du
11 décembre 2005 au 31 décembre 2005 Notes Atlantiques,
l’entremonde
Maintenant que la
mer nous entoure, nous protège, maintenant que nous en sommes ceints,
maintenant que la terre n’existe plus, c’est maintenant et
ici que prend germe l’écriture. Une ample houle a commencé
à se former depuis peu, le ciel est bleu tacheté de gros
nuages blancs, il fait beau, il fait chaud, nous avons notre plus grande
aile déployée, le spi, albatros des tropiques, le vent est
doux « tut dret, tut cool ». Nous sommes partis hier 11 décembre,
à 17h. Larme à l’œil, sous les coups de trompette
de nos amis navigateurs, Erwan et Guillaume, Jacqueline et Daniel. Au
village, quelques bras s’agitaient, nous étions tristes de
quitter le Cap Vert. J’ai regardé longtemps Faja de Agua,
les voiliers au mouillage, les montagnes splendides, sans vouloir regarder
devant le bateau, l’océan, notre solitude. Encore profiter
quelques instants de la terre. Puis il a fallu se retourner, éteindre
le moteur, hisser les voiles, et quel extraordinaire silence nous a entouré.
Nous en avions perdu l’habitude et nous avons retrouvé avec
merveille ce qui fait parfois la mer : paix, silence . Le soleil flambait,
l’île diminuait, quelques lumières à son sommet,
la nuit nous rejoignait. La nuit est là, le vent n’est pas
là, les voiles battent, la lune est là, et c’est un
demi-jour, la lune n’est plus là, voilée par les nuages
et c’est une demi-nuit. Nous inaugurons la traversée en dégustant
une conserve de moussaka «fait maison de Janville» : saveur
de la viande d’agneau oubliée et retrouvée, jamais
je n’ai autant apprécié le goût fort de l’agneau,
on se retient de ne pas ouvrir la deuxième conserve.
Le rythme de la navigation de nuit se met en place, les quarts commencent.
Lors de mon quart, j’entends des bruits d’animaux dans l’eau,
les souffles, les respirations à la surface et je vois des ailerons
remuer nerveusement. J’hésite à éclairer avec
une torche de peur de les exciter. Je réveille Pierre et nous cédons
à la curiosité : nous éclairons mais les bêtes
se sont éloignées à quelques mètres et restent
invisibles. Seuls les bruits persistent. Lors de mon deuxième quart,
c’est un cargo que je surveillais et qui, rapproché de nous,
nous éclaire avec son puissant projecteur : quelle étrange
bête a-t-il repéré sur son radar ? Des dauphins sont
venus jouer autour du bateau. Nage souple, corps rond qui glisse dans
l’eau, pas de bruit de respiration : ils sont facilement reconnaissables.
Le vent est presque inexistant et les voiles pendent à l’avant,
nous avançons quand même un tout petit peu, autour de 3 nœuds.
Le matin du 12 décembre, dans mon sommeil, j’entends le choc
d’une daurade ramenée sur le pont et ses derniers soubresauts,
Pierre qui farfouille dans la nourriture au dessus de la couchette pour
prendre son petit déjeuner. C’est la soif qui me fait lever
vers 11h. Brava, encore présente cette nuit, a disparu, est un
souvenir. Nous sommes seuls, seuls avec la mer. Je m’installe au
pied du mât, à l’ombre du spi et je lis Moby Dick.
Quand le capitaine Peleg demande à Ismahel pourquoi il veut s’embarquer,
il répond : « je veux voir le monde ». Le capitaine
l’envoie à l’avant du bateau. Ismahel note : «
la vue portait sur un horizon sans borne, mais excessivement morne et
monotone, accablant. Pas la moindre touche, pas la moindre tache de diversité
à y voir ». Il dit y avoir vu : « Pas grand-chose,
rien que de l’eau. Un plein horizon et pourtant, il y a un grain
qui arrive , on dirait. » Et le capitaine s’exclamer : «
voir le monde ! Comme s’il ne pouvait pas le voir de là où
il se trouve ! » Voilà notre aventure, voilà notre
horizon. Les aventuriers du néant. L’eau, rien que de l’eau
à l’horizon. Notre aventure sauf imprévu : laisser
voir venir le vent et ajuster les voiles. Pierre, comme moi, nous n’avons
pas l’impression de traverser un océan mais de continuer
le voyage. Nous avons tracé une droite entre le Cap Vert et Grenade
sur la carte « Atlantique nord. Route du rhum » et nous avons
regardé le cap à prendre : 270 degrés. Voilà
tout.
Derrière le spi, la lumière du soleil est difractée
et dessine les contours d’un ananas. Les nuages gonflés sont
des beignets à la rose. Le ciel donne faim.
Octopus le Blanc s’est encore fait remarquer en attrapant une pardelle.
L’oiseau remonté sur le pont a pu être délivré
de la ligne qui l’enserrait et octopus le Blanc a été
sauvé. Il a payé dans sa chair les batailles qu’il
a livrées: il lui manque quelques tentacules et l’hameçon
qu’il cache sous son corps est tordu et rouillé. La retraite
approche.
