Du
8 janvier 2006 au 21 janvier 2006, Margarita, Venezuela
Une cinquantaine
de voiliers mouillent dans la baie de Porlamar entourée de buildings,
de cocotiers et de paillotes sur la plage qui diffusent de la musique
Caribe et accueillent les Tambores le vendredi soir. Chaque midi, nous
mangeons dans une paillote des huîtres perlières, huîtres
plates, pepitonas (entre la moule et le bulot) et autres coquillages en
buvant une polar ou un refresco , suivi d’empanada frite ou d’un
perro caliente acheté à une marchande ambulante. Margarita
devait être une escale purement technique…
Le dimanche, la plage est remplie de monde et c’est le peuple de
Margarita qui vient se divertir : voiture sur la plage avec musique, chacun
avec sa glacière ou profitant des bars. On retrouve Johnny le voilier
qui recoud nos voiles, son employé Gregorio qui avait le mal de
mer en montant sur Caracolito, était pâle et absolument inhibé,
incapable de travailler, on partage le même banc qu’un cuisinier
avec sa femme et son fils, un cuisinier marié et en mal d’amour,
nous fait-il comprendre. Deux figures tragiques dominent cette plage dolce
vita vénézuélienne : Le Concorde, c’est un
hôtel qui surplombe la baie, l’immeuble le plus haut de Margarita,
laissé à l’abandon depuis des années, faute
de prix convenant à un acheteur nous a dit un chauffeur de taxi,
et un voilier de plus de 20 mètres échoué dans le
port, cause de dissension entre le skipper et la société
qui l’employait, voilier enfoncé pour moitié dans
l’eau, au mât penché, au pont en teck sans plus aucun
hublot, à l’accastillage démonté, volé,
pris à l’assaut par les enfants qui se suspendent aux cordages
et sautent dans l’eau. Roger a pleuré en voyant pour la première
fois le beau bateau sombré. Roger des Testigos, le fils de Chonchon,
a travaillé sur un voilier de luxe, ce qui lui a valu l’occasion
de rencontrer Mike Jagger, de boire un verre chez lui, sur l’île
de Moustique et d’être régalé pour ses services
de marin, en plus de son salaire, d’un pourboire de 10000F. Nous
avons retrouvé à Margarita Roger le jour de son anniversaire.
Aussitôt revu, nous nous attablons à un bar-restaurant chez
Luis (les plaisanciers y laissent des souvenirs, objets marins hétéroclites
dont ils n’ont plus usage : bouée, chaussures, combinaison
de plongée…agencés en sculptures insolites par Luis),
devant la plage. La valse des polars commencent. Pierre a arrêté
de compter au bout de la 8ième. On a continué avec un énorme
gâteau au chocolat apporté par sa femme et entouré
de ses enfants, puis une virée dans la ville, restaurant el Caney
en plein air où se joue de la musique traditionnelle (harpe, guitare,
chant …) et bar Karaoké dancing… Pour rentrer sur Caracolito,
nous récupérons notre annexe amarrée au ponton de
la marina pour bateaux vénézuéliens, à côté
du bateau de Roger. Le gardien après avoir retenu ses chiens, nous
accompagne dans les méandres des pontons. Il est armé, et
sa main est crispée sur sa mitraillette en bandoulière,
il marche derrière nous, sur les pontons isolés et sa présence
nous inquiète plus qu’elle nous rassure. Nous marchons, gardés,
sur les pontons dans la nuit, nous sentons chacun de ses mouvements dans
notre dos, le chemin nous parait long jusqu’à l’annexe.
Le gardien nous regarde s’éloigner en annexe, et nous voyons
dans la nuit sa silhouette immobile, son bras fixé sur la mitraillette,
en se demandant s’il ne va pas nous viser. Comme toujours au Venezuela,
et plus que jamais en voyageant sur un bateau, ce sont des histoires de
vol, d’agressions, de crimes qui circulent et arrivent jusqu’à
nous. C’est aussi cette présence permanente du danger qui
rend ce pays fou et qui incite à vivre pleinement, chaque moment,
comme si c’était le dernier. Le lendemain, nous avons visité
le bateau de pêche de Roger amarré au port, une lancha aménagée
avec cabines pour un équipage de 8 personnes, glacière pour
poissons pêchés à la traîne et même dans
les fonds, vivier à langoustes.
