Colon
9°20,675' N
79°54,465' W
 
Du 06/04/06 au 30/04/06
 

   
   
   

 

Si vous aimez les cargos, les vraquiers, les porte-container, les pétroliers, les méthaniers, les rouliers, les paquebots... Une seule destination!

 

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Lors de la navigation pour aller à Colon, à peine avons-nous mis la ligne à l’eau qu’une grosse thonine mord. Nous faisons aussitôt un carpaccio à la sauce soja et le reste du poisson est mis en conserve. C’est donc en plein chantier de conserves, et entourés de cargos que nous arrivons à destination.


Colon, les portes du Pacifique

Il fait 35°-38 °C, l’air est saturé de pollution, la pluie tombe noire, l’eau est huileuse. Parfois le matin, une brume envahit la mer, une brume qui prend à la gorge, qui empêche de respirer : c’est la fumée de la déchetterie. Nous sommes devant la ville de Colon, à l’entrée du canal de Panama, aux portes du Pacifique. Tous les quarts d’heure, le soir, un énorme bateau passe, une trentaine sont à l’ancre à l’entrée. Il y a des monstres d’acier de 300 mètres de long et de 30 mètres de haut qui portent des prénoms de femmes : Elise, Joanne…Ils sont pétrolier, porte container, vraquier, paquebot… Ils ont des grues sur le pont, des cuves, des containers, des tanks, des cheminées…Ils ont des formes extraordinaires, industrielles…Les équipages minuscules sur le pont nous font de grands signes, nous sifflent quand nous passons minuscules dans notre annexe, ils viennent de Hong Kong, des Philippines, du Libéria, du monde entier, ils vont dans le Pacifique.
Au mouillage des voiliers, c’est la fièvre Pacifique qui ne quitte pas les esprits des navigateurs, on parle du Pacifique avec des étoiles dans les yeux, on en parle comme si on avait oublié l’Atlantique, les Caraibes. Il faut attendre trois semaines avant de passer le canal, le temps de faire monter la fièvre, d’échanger des cartes, de parler d’endroits secrets, de rêver. Il y a ici Nick, l’architecte d’un côtre de 10 mètres en acier et pont en bois, il a déjà parcouru deux tours du monde et demi avec le sien sans éléctronique, ni sondeur, ni GPS, c’est le Bernard Moitessier anglais, deux autres voiliers du même type sont au mouillage, l’un est allé en Alaska, l’autre est habité par Annie Hill, auteure de guides de navigation, notamment sur l’Amérique du sud, et d’un ouvrage » comment voyager en voilier sans argent », la bible de Sacha. Nous avons rencontré Sacha et Amrei au Venezuela, puis nous les avons revu à Bonaire, Curaçao et ici. Ce sont deux jeunes allemands sur un voilier en polyester des années 70 de presque 9m. Lui est prof de sport, elle Kiné, ils s’arrêteront en Nouvelle Zélande, après deux ans et demi de voyage. Ils vivent pratiquement nus sur leur bateau, et il faut faire beaucoup de bruit en allant les voir pour leur laisser le temps de s’habiller.
Au mouillage, des voiliers des Etats-Unis, des pays nordiques, d’Angleterre, d’Allemagne, de Slovaquie, de France, et même un voilier du Japon sont amarrés, en tout une trentaine de voiliers attendent de passer, des réunions sont organisées trois fois par semaine au « yate Club » (prononcer yaté cloub ) pour trouver des équipiers qui aideront au passage (il en faut cinq par bateau plus le pilote). Les Français se retrouvent ensemble, on parle parfois anglais à un Français avant de s’apercevoir –à l’accent- qu’il est français. Après avoir accompli les formalités et payer, chacun a une date de passage qui lui est attribuée, on dirait qu’on va passer un examen. Pour nous, ce sera le deux mai.