Moby Dick est ouvert sur l’écoute du génois qui sert
de marque-page.
La houle toujours aussi large s’est creusée, l’horizon
apparaît par intermittence. Le vent a soufflé force 3 cette
après midi et nous avons atteint jusqu’à 6 nœuds.
A la tombée du jour, le spi est rangé, ses trois points
amure, drisse, écoute reliés, comme les pêcheurs nouent
par les ouies les poissons à Fogo ou Brava.
Le vent arrive sur tribord et fait rouler le bateau. Nous vivons en équilibre
penché.
Ceviche de daurade.
Pierre a remonté une daurade à peine plus grosse que le
leurre « casier Killer ». Il l’a relâchée.
Pleine lune et pleine lecture. Je lis, me passionne pour Moby Dick. Dehors,
la lune excelle sur un fond nuageux mais je n’en n’ai cure.
Je reste à l’intérieur, lumière allumée
et page ouverte. Je lis. Le génois se dévente et nous n’avons
pas l’impression d’avancer, pourtant, je regarde notre vitesse
sur GPS : 5 nœuds. Parfois le vent devient plus régulier,
le génois reste gonflé, le bateau fuse, l’eau gicle
contre la coque, il avance dans un mouvement de balancier, il s’envole.
Lune cachée, vent NE force 3-4, le vent a forci, la mer est troublée,
le bateau gîte.
13 décembre
2005
Le matin à 10h, Pierre crie : « c’est un espadon ».La
ligne s’est déroulée brutalement et le temps de voir,
en fait, le marlin faire deux sauts loin devant lui, il avait disparu
et cassé la ligne. Rostre, aileron, la moitié du corps hors
de l’eau, Pierre a tout vu comme sur les photos. Moi, alors couchée,
le temps de jaillir de ma couchette comme le marlin hors de l’eau,
je n’ai vu qu’un bouillon et le retour du fil cassé.
Nous avons perdu « casier Killer » dans la bataille mais déjà
son clone « casier killer 2 » le remplace.
Trois heures après, les deux lignes se déroulent en même
temps. Quand Pierre remonte une des deux lignes, la grosse daurade qui
était prise se libère et retourne dans des eaux hospitalières.
L’autre fil est enroulé, une encore plus grosse daurade (62cm)
au bout remontée. Bleue électrique dans l’eau, elle
devient vert-jaune irisé hors de l’eau et grise à
points bleus, morte. Quelle daurade allons-nous manger ce soir ? C’est
un jour « fish » aujourd’hui.
Le temps était nuageux tout le long du jour, un jour gris du ciel
jusqu’à la mer, ciment liquide en bas, ciment solide en haut,
et toujours la même mer que cette nuit, dans tous les sens, désordonnée.
Dans ce désordre, j’ai quand même cuisiné des
pâtes chinoises aux légumes.
L’après midi, nous mettons le spi,le bateau se stabilise
et la vie devient plus calme, moins bousculée.
Nuée de poissons volants. Douche de soleil et de mer. J’envie
la liberté que prend Erwan en se baignant en navigation accroché
à l’échelle de bain. Trop la trouille.
200 milles ont été parcourus depuis le début à
la vitesse moyenne de 4 nœuds.
1er quart de nuit
: spi affalé en même temps que le soleil s’affale,
génois tangoné, inter déployé, c’est
parti pour une autre nuit. Le ciel est un puzzle de nuages aux pièces
disjointes d’où émerge de temps en temps la lune,
une étoile. Le vent est faible, force 2, la mer assez calme, le
bateau va en douceur, presque sans à coup.
2ième quart : le puzzle est fait, les nuages soudés, la
lune trouve une échappée, un coin dégagé et
s’y installe, brille : lumière irréelle qui me fait
rester sur le pont. Nuit douce et tiède, le bateau garde son rythme
indolent, la mer ondule.
Ce voyage est aussi un exercice psychologique : prendre les choses telles
qu’elles viennent, ne pas se laisser envahir par ses peurs, ne pas
imaginer le pire, trouver la sérénité, un exercice
de résistance psychologique.
Voyager : prendre le plus de choses possibles à l’extérieur
pour les mettre à l’intérieur, dans soi, dans l’écriture.
Ne rien avoir à écrire et écrire quand même.
Ne rien construire, laisser le fil des mots se dérouler, être
complètement passif, ne rien être, s’imbiber de l’extérieur
pour être. Quand on a fini d’exister, on voyage. Ce voyage
est aussi une expérience d’écriture : écrire
ce journal et le diffuser sur le net.

14 décembre 2005
J’étais
grise comme le temps, morne et morose, à petite allure, comme notre
vitesse, le corps et l’esprit en hibernation, comme si cet état
était nécessaire pour affronter la durée de la traversée.
Je me préparais au ton monocorde de la mer, je m’accordais
à lui, sur la même longueur d’onde, sur la même
onde.
