De
Colon
(atlantique)
à
Balboa
(pacifique)
9° 20,675' N
79° 54,465' W
 
8° 54,595' N
79° 31,43' W
30/04/06
 
01/05/06

Distance parcourue
43 Milles


Le passage du Canal, c'est un peu comme un film de science fiction, il y a de l'humour, du suspense, un gros budget, des vaisseaux et du non-sens. Pendant plus de 15 jours, notre passage était prévu le 31 Avril.

Cela ne vous fait pas rire?
Pourtant tout le monde sait bien qu'il n'y a que 30 jours en avril...

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Le passage

Il est 17 heures, nous sommes à couple du catamaran Delphiro ; Pat, Romain et Krimo nous ont rejoints pour compléter notre équipage et nous aider à passer le canal; le pilote après avoir appelé à la VHF « Caracolito, Caracolito », arrive par pilotine. Il saute sur notre bateau : il s’appelle Antonio, il est pilote de remorqueur et occasionnellement, « advisor » sur voilier. Il est chargé de nous conseiller sur le trajet à suivre, le skipper du voilier restant maître à bord. Nous allons parcourir 80km pour rejoindre l’océan Pacifique, traverser le lac Gatun, monter et descendre par rapport au niveau de la mer par l’intermédiaire de trois séries d’écluses. Nous nous dirigeons au moteur vers les premières écluses, les écluses Gatun. Un peu au devant de nous, le voilier « Kuani » est parti lui aussi en transit ; à son bord, un couple de quasi-octogénaires américains ; ils viennent de San Francisco, connaissent Jack Kerouac et ont déjà passé onze fois le canal, un excellent voisinage donc. Nous faisons connaissance avec Antonio, il est très chaleureux, nous parle de sa famille, de ses enfants et essaye même d’apprendre quelques mots de français. C’est la pleine nuit lorsque nous arrivons aux écluses Gatun. Pour élever les navires de 26 m au-dessus de l’eau, les écluses disposent de trois bassins, en fait des sas de 300m de long et 33,5 m de large. Nous nous mettons à couple de Kuani et nous entrons dans la première écluse, après avoir laissé passé un gros cargo. Deux hommes de chaque côté des quais nous jettent les amarres permettant aux bateaux de s’immobiliser le temps que l’eau monte. Un, deux et trois, les portes se ferment et s’ouvrent, l’eau boueuse tourbillonne dans les bassins, les amarres sont attachées puis détachées, des gâteaux apéritifs circulent entre les voiliers et nous voilà dans le lac Gatun. Nous nous détachons de Kuani et nous poursuivons jusqu’à une grosse bouée d’amarrage, c’est là que nous passerons la nuit. Antonio nous quitte et notre équipe se retrouve autour d’un Chile con carne arrosé de vin chilien suivi de bananes flambées ( la nourriture lors d’un passage est très importante pour motiver l’équipage). La nuit est pure, l’eau paisible, des singes hurleurs poussent des cris rauques dans le silence. Le lendemain, vers 7 heures, un autre pilote arrive, c’est Ricardo, grand , bien bâti, 35 ans, célibataire. Il a déjà visité Paris. Nous nous faisons tirer par Kuani pour gagner un nœud sur notre vitesse qui atteint alors 5,5 nœuds. Pendant que nous prenons notre petit déjeuner, nous admirons le lac Gatun :à l’origine, le barrage Gatun coupa le Rio Chagres et inonda 262 km2 de forêt vierge, et des villages entiers (50000 pers), permettant la création d’un lac d’une superficie de 423 km2, situé à 26 m au dessus du niveau de la mer. Des troncs d’arbre morts dépassent de l’eau, la jungle tropicale nous entoure, et le bruit du moteur crée la bande son du film qui se déroule. Des pélicans en vol nous accompagnent un instant. Nous croisons d’énormes cargos. Au Monkey canal, sur une île à la végétation luxuriante, nous apercevons des silhouettes de singes au sommet des arbres, suspendus comme des gros fruits exotiques. L’eau est ici émeraude. La terre, rouge, latérite. Des montagnes aux formes pyramidales se découpent à l’horizon. Le soleil est à son comble, le pont est brûlant. La traversée du lac dure plusieurs heures, le temps s’étire, nous lisons des magazines. Le lac se resserre en un canal, l’eau est opaque, boueuse. Nous suivons la voie ferrée, nous passons la tranchée Gaillard large de 150 mètres. Nous apercevons un petit caïman immobile, se confondant avec la couleur de la terre, des yeux aussi à la surface de l’eau. Nous passons sous le pont du centenaire et vers 11h, nous arrivons à l'écluse de Pedro Miguel. Nous nous mettons à couple du voilier Kuani et nous attendons l’arrivée d’un cargo. Nous attrapons au vol les longues amarres. Les portes de l’écluse se ferment, elles ressemblent à des portes de prison, l’eau cette fois ci descend, tourbillonne toujours, une sonnerie retentit, les portes s’ouvrent, les amarres sont lâchées, nous sommes au lac Miraflores. Les dernières écluses, les écluses de Miraflores sont devant nous, lorsque la dernière porte s’ouvrira nous serons dans le Pacifique. Le processus reste le même: nous attachons les amarres, un cargo entre derrière nous dans l’écluse, la porte se ferme. Nous disons adieu à l’Atlantique, nous sommes dans un sas, entre les deux océans et cette traversée du canal ressemble à un voyage initiatique, de portes en portes, de fermeture en ouverture. Encore une écluse intermédiaire, encore un entre-deux, et nous atteignons l’ultime. Les portes se referment une dernière fois, l’eau descend, la tension monte, la sonnerie retentit, c’est une fente qui s’ouvre, s’élargit, délivre l’océan Pacifique, nous y sommes, nous y sommes émus. Les Américains de Kuani semblent blasés à côté de nous, euphoriques. L’ivresse Pacifique. Caracolito dans le Pacifique. Instants de joie.
Nous passons en triomphe le pont en dentelle de fer des Amériques, Ricardo nous quitte (il nous enverra un mail pour nous remercier de cette traversée), nous arrivons au mouillage de Flamingo, Caracolito est à l’ancre pour la première fois dans le Pacifique.