Margarita, c’est
aussi une plaza Bolivar – comme toutes les villes au Venezuela-
entourée de centaines de boutiques, pour la plupart de vêtements
de fausse marque, de dizaines de centres commerciaux climatisés,
des licoreria où on vend de l’alcool détaxé,
bref une ville marchande grosse de sa foule. Margarita, c’est des
restaurants où on peut manger de la viande et de la salade comme
dans mon rêve du Cap Vert. Aussitôt débarqués
le premier soir à Margarita, nous avons pris un taxi et demandé
au chauffeur de nous emmener dans un restaurant qui sert de la viande
grillée. Nous voilà attablés au punto Criollo («
Le coin du terroir ») devant une parillada de lomito (700g de filet
de bœuf grillé) et une salade Cesar (salade verte, fromage,
croûtons) accompagnées d’un jugo de patilla (jus de
fruit naturel propre au Venezuela, ici pastèque, mais il existe
autant de saveurs qu’il y a de fruits : melon, fraises, mûres,
fruit de la passion, ananas…). Nous avons renouvelé l’opération
plusieurs fois, avec des variantes sur la boisson (Cuba Libre). Un soir,
au retour, le moteur d’annexe tombe en panne et nous avons oublié
de prendre les rames, que faire ? Nous ramons avec les sandales de Pierre…Les
trajets en annexe sont quelques fois mouvementés car des déferlantes
rôdent autour du ponton d’amarrage, nous mouillent entièrement
– c’est très élégant pour aller en ville-,
remplissent l’annexe d’eau au risque de nous renverser…Les
nuits au mouillage sont aussi parfois agitées : vent fort, pluie
tropicale, nous avons vu dans la nuit deux voiliers chacun sur un de nos
côtés déraper sur leur ancre et nous éviter
pendant que Caracolito s’accrochait à son ancre, ne sachant
pas un instant si c’était nous qui reculions ou eux qui dérivaient…
Nous courons toute
la journée : faire les courses- 5 heures dans le supermarché,
deux chariots pleins, 4 heures pour tout ranger, sans compter un second
approvisionnement- faire réparer les deux spis déchirés
et la têtière de grand voile, faire faire une capote, trouver
de l’accastillage, faire ressouder les chandeliers (l’ atelier
de soudure d’Armando se trouve près du port, entouré
d’une mangrove, donc plein de moustiques -qui ne m’oublient
pas-, Armando s’arrête de travailler le soir quand il a trop
de moustiques autour de lui…)…
Il y a tellement de choses à faire liées au bateau et de
rencontres à vivre que nous aurions pu rester plus de temps. Nous
restons plus de 15 jours sans nous lasser.
Chaque jour en débarquant
sur la promenade le long de la mer, nous saluons la marchande de perro
caliente - en français, « Hot Dog », en vrai français
ou canadien « chien chaud », il y a aussi marqué Hamburguer
sur sa roulotte mais quand on lui en demande un, elle dit qu’ils
sont en grève, ses deux petites filles jouent, pleurent à
côté d’elle, parfois, son mari l’accompagne -
, nous réglons les détails des réparations de voile
avec Johnny, nous disons bonjour à Luis le restaurateur –
Luis nous raconte qu’un plaisancier est venu tous les jours pendant
15 jours manger une soupe chez lui et prendre un perro caliente à
côté, il avait en fait 200kg de cocaïne cachés
dans des boites de sardines dans son bateau de 8m50, la police a débarqué
un jour sur le voilier et l’a arrêté - et aux gens
des paillotes. Le port est une petite communauté de personnes bien
sympathiques.
Nous nous lions avec
JC( Jean Christophe) et Nathalie, sur un voilier de 8m50, Half-toner,
racé rapide et extrêmement spacieux à l’intérieur.
