteux,
du lait des nuages. Les yeux lumineux des cargos brillent parfois comme
ceux de bêtes sauvages. Nous prenons petit à petit le rythme
des quarts.
22 mai 2006
Le matin,
il fait une chaleur étouffante, pas un souffle d’air, le
ciel est un amoncellement de nuages gris.
Vers 9h30, le vent se lève et nous faisons du près avec
un cap compas de 240 degrés, soit du sud-ouest, l’idéal.
(le Sud-ouest reste toujours mon idéal –ô !Toulouse
!). Je me mets à l’ombre des panneaux solaires et du taud
roulé, le pilote barre, je surveille le vent, j’écris
propulsée à la vitesse de 4,5 nœuds.
J’avais oublié toutes les pensées qui nous traversent
pendant les quarts de nuit, comment notre esprit ne cesse de travailler
puisqu’il n’y a plus rien à observer, comment penser
devient une plaie. C’est une plaie car il nous vient des idées
sans intérêt, sans but, qui vagabondent, errantes. C’est
penser pour penser, pour combler le vide de la nuit. L’esprit se
fixe sur une idée, une parole, une personne, un fait sans importance
qui vient le plus souvent du passé et qui rejaillit dans l’obscurité.
C’est une fixation obsessionnelle. Très agaçant.
La mer est presque plate et même le près parait confortable.
Sentir le bateau qui s’élance après l’accalmie
est une joie. Une heure après, la vitesse est de zéro, nous
allumons le moteur pendant une heure jusqu’à ce que le vent
revienne et ainsi de suite. Et toujours ce temps gris.
L’après-midi,
un vent constant souffle et malgré le courant à remonter,
nous avançons au près, cap 250°. L’océan,
qu’il soit Pacifique ou Atlantique semble toujours le même.
C’est une pure vue de l’esprit de le qualifier différemment.
Le vent se met à souffler plus fort et c’est la vie penchée
et bousculée qui commence. Nous restons à l’intérieur,
allongés, et nous subissons. Le bateau est secoué, tape
parfois contre les vagues. Nous allons vite pour cette allure, à
plus de cinq nœuds (5,5 nœuds).
Toute la nuit,
ce fracas. La nuit est noire, parsemée d’éclairs.
De temps en temps, une pluie forte s’abat. La lampe à retournement
s’éclaire à chaque grande secousse et envoie une décharge
lumineuse dans tout le bateau. L’eau est chargée de plancton,
la vague d’étrave est constellée d’étoiles.
C’est une traînée phosphorescente que l’on crée,
une flambée de lumière pour toute trace. Pierre me dit avoir
vu hier des dauphins dans la nuit comme des torpilles de feu.
23 mai 2006
Le lendemain, on
pense que le chaos alentour est dû au chaos de la nuit, et qu’il
cessera avec le jour mais le jour n’efface rien, le vent est toujours
sud ouest, face à notre direction et nous sommes toujours autant
secoués ; il me suffit de lire cinq minutes les conseils de Jimmy
Cornell pour aller vomir aussitôt. Pierre en fait de même
et prononce la phrase rituelle : "on va faire demi-tour et arrêter
là le voyage". Pour la première fois, je réponds
: "d’accord, retournons à Panama". Lui du coup
: "oh non on va pas s’arrêter là". C’est
ainsi que nous continuons.
La mer n’est pourtant pas mauvaise, les vagues ne sont pas grosses,
il n’y a pas de houle, la mer est un peu agitée, rien à
voir avec la traversée du Golfe de Gascogne, ou celle de l’Atlantique
ni bien évidemment celle pour vers les San Blas. Mais nous faisons
du près et cette allure est en général inconfortable.
J’écris ces lignes à mes risques et périls
de vomissement. Les Galapagos se nomment les îles enchantées
et leur accès est gardé par une fée ; bien gardé
en tout cas. Nous restons tous les deux à l’intérieur,
de jour comme de nuit, allongés, réduits à l’immobilité.
Pour demain, il est annoncé une absence totale de vent. Nous suivons
à la BLU la traversée d’un autre voilier en route
aussi pour les Galapagos qui diffuse des bulletins météo.
La réception BLU n’est pas bonne, je me vois obligée
de coller l’oreille à l’appareil pour entendre des
bribes de conversation, nous ne recevons pas de fax météo.
Après cinq jours de mer, le voilier Topaccio fait demi-tour pour
cause d’avarie de pilote automatique, Remi2 avait fait de même
pour casse de cloisons structurelles internes.
Le temps est totalement gris. Et l’on voudrait que l’on soit
gais. La surveillance de jour est très relâchée, nous
risquons aléatoirement un regard circulaire dehors.