 

Lors du passage du canal, les équipages s'entraident pour que tous les bateaux aient leur compte d'"hand-liners". c'est ainsi que nous avons transité sur le canal trois fois, Une fois avant notre passage sur Dahu (Pierre) et Filao (Hélène), une autre fois après notre passage à bord de Delphiro.

 

En direct du Canal:
Le passage de Caracolito

Grace au petit mail de Jean-Marie, les autorités du canal de panama ont braqué la Webcam de Miraflores sur Caracolito au moment de son passage de la dernière écluse...

Caracolito à couple de Kuani entre dans la première écluse de Miraflores

Dans l'écluse: le petit bateau jaune c'est... nous!

http://www.pancanal.com

 


Pour être plus rapidement prêt à partir à l'arrivée du pilote, et embarquer Pat et Romain, nous levons l'ancre et venons nous mettre à couple de Delphiro.

Bien nous en a pris car en remontant l'ancre, nous remontons également plusieurs kilos de vase noire et gluante. Le transit du canal commence donc par le lessivage de la chaine...

L'équipage pour le transit avec:
La pirate, Pat et son fils Romain, Krimo qui a déjà passé le canal avec Dahu et qui nous a rejoint en début d'après-midi et le mari de la pirate...

Arrivée du pilote, petit flou sur la photo car Hélène étrenne son nouvel appareil-photo, qu'il n'y a plus beaucoup de lumière et que le bateau bouge... Il ne faut surtout pas y voir un léger tremblement lié au stress!

Notre premier pilote: Antonio
(remarquez la tenue du skipper assortie aux couleurs de Caracolito!)

Nous nous mettons à couple avec Kuani, le bateau qui va nous accompagner pendant tout le transit

Kuani appartient à un couple d'américains qui réalisent là leur 11ième passage. Ils ont 78 ans. Nous avons vraiment des allures de bleus à coté d'eux.