Ils ont refait l’intérieur : formes arrondies, carré
décalé, table à carte et cuisine sous la descente,
c’est moderne et bien pensé. JC a vécu cinq ans en
Pologne et a connu des appartements de 40 m2 occupés par des familles
de 6 personnes, il dit s’être inspiré de son expérience
polonaise pour aménager le bateau. JC a vécu aussi au Costa
Rica (il allait au bal à cheval), aux Antilles ( en particulier
à St Martin) et va faire le tour de l’Amérique centrale
en bateau et moto pour trouver un endroit pour vivre. Il a déjà
trouvé avec sa femme leur mode de vie : travailler juste ce qu’il
faut pour profiter de la (vraie) vie le reste du temps.
Nous rencontrons des étudiants, Florent, Mael, Stan, Gregory, Anne,
et Sylvain, les quatre premiers sont gagnants d’un concours qui
leur laisse l’utilisation d’un voilier le RM10,50 pendant
un an. Sylvain a fait une école de commerce et a choisi de ne pas
centrer sa vie sur une carrière professionnelle : il habite dans
le pays qu’il veut et exerce le métier qu’il peut tout
en vivant le plus possible à côté, attentif à
toutes les rencontres. Il a commencé à écrire son
journal avec autant de liberté qu’il vit sa vie. J’attends
impatiemment de le lire. Nous sommes allés avec eux (à 5,
complètement bourrés dans leur petite Fiat de location),
au Cabana Beach, une discothèque en plein air, au bord de la mer.
Image parfaite: la lune se reflète sur l’eau entre les cocotiers
devant les gens qui dansent ou boivent un verre en musique. Il y a des
espaces à part, vitrés dans lesquels se déroulent
des soirées privées. Là, on s’amuse sur invitation.
Nous, nous allons sur la terrasse ouverte où on se mélange
sans invitation. La soirée s’articule autour de deux types
de musique. Musique nord-américaine (tubes des années 80):
personne ne danse, musique sud-américaine (merengue, salsa…)
: la piste est soudain envahie de danseurs. Nous rencontrons celui qui
tient une paillote sur la plage en face du mouillage et nous finissons
la soirée dans son bar avec lui, ses cubas libres, ses rhums vénézuéliens
et antillais « Leader Price ».
Nous retrouvons Jeff
– rencontré à Las Palmas- traumatisé par l’attaque
de bandits (armés de machettes et voulant débarqués
sur son bateau) qu’il a subi au Brésil.
Nous faisons connaissance avec l’équipage de Kilian, et de
leurs amis anglais, des retraités en route jusqu’à
ce que le manque d’envie (ou une mésaventure) les arrête.
Et bien sûr, nous avons affaire avec Juan de la marina Juan : c’est
un ponton d’accueil qu’il a crée pour permettre aux
plaisanciers au mouillage d’amarrer leur annexe (et de la faire
surveiller) et de traiter par son intermédiaire des formalités
de douane et d’immigration. Juan est un Chilien d’origine
installé au Venezuela, passionné de littérature en
langue espagnole. Juan parle parfaitement français. Il a quitté
le Chili à l’époque d’Allende car, trotskiste,
il pensait que le programme d’Allende n’était pas encore
assez social pour son pays…
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Arrivée
sur Margarita en fin de journée |
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Hélène
au clavier, |
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Avitaillement
en prévision de la venue de Paul V. à bord pour
l'étape des San Blas... |
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Avec
Roger, Au bar de Luis... |
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Prise
du patron de la future capote de Caracolito |
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Première
vision de ce que sera la capote |
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La
fille de la vendeuse de perro caliente |
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Caracolito
dans la baie de Porlamar |
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L'hotel
Concord desafecté depuis plus de 10 ans... |
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Au
fond un voilier de 20m, echoué et désarmé,
sert de terrain de jeu aux gamins. |
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Notre
vendeur d'huitres, pepitonas et caracoles préféré... |
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La
plage de l'hotel concord |
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Ouverture
des huitres pour l'apéro... |
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Le
mouillage de Porlamar |
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La
rue longeant la baie |
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Helene
et sa minijupe toute neuve, nous quittons Porlamar |
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Caracolito
et sa capote toute neuve... |
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