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Du 31 décembre
au 9 février 2006, Venezuela Du 31 décembre au 8 janvier 2006 Los Testigos, Venezuela Les garder comme un secret, ne pas en parler, ou en parler avec banalité : îles. Los Testigos, îles familles
entourées de l’eau verte de l’Orénoque, îles
passage de Jacques Brel. 31 décembre 2005 passé chez Luisa
et Rodolfo, 4 janvier 2006, anniversaire d’Estelita, entre ces deux
dates, nous allons d’une maison à l’autre, d’une
famille à l’autre dans la grande et unique famille des Mata,
d’une île à l’autre, de Iguana à Tamarindo. Fatigue, grande fatigue aux Testigos, impression de flotter, de mal articuler, de vouloir se jeter dans tous les hamacs suspendus ça et là, dans les maisons, au bord de l’eau. Nous avons passé une grande partie de l’après midi du 31 décembre dans un hamac sur la plage, à regarder les frégates comme des delta planes, planer dans le ciel et les pélicans, plonger dans la mer, à assister l’esprit brumeux aux parties de cartes qui se jouent sur des petites tables en bois dépeint en plein air, à s’embrouiller l’esprit dans les cartes qui tournent, à ne rien n’y comprendre. Pluie, grosse pluie, aux Testigos qui s’abat soudain, vent, tempête, impression que les îles vont s’envoler, rester coincé à Tamarindo sous la pluie, ne plus pouvoir traverser en lancha pour pouvoir rejoindre Iguana, attendre une accalmie, traverser enfin, à la nuit, tapie au fond de la lancha, sur les membrures de bois, avec la langouste qu’on nous a offerte et cuite, la langouste encore chaude contre moi, chaleur rayonnante de la langouste dans le froid glacé, la pluie, grosse pluie… La sono à fond, sortie
sur la plage, le merengue, la salsa, le vallenato, dès le matin,
comme un appel, un muezzin, prière de danser. Le grand père offrant la sangria à tous dans un verre unique, le grand père, saoul, s’effondrant sur les sièges, la salade de langoustes pour cinquante personnes prise dans les assiettes qui passent de main en main. Los Testigos, l’eau verte venue de l’Orénoque, qui un jour devient turquoise, claire, transparente, le paysage magique des coraux qui s’éclaire, l’eau qui varie de couleur chaque jour, Los Testigos, sous notre bateau, le paysage corail, les poissons-lune, barracuda, murène, langoustes, lambis, au dessus les cactus et chèvres, au dessus, les pélicans, les frégates, au-dessus, quoi ? Pêche de 5 tonnes de
carangues avec les familles, le poisson qui grouille, claque des queues,
du museau et les hommes autour dans les barques s’approchent, enserrent,
tendent les filets comme des nœuds coulissants à la gorge
des poissons, transvasent les poissons pêchés d’une
barque à l’autre, assomment, se réjouissent, comptent
l’argent, les poissons, estiment les 5 tonnes Los Testigos, la pluie, le froid, les moustiques, le vent, la tempête, la chaleur, la sueur, Los Testigos, la langouste qui tient chaud contre soi, la soupe de dindons, le café sucré à toute heure, la bière, polar sur polar sur polar, sur polar, à volonté, sans fin, toujours une main qui se tend et propose une polar, salade de langoustes, langoustes bouillies à l’eau de mer, toujours une main qui se tend et propose une langouste. Los Testigos, un arbre généalogique
pousse sur ces îles, à Iguana, Estelita et Tello ont des
filles et des fils qui ont des filles et des fils, Estela, Yoani, Yano,
Lidia, fani, Siria, Fabiola. Los Testigos brutal, le chien de l’armée, tapi dans un buisson, attend mon passage, me mord, déchire mon pantalon. Los Testigos couvert de cactus et de buissons épais, bordé de plage et de cocotiers languides, jonché de bouteilles de bière ( espèce commune sous les Tropiques). Los Testigos, chaleur des gens, accueil, comme un gêne de la générosité dans leur sang. Los Testigos, conversations, croisements des mots, des idées, chaleur des gens. Vouloir partir et être retenu par une soupe, un café, une assiette posée devant soi, une discussion, une pêche, un anniversaire, Los Testigos, rencontres.
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