Dans la première écluse du lac Gatun. Nous sommes derrière un cargo. Caracolito est amarré à couple de Kuani. A cause de la grande différences de poids et de taille entre les deux bateaux, les lignes qui maintiennent les deux bateaux au centre de la chambre sont toutes amarrées sur Kuani. Pat, Romain et Krimo ont changé temporairement de bord pour les aider.

(A ce moment là, le "chili con carne" d'hélène est en train de mijoter pour les inciter à revenir! Dommage que vous ne puissiez pas sentir l'odeur.. même le pilote de Kuani était intéressé par un stage à bord!)

Nuit "paisible" mais courte sur le lac Gatun: Le diner a fini tard, après un, voire deux ou trois apéros, puis quelques digestifs et une discussion sympathique, avant le concert en live de singes hurleurs. A 7h du matin la pilotine arrive pour amener les pilotes à bord.

Ricardo, notre pilote qui nous a depuis envoyé un mail pour nous remercier du passage qu'il avait fait à notre bord. et nous dire que "notre bateau bien que petit était très confortable..."

Notre compagnon de transit: Kuani

Très rapidement, nous nous rendons compte que nous ne pourrons pas aller suffisamment vite pour arriver à l'heure souhaitée aux écluses de Pedro Miguel

Nous avions envisagé ce cas de figure et quelques jours avant le passage, nous avions demandé aux propriétaires de Kuani,s'ils accepteraient de nous tirer. Nous leur passons donc une remorque et gagnons ainsi un noeud de vitesse.

Pendant que défilent les rives du lac Gatun,

Une petite séance de lecture s'organise à bord

Sur le lac Gatun des milliers d'arbres morts dépassent encore de la surface. Le lac a été formé en 1914...

La pirate à la barre...

Les grues pour la maintenance du canal. celle du fond à une capacité de 250 tonnes. Elle sert notamment à démonter les portes des écluses pour leur maintenance.

Le canal est en cours d'agrandissement, en particulier au niveau du Corte Culeba (ou Corte Gaillard) pour pouvoir faire passer simultanément deux navires de type "Panamax" (Panamax, c'est le nom donné aux navires dont les dimensions sont ajustées aux dimensions maximales acceptées par les écluses)

Le pont du centenaire (centenaire de quoi? et non ce n'est pas le centenaire du canal qui n'a d'ailleurs pas encore atteint cet age (il lui manque 6 ans) mais le centenaire de la république panaméenne

"Coucou! coucou, la Webcam!"
(en fait nous lui tournons le dos, mais vu la distance personne ne s'en rend compte...)

La Webcam, elle est au dessus de l'étrave du paquebot, sur les antennes qui dépassent de la forêt.

arrivée dans l'écluse de Pedro Miguel

Les liners nous envoient une pomme de touline à laquelle nous attachons les aussières qui serviront à maintenir les bateaux lors de la descente. Pendant les passages d'une chambre à l'autre ils marchent à hauteur du bateau en tenant l'amarre.

Pour les cargo, le bonhomme qui marche en tenant l'aussière est remplacé par une locomotive (On voit bien le numéro de la locomotive :-) )

Installés dans l'écluse de Pedro Miguel, nous prenons un petit apéritf en attendant un cargo qui doit finalement passer en même temps que nous.

Le Cargo arrive, nous pouvons commencer la descente

Hélène, Ricardo et Pierre devant la porte de Miraflores

L'ouverture des portes de la dernière écluse de Miraflores: Nous sommes dans l'océan pacifique!

L'écluse de Miraflores vue du pacifique...

Kuani et Caracolito se séparent...

Ricardo embarque sur la pilotine qui vient le chercher...

Nous approchons du pont des amériques...

Champagne!

(en fait c'est du champaña chilien "Richelieu", ça surprend au début mais c'est pas pire que la plupart des champagnes commercialisés en France)

Premier coucher de soleil sur le Pacifique.
Mouillage de Flamengo, bahia de Panama.