Dans l’après-midi, le vent faiblit, les mouvements du bateau
se font doux, le ciel se dégage. Nous restons sur le pont à
nous faire caresser par le vent et le soleil. La paix s’installe
; nous sommes à l’écoute des bruits du bateau glissant
dans l’eau, les bruits des vagues, les bruits du vent, c’est
la paix avec les éléments, la paix ou la trêve.
Le soir, le vent accélère, le rythme devient chaotique.
Nuit toujours aussi noire suivie d’un ciel neigeux. L’eau
aussi phosphorescente. Et Jacques Brel vient changer la nuit. Il l’ouvre
de mots. Il la dissout, il la rend soluble. A l’intérieur
du bateau, il y a la lumière bleue du compas, la lumière
rouge de la télécommande du pilote, les lumières
vertes du tableau électrique, dehors, les croix blanches des étoiles,
le flash du feu à retournement, les éclairs, et dans la
lumière noire de la nuit, la voix de Jacques Brel, Les Marquises.
C’est son album le plus sobre, le plus pur, le plus lent ; chaque
mot a une valeur capitale.
Sur l’horizon, est apparue une lumière rouge, un cargo qui
fait route vers nous, pendant une heure, je suis ses circonvolutions,
feu rouge puis vert, lumière blanche, ralentissement du cargo,
accélération… Peut-être est-ce un bateau de
pêche ?
24 mai 2006
Impression de temps
immobile, de vivre dans un décor de théâtre fixé,
ciel nuageux, mer grise, vent modéré de sud-ouest, mouvements
lents du bateau, impression de répétition, de satiété.
Et pourtant, temps fécond : la trace de notre route faite de zigzags
s’allonge en une chute verticale le long de la Colombie. Chaque
mille de plus dans la sauvagerie est un mille de plus vers la sauvagerie.
La mer, répétition.
Il faut dépasser l’île de Malpelo par l’est,
atteindre la latitude 3°, pour bénéficier d’un
courant Nord Ouest favorable, avant de faire route directe vers les Galapagos.
Nous descendons donc vers le sud. Nous avons déjà fait plus
de 300 milles mais il nous reste 715 milles en route directe, le près
allonge la route. La navigation n’est pas désagréable,
nous voguons en douceur, nous nous laissons porter, la mer est vide, nous
avons l’impression d’être les seuls habitants de cette
planète grise. Un oiseau est venu nous visiter, blanc très
fin avec une longue queue, les ailes avec des pointes noires, il faisait
des cercles autour du bateau, une heure après avoir disparu, il
est réapparu, toujours faisant sa parade à Caracolito.
« J’avais en effet en toute sincérité d’esprit
pris l’engagement de le rendre à son état primitif
de fils du soleil,- et nous errions, nourris du vin des cavernes et du
biscuit, moi, pressé de trouver le lieu et la formule. »
Le voilier est un lit Pacifique, on y vit allongé, dans les rêves,
il y a le rêve océan alentour, et dans le lit Pacifique avec
Arthur Rimbaud, les rêves sont déclarés : les illuminations.
Il pleut, nous sommes calfeutrés à l’intérieur,
un livre dans les mains, la navigation est une grasse matinée qui
dure. Jadis, nous vivions dans un temps compressé, maintenant,
c’est un temps dilaté qui fait nos jours. En mer, et surtout
en pleine mer, le temps se dilate pour prendre toute l’étendue
de la mer, l’infini. La limite de la terre n’existe pas, n’a
jamais existé.
Nous sommes en pleine
ZIC Zone Intertropicale de Convergence, ce qui nous vaut cette sorte de
pot au noir, ce temps maussade gris. Aussi à la convergence de
courants, courant de Humboldt qui remonte l’Amérique du Sud,
et courant contraire, le long des côtes, qui descend. Et dans cette
zone de courants contraires, de vent debout, nous sommes au calme. De
la douceur, de la douceur. Nous sommes baignés dans un vaste orient,
les touches de lumière du ciel donne aux vagues l’éclat
des perles.
Cette nuit est une
nuit noire, une nuit noire qui fait hésiter à sortir, une
nuit noire comme une absence de nuit, sans ciel ni étoile, avec
une consistance tellement épaisse que la nuit s’annule. Si
on se penche dehors, on se demande si on ne se penche pas au-dessus du
vide. Comme si le néant nous entourait. Et dans cette nuit noire,
il y a la phosphorescence de la vague d’étrave qui fait comme
le halo d’un saint : on se sent protégé. Le vent a
accéléré, nous avons changé de direction,
nous faisons presque du plein ouest pour nous écarter du continent,
nous éloigner de cette attraction terrestre, fatale ; et la vie
penchée recommence. Claude Debussy est dans l’air, c’est
un rêve dans le rêve, la musique dans les bruits de la mer.