La ville de Colon doit son nom à Christophe Colomb qui découvrit cet endroit en 1502. A partir de 1880, la construction du canal permet l’expansion de la ville avec la construction de splendides immeubles. Aujourd’hui, Colon est une ville en perdition, ses immeubles en ruine abritent une population déshéritée, on se fait menacer avec un couteau en plein jour, au milieu de la foule, pour donner son sac. Aussi, on se déplace uniquement en taxi.


J’ai 35 ans à Colon, 35 ans et l’occasion de faire une bamboula du tonnerre avec les français navigateurs de passage. Nous avons loué au Yate Club un local en plein air avec vue sur le port. Tout était réuni pour passer une soirée mémorable : bout-en-train excessifs, musique latino-américaine, chansons de marin et bretonnes, grillades de viande, gâteau d’anniversaire Kitch (blanc et rose fluo) et même coucher de soleil flamboyant ; Colon a aussi de bons côtés. Les rencontres se sont multipliées depuis notre arrivée avec les équipages en attente, le point de ralliement étant le bar-terrasse du yate Club.
Olivier est arrivé avec Régis sur son voilier « Ozone », un Archambault course-croisière de 40 pieds, l’A40, flambant neuf. Ils ont mis un mois et trois jours pour parvenir au Panama depuis La Rochelle. Et ils ont un mois un demi pour rallier la Nouvelle Calédonie, là où ils habitent. Soit un demi tour du monde en trois mois. On se prend à rêver à la trace élégante et fine du beau bateau bleu sur les mers. Colon est leur première escale –escale forcée ; ils rongent leur frein, et chaque jour passé signifie une augmentation de leur moyenne de vitesse pour arriver à temps à leur travail. Les deux hommes ne sont pas à leur premier coup d’éclat : Régis a été vainqueur de la mini-transat (traversée de l’Atlantique sur un voilier de 6m50) de 1976 sur un muscadet et une deuxième fois une dizaine d’années plus tard sur un coco, (NdMdlP: Muscadet et Coco, deux voiliers de Philippe Harlé, l’architecte de Caracolito – (NdMdlP : note du mari de la pirate)), Olivier est arrivé second en 76. Ils savent aussi prendre leur temps : Régis a mis 25 ans en voilier pour arriver jusqu’en Nouvelle Calédonie, Olivier était au commandement de paquebots de luxe aux Antilles et en Polynésie. Pour découvrir ces personnalités, nous avons beaucoup discuté car les deux amis de trente ans sont discrets et modestes. Humains. Ils nous ont parlé de la Nouvelle Calédonie avec un tel entrain que nous nous demandons si nous n’allons pas nous y arrêter pour travailler.
Les autres équipages rencontrés : Armel, Delphine et Zoé sur Filao, Marie et Anthony sur Destinée, Krimo, Isabelle, Ambryme sur Dahu, Fanny, Pat et Rom sur Delphiro, Lulu et sa femme Marit sur Mirit, les trois lascars d’Huahine, Jean baptiste et Annick sur Banik, Matin bleu…
Et toutes ces rencontres vont se dissoudre dans la vastitude Pacifique et se recréer au gré des escales communes.

Pour plus de renseignements, reportez-vous à la rubrique "tableau de pêche 2006"

Carpaccio de thon à la sauce soja (excellent!)

Conserves de thon au naturel

L'arrivée à colon, Une quarantaine de cargos attendent devant les digues.

Les "portes du pacifique"

Le mouillage "the flats" à Colon, entre cargo et décharge.

 

La pilotine amène le "mesureur" sur les bateaux candidats au passage

Des paquebots viennent régulièrement s'amarrer à Colon avant de passer le canal

Le mouillage des flats au soleil couchant

La saison des pluies est proches, Nous avons droit à de grosses averses deux à trois fois par semaine.

Caracolito au mouillage de Colon avec ses cagnards neufs

J'ai oublié de signaler le terminal pétrolier qui borde le mouillage...

Dans le batiment, les douches, la laverie et l'immigration du Yacht Club de Colon, sur la pelouse le Cyber Cafe...