Lors
de la navigation pour aller à Colon, à peine avons-nous
mis la ligne à l’eau qu’une grosse thonine mord. Nous
faisons aussitôt un carpaccio à la sauce soja et le reste
du poisson est mis en conserve. C’est donc en plein chantier de
conserves, et entourés de cargos que nous arrivons à destination.
Colon, les portes du Pacifique
Il fait 35°-38
°C, l’air est saturé de pollution, la pluie tombe noire,
l’eau est huileuse. Parfois le matin, une brume envahit la mer,
une brume qui prend à la gorge, qui empêche de respirer :
c’est la fumée de la déchetterie. Nous sommes devant
la ville de Colon, à l’entrée du canal de Panama,
aux portes du Pacifique. Tous les quarts d’heure, le soir, un énorme
bateau passe, une trentaine sont à l’ancre à l’entrée.
Il y a des monstres d’acier de 300 mètres de long et de 30
mètres de haut qui portent des prénoms de femmes : Elise,
Joanne…Ils sont pétrolier, porte container, vraquier, paquebot…
Ils ont des grues sur le pont, des cuves, des containers, des tanks, des
cheminées…Ils ont des formes extraordinaires, industrielles…Les
équipages minuscules sur le pont nous font de grands signes, nous
sifflent quand nous passons minuscules dans notre annexe, ils viennent
de Hong Kong, des Philippines, du Libéria, du monde entier, ils
vont dans le Pacifique.
Au mouillage des voiliers, c’est la fièvre Pacifique qui
ne quitte pas les esprits des navigateurs, on parle du Pacifique avec
des étoiles dans les yeux, on en parle comme si on avait oublié
l’Atlantique, les Caraibes. Il faut attendre trois semaines avant
de passer le canal, le temps de faire monter la fièvre, d’échanger
des cartes, de parler d’endroits secrets, de rêver. Il y a
ici Nick, l’architecte d’un côtre de 10 mètres
en acier et pont en bois, il a déjà parcouru deux tours
du monde et demi avec le sien sans éléctronique, ni sondeur,
ni GPS, c’est le Bernard Moitessier anglais, deux autres voiliers
du même type sont au mouillage, l’un est allé en Alaska,
l’autre est habité par Annie Hill, auteure de guides de navigation,
notamment sur l’Amérique du sud, et d’un ouvrage »
comment voyager en voilier sans argent », la bible de Sacha. Nous
avons rencontré Sacha et Amrei au Venezuela, puis nous les avons
revu à Bonaire, Curaçao et ici. Ce sont deux jeunes allemands
sur un voilier en polyester des années 70 de presque 9m. Lui est
prof de sport, elle Kiné, ils s’arrêteront en Nouvelle
Zélande, après deux ans et demi de voyage. Ils vivent pratiquement
nus sur leur bateau, et il faut faire beaucoup de bruit en allant les
voir pour leur laisser le temps de s’habiller.
Au mouillage, des voiliers des Etats-Unis, des pays nordiques, d’Angleterre,
d’Allemagne, de Slovaquie, de France, et même un voilier du
Japon sont amarrés, en tout une trentaine de voiliers attendent
de passer, des réunions sont organisées trois fois par semaine
au « yate Club » (prononcer yaté cloub ) pour trouver
des équipiers qui aideront au passage (il en faut cinq par bateau
plus le pilote). Les Français se retrouvent ensemble, on parle
parfois anglais à un Français avant de s’apercevoir
–à l’accent- qu’il est français. Après
avoir accompli les formalités et payer, chacun a une date de passage
qui lui est attribuée, on dirait qu’on va passer un examen.
Pour nous, ce sera le deux mai.
La ville de Colon doit son
nom à Christophe Colomb qui découvrit cet endroit en 1502.
A partir de 1880, la construction du canal permet l’expansion de
la ville avec la construction de splendides immeubles. Aujourd’hui,
Colon est une ville en perdition, ses immeubles en ruine abritent une
population déshéritée, on se fait menacer avec un
couteau en plein jour, au milieu de la foule, pour donner son sac. Aussi,
on se déplace uniquement en taxi.