Le ciel a repris sa teinte laiteuse et la nuit est réapparue, grise.
Toujours aussi penchés. Je veille les pieds en travers coincés
au-dessus de la tête de Pierre qui dort dans la bannette.
25 mai 2006
Première fois
que je vois dans le ciel gris du lever du jour une déchirure rose.
Aube aux doigts de rose, aux yeux injectés de sang, à la
bouche fiévreuse ; vite repris par le gris. Le ciel, la mer, nous,
avons la même teinte : gris.
L’après-midi, c’est un changement de ciel : un bleu
royal combat le gris. Le soleil ondoie, la mer brille. Nous mangeons une
omelette, penchés à 15°. Un arc-en-ciel pisseux tente
une apparition : Résultat : battu. Recouvert de nuages. Le gris
recouvre tout à nouveau.
Nous pensons de plus en plus à l’ Equateur, ce pays est sur
notre chemin et nous aimons trop l’Amérique du Sud pour ne
pas nous y arrêter avant de retrouver Sebrigitte en Polynésie.
Debussy, Rimbaud,
Brel, ne peuvent plus rien changer : le près est une allure désagréable
depuis que le bateau s’est transformé en une machine de guerre
: en fin de journée, le vent a accéléré, nous
cavalons à 6,5 nœuds ; en général, le bateau
fend la mer, la cisaille devrais-je dire, sans à coup, d’un
tranchant net, mais parfois, le bateau bondit et retombe à plat
sur une vague. Tout le monde n’est pas dauphin. Nous sommes penchés
à 25°. On aimerait pouvoir s’extraire, on aimerait se
dire qu’on ne supporte plus mais c’est impossible, nous sommes
dans la limite de notre bateau, dans la limite de la mer. Nous prenons
ce qu’elle offre même si elle offre trop, même si elle
offre mal. Nous sommes ses intimes, ses hôtes, ses éléments,
ses dévoués.
La nuit noire est
revenue et la machine de guerre marche à plein régime. Dans
le fracas, nous entendons les sifflements des dauphins sous la coque.
A l’extérieur, nulle trace de leur luminescence, mais toujours
le saint halo qui nous entoure. Caracolito crépite, c’est
du feu qu’il allume par sa vitesse. Enfin, à deux heures
du matin, nous réduisons : un ris est pris dans la grand-voile,
la vitesse descend à 5,5 nœuds, le rythme est moins trépidant,
nous pouvons dormir. Je me demande ce qui nous retient de réduire
plus tôt : fascination pour la vitesse ?
engourdissement dû à la nuit ?
Nous nous étions
rapprochés des côtes et arrivés à la latitude
de Malpelo nous avons obliqué plein ouest. Cette nuit, nous reprenons
notre course vers le Sud.
Debussy le jour,
Brel, la nuit, on arrive quand même à s’extraire. Je
ne peux décrire quel effet font les notes de piano qui se jouent
dans les remous de la mer, les chaos du bateau. String quartet n°1,
Suite bergamesque, on est vraiment ailleurs.
26 mai 2006
Vers 13h, notre décision
est prise : nous nous arrêtons pour une semaine en Equateur. Nous
tirons des bords vers le port d’Esmeraldas. Nous irons ensuite à
Manta puis à la Punta Santa Elena au port de Puerto Lucia où
nous laisserons le bateau avant de rejoindre la Polynésie pour
août. J’ai toujours rêvé de visiter l’Equateur,
pays andin, indien, ses montagnes, ses volcans ; nous n’avons aucun
guide et c’est l’aventure.
Le vent est tombé,
nous plions l’inter et déroulons le génois, nous délivrons
la Grand-voile de son ris. Temps gris. Nous n’aurions pas soupçonné
connaître autant de nuances de gris si près de l’Equateur.
Dans un filet suspendu sous les panneaux solaires, la soixantaine de bananes
commence à mûrir.
A 14h, nous avons
de la visite : la silhouette d’un énorme cargo se détache
sur l’horizon. En quelques minutes, il ne subsiste aucune trace
de son passage.
Nous allons en douceur à 5,2 nœuds. Cap compas 280°.
Je reste un moment sur le pont à regarder le ciel, le puzzle fait
et défait des petits nuages gris et je me dis : quelle royauté
est atteinte à regarder le ciel depuis un voilier.
Nuit noire puis nuit
grise, demain, aube blanche, jour gris ? Le vent a accéléré
et nous avons repris un rythme trépidant. Pierre dort dans le couloir
par terre. Au milieu de la nuit, nous enroulons le génois et installons
l’inter. La vitesse baisse, les secousses aussi.
27 mai 2006
Nous nous apercevons
que de l’eau douce s’est répandue dans les fonds. Après
inspection, nous constatons que le réservoir avant de 100 litres
fuit par l’embout. Les réservoirs Plastimo sont neufs et
nous sommes écœurés. Nous vidons le réservoir
et épongeons les fonds. Cet incident change la donne. Nous allons
construire des réservoirs d’eau en fibre pour remplacer les
réservoirs souples et pour cela nous arrêter plus longtemps
que prévu en Equateur. Sebrigitte sont au Chili en juillet, nous
allons les y retrouver à ce moment là. Nous élaborons
des plans pour le reste du voyage, tous inattendus : passer un an en Amérique
du Sud ? Remonter en voilier vers le Mexique puis descendre en Polynésie
? Rejoindre en août la Polynésie après les Galapagos
?
Dans aucune ornière, sur aucun rail, libres.
Après consultation
du noonsite de Jimmy Cornell, nous apprenons qu’Esmeraldas n’est
pas un port sûr. Nous tirons un grand bord vers les Galapagos pour
bifurquer en tirant des petits bords vers le port de Manta. Arrivée
prévue : après-demain ? –peut-on encore prévoir
quelque chose en mer ? Nous rêvons devant l’Encyclopedia Universalis
électronique au chapitre Equateur. Je regrette de ne pas avoir
pris de ma bibliothèque « Ecuador » d’Henri Michaux.
Grande douche avec l’eau douce récupérée du
réservoir. Cela change de l’eau de mer glacée en raison
du courant de Humboldt. La température, la nuit, est fraîche,
nous avons ressorti les polos manche longues, les chaussettes… (enfin,
moi).
Jour gris et Brel chante à tue-tête. Un soupçon de
soleil fait fondre quelques nuages. Lire, écrire, écouter
de la musique, regarder la mer, le ciel, les oiseaux. Des fous stagnent
au-dessus du bateau comme pris dans un champ magnétique. Magnétisme
de Caracolito.
Plusieurs bateaux croisés cette nuit. Pris un ris dans la Grand-voile.
Pendant que nous épongions les fonds, Sebrigitte se mariaient.
28 mai 2006
Un poisson volant
a atterri dans le cockpit.
Premiers contacts avec des pêcheurs, à 40milles des côtes
de la Colombie -peut-être sont-ils Colombiens ? Trois grands costauds
à la peau très noire, en ciré jaune, dans leur barque
à moteur. Mécontents. Très mécontents. Nous
venons d’être pris dans leur ligne de pêche. La quille
est entourée d'un fil. Les pêcheurs nous délivrent
en coupant la ligne. Un peu plus loin, nous tombons dans le même
piège. Les pêcheurs coupent la ligne et s’en vont avant
même d’avoir récupérer le gros hameçon
qui y était attaché.
Temps gris, mer agitée, gîte à 20°, vagues léchant
le pont. Nous restons à l’intérieur.
Je lis Paco Taibo II, je jubile (Pierre lui même contaminé,
est à l’origine de ma contamination par ce Mexicain). Cette
nuit, nous passerons l’équateur.
29 mai 2006, 3h10
du matin, heure locale
Un ris dans la Grand-voile,
deux ris dans le génois, à plus de cinq nœuds, le bateau
tape comme sur du ciment. Il fait nuit noire, nous sommes penchés
à 20° avec envie de vomir, la mer est agitée, crêtée
de vagues phosphorescentes. A 3h10 du matin, le GPS affiche la latitude
00° 00'
00'' : nous franchissons la ligne de l’équateur, nous sommes
à la moitié du monde, nous passons d’un hémisphère
à un autre, du nord vers le sud, l’eau ne tournera plus dans
le même sens dans les lavabos, nous marchons sur la tête.
Un instant en équilibre. Un Cuba Libre est versé à
Neptune, à la Pachamama, un autre dans notre gosier à l’équateur,
au bateau, à notre santé. Caracolito va !