J’ai 35 ans à Colon, 35 ans et l’occasion de faire
une bamboula du tonnerre avec les français navigateurs de passage.
Nous avons loué au Yate Club un local en plein air avec vue sur
le port. Tout était réuni pour passer une soirée
mémorable : bout-en-train excessifs, musique latino-américaine,
chansons de marin et bretonnes, grillades de viande, gâteau d’anniversaire
Kitch (blanc et rose fluo) et même coucher de soleil flamboyant
; Colon a aussi de bons côtés. Les rencontres se sont multipliées
depuis notre arrivée avec les équipages en attente, le point
de ralliement étant le bar-terrasse du yate Club.
Olivier est arrivé avec Régis sur son voilier « Ozone
», un Archambault course-croisière de 40 pieds, l’A40,
flambant neuf. Ils ont mis un mois et trois jours pour parvenir au Panama
depuis La Rochelle. Et ils ont un mois un demi pour rallier la Nouvelle
Calédonie, là où ils habitent. Soit un demi tour
du monde en trois mois. On se prend à rêver à la trace
élégante et fine du beau bateau bleu sur les mers. Colon
est leur première escale –escale forcée ; ils rongent
leur frein, et chaque jour passé signifie une augmentation de leur
moyenne de vitesse pour arriver à temps à leur travail.
Les deux hommes ne sont pas à leur premier coup d’éclat
: Régis a été vainqueur de la mini-transat (traversée
de l’Atlantique sur un voilier de 6m50) de 1976 sur un muscadet
et une deuxième fois une dizaine d’années plus tard
sur un coco, (NdMdlP: Muscadet et Coco, deux voiliers de Philippe
Harlé, l’architecte de Caracolito – (NdMdlP : note
du mari de la pirate)), Olivier est arrivé second en 76. Ils
savent aussi prendre leur temps : Régis a mis 25 ans en voilier
pour arriver jusqu’en Nouvelle Calédonie, Olivier était
au commandement de paquebots de luxe aux Antilles et en Polynésie.
Pour découvrir ces personnalités, nous avons beaucoup discuté
car les deux amis de trente ans sont discrets et modestes. Humains. Ils
nous ont parlé de la Nouvelle Calédonie avec un tel entrain
que nous nous demandons si nous n’allons pas nous y arrêter
pour travailler.
Les autres équipages rencontrés : Armel, Delphine et Zoé
sur Filao, Marie et Anthony sur Destinée, Krimo, Isabelle, Ambryme
sur Dahu, Fanny, Pat et Rom sur Delphiro, Lulu et sa femme Marit sur Mirit,
les trois lascars d’Huahine, Jean baptiste et Annick sur Banik,
Matin bleu…
Et toutes ces rencontres vont se dissoudre dans la vastitude Pacifique
et se recréer au gré des escales communes.
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Pour
plus de renseignements, reportez-vous à la rubrique "tableau
de pêche 2006" |
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Carpaccio
de thon à la sauce soja (excellent!) |
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Conserves
de thon au naturel |
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L'arrivée
à colon, Une quarantaine de cargos attendent devant les
digues. |
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Les
"portes du pacifique" |
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Le
mouillage "the flats" à Colon, entre cargo et
décharge. |
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La
pilotine amène le "mesureur" sur les bateaux
candidats au passage |
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Des
paquebots viennent régulièrement s'amarrer à
Colon avant de passer le canal |
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Le
mouillage des flats au soleil couchant |
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La
saison des pluies est proches, Nous avons droit à de grosses
averses deux à trois fois par semaine. |
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Caracolito
au mouillage de Colon avec ses cagnards neufs |
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J'ai
oublié de signaler le terminal pétrolier qui borde
le mouillage... |
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Dans
le batiment, les douches, la laverie et l'immigration du Yacht
Club de Colon, sur la pelouse le Cyber Cafe... |
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