"Et je tiens
à mon Pégase, je l’ai monté à cru"
29 mai 2006, de jour
Premiers contacts
avec des pêcheurs péruviens : trois hommes très agités
arrivent vers nous dans une barque à moteur. Ils nous demandent
de l’eau, de l’essence, à manger. Depuis quatre jours,
leur bateau de pêche le "Catarina Paola" est en panne
de gasoil et dérive. Nous leur donnons de l’eau, de l’essence
pour l'annexe, des bières, des bananes, nous relevons leur position
GPS et ne pouvant les remorquer nous-mêmes, nous promettons de les
signaler aux autorités une fois arrivés.
Premiers contacts avec un Equatorien. Le port de Bahia de Caraques peut
être atteint en quelques heures, nous décidons donc de nous
y arrêter plutôt qu’à Manta –de plus, Caraques
est un mot qui ressemble à Caracas .
Caraques est une baie entourée de collines de terre sèche
plantées de végétation. Nous apercevons de loin ses
immeubles modernes blancs ; il fait froid, le temps est couvert, l’eau
est gelée. Nous appelons à la VHF sur le canal 16 un pilote
pour nous guider dans l’entrée de la baie, celle-ci étant
pleine de dangers non balisés. Nous signalons le bateau péruvien
en danger. En raison de la marée, l’entrée ne peut
se faire qu’à partir de 17h, nous ancrons devant la baie
et nous en profitons pour nous reposer.
A l’heure dite, le pilote arrive et nous rencontrons pour la première
fois un Equatorien : Julio, il fait partie des autorités maritimes
de Bahia. Il a un visage émacié, un sourire timide et il
parle très doucement. Il nous guide dans la baie et nous conseille
un endroit où mouiller. Nous jetons l’ancre. Nous attendrons
le lendemain la visite administrative des autorités maritimes avant
de pouvoir débarquer à terre. Un bateau des gardes-côtes
est sorti pour venir en aide au « Catarina Paola ».
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Nous
quittons Isla Gonzales et son village le 21 mai à midi.
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En
chemin, nous rencontrons une manifestation de pélicans
qui protestent contre la vie chère et la raréfaction
du poisson dans les océans en raison de l'activité
humaine |
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| Pendant
8 jours nous naviguons au près dans une mer hachée
avec un vent variant de 15 à 20 noeuds. Généralement,
nous sous-toilons légèrement le bateau de manière
à limiter la gite à 15°, réduire la puissance
du bateau pour qu'il ne tape trop dans les vagues, limiter les
efforts sur le gréement et avoir un minimum (mais vraiment
un minimum) de confort à bord.
En bretagne nous aurions porté toute la toile sans nous
poser de questions. Ici nous avons l'inter à l'avant et
fréquemment nous prenons un ris dans la grand-voile.
Nous apprécions réellement l'installation de la
capote qui nous apportera un surcroit de confort apréciable
pendant toute la traversée. |
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Une
de nos rares rencontres: 2 oiseaux de mer (genre "Pardelas")
jouent quelques heures autour de nous. |
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27
mai 2006 17h TU nous découvrons une grosse fuite d'eau
sur le réservoir d'eau potable avant. Le tiers de notre
eau douce se retrouve dans la cale. nous passons une heure à
écoper...
Pendant ce temps là, à quelques milliers km de là... |
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8h10
TU Latitude N 0° 00' 00" : Nous passons l'équateur!
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Nous
essayons de faire partager l'événement avec ceux
reste à terre...
(malheureusement personne n'est là pour en profiter (trop
occupé par un mariage), ou la communication est trop mauvaise
pour se faire comprendre... |
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"Cuba
libre!"
(Nous avons la flegme d'aller chercher le "champana"
richelieu chilien prévu pour cette occasion, alors nous
trinquons avec du Cuba libre...) |
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Au
petit matin, un groupe de dauphins accompagne Caracolito pendant
quelques milles pour mieux admirer son nouvel antifouling. |
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Nous
approchons de la cote équatorienne, il est temps de hisser
le pavillon de courtoisie. |
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A
une dizaine de milles de la cote, nous rencontrons un bateau de
pêche en difficultés. ils utilisent leur lanchas
pour venir nous demander du gasoil. malheureusement nous n'en
avons pas. nous leur donnons quelques litres d'essence, de l'eau,
des bananes et des bières. A notre arrivée à
bahia de Caraques nous prevenons les gardes-cotes qui leur enverront
une vedette de secours. |
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Arrivée
à Bahia de Caraques. L'entrée de la rivière
est protégée par une barre et des bancs de sable.
Nous appelons la capitainerie pour qu'il nous envoient un pilote. |
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Après
avoir attendu 2h devant l'entrée que la marée monte
suffisamment pour nous permettre de rentrer, le pilte, Julio,
arrive à bord.
Nous pouvons faire notre entrée (triomphale?) à
Bahia de Caraques. |
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