Puis nous avons écouté Daniel à la BLU : c’est
un routeur en France qui donne des informations météo aux
navigateurs par l’intermédiaire de l’émission
et de la réception de communication sur la BLU. Nous ne pouvons
que recevoir des messages et nous avons écouté dans le brouillis
des ondes les conversations de navigateurs. Evidemment, les navigateurs
en ce moment en voyage demandent des conseils sur la traversée
de l’Atlantique (c’est la période) et ce qui nous préoccupe
tous, c’est la faiblesse du vent. Daniel nous conseille de descendre
jusqu’au 14ième parallèle. Nous inclinons notre route
et nous nous dirigeons vers le 14°30 parallèle.
Savoir que des navigateurs partagent notre route au même moment
réconforte, nous sommes une petite communauté de mer de
solitudes et nous avons tous le même dessein : rejoindre les Antilles.
Pour nous qui voulons aller au-delà de Panama, une autre longue
traversée nous attend : 2000 milles des Galapagos à l’île
de Pâques, sans compter les navigations intermédiaires pour
atteindre les Gambiers, c’est un mois et demi environ de navigation
que nous aurons à effectuer. La traversée de l’Atlantique
est une étape.
Seule la moitié de la carte « Atlantique Nord » peut
être déployée sur notre table, et la trace de notre
route se tricote autour du 14ième parallèle.
Ma mère téléphone et je voudrais qu’elle appelle
tous les jours.
Une brandade de daurade cuisinée dans la chaleur de midi, oui,
il fait très chaud, sueur qui coule, habit collant, c’est
les Tropiques. Gymnastique puis douche. Pain cuit à la cocotte
minute par Pierre. Puis retour à la léthargie. Le poste
de radio est sorti, petite chorégraphie de Pierre sur « un
homme pressé », nous en étions à Tiken Ja Fakoli
quand je me suis dit qu’il fallait faire un tour d’horizon
: je vois la voile blanche d’un voilier. A la VHF, nous faisons
connaissance avec « PADACOR », en route pour Tobago. Nous
ne sommes plus seuls, l’horizon est habité par une ombre
blanche. C’est un évènement. A 18h, le monde est toujours
habité, le voilier en vue. Nous avons arrêté de descendre
vers le sud pour prendre un cap compas 290 (cap route 282), route parallèle
au voilier. Ce voilier, c’est comme une image de nous que l’on
regarde, nous ne le quittons plus des yeux. C’est une variation
considérable dans notre paysage, une distraction majeure.
Je décide de me prendre tous les jours en photo
: voir la bête se mariniser, voir cet évènement «
la traversée de l’Atlantique » sur mon visage, voir
si une modification extérieure se manifeste, voir si je deviens
une héroïne ou constater la banalité de la situation.
La mer est plate,
la lune est ronde, la nuit géométrique. Le bateau va, tiré
par le spi, le bateau va gonflé d’énergie et sa vitesse
sur la mer plate est visible. Le bateau fuse, fend les eaux. Plaisir de
la nuit, de la vitesse, de voir l’eau scintiller sous la lumière
de la lune. Brillantine de lune. Lune solitaire dans un ciel vide : ni
nuage, ni étoile. La lune charriant sa cohorte de reflets dans
l’eau : hermine royale, fourrure de bal.
Le ciel s’est peuplé de nuages et la lune en voie de sainteté
porte le halo. Un autre voilier, rapide, a croisé notre route,
mais pas de trace de PADACOR.
Le vent s’est un peu calmé, la lune a viré de bord
: elle officie côté tribord et déverse là bas
sa cargaison de pierreries. Le sillage est dans le noir, la vitesse du
bateau invisible. Le GPS indique une vitesse de 5 nœuds. Vitesse
en perte de lumière, lune cahin caha caboteuse.
Mon premier quart en tee shirt.

Le 15 décembre 2005
Nous dormons sous le pot de café de Fogo et coucher et réveil
se font dans son parfum. Le matin, on a l’impression que quelqu’un
a préparé un bon café, j’en ai même rêvé
(fait à la cafetière électrique). L’odeur est
tellement puissante qu’on n’éprouve pas le besoin de
faire du café, cette odeur là suffit, l’odeur rassasie.
Odeur associée à la nuit et au petit matin car la journée,
elle ne se manifeste pas.
Le soleil est dru, la chaleur intenable, nous étendons une toile
au dessus du cockpit, l’ombre reste imparfaite, il ne fait bon que
vers 15h, quand le bateau est à l’ombre des voiles. Peut
on acheter une glace au milieu de l’océan ?
Le vent est force 2, la mer est vague, ondule vaguement, elle a cette
couleur bleu nuit des grandes profondeurs. Le ciel : des grands coups
de pinceau de nuage le remplissent. La matière nuage est étalée,
brossée, le fond bleu de la toile laissé brut par endroit.
PADACOR a disparu de notre horizon, nous l’avons entendu discuter
avec Daniel le routeur ce matin. J’aurais aimé savoir avec
quoi ils ne sont pas d’accord. Nous avons entendu José et
Fanfan, ils sont plus de 10 jours de navigation devant nous, ils ont du
vent, eux.
Savoir que notre petit bateau avec son économie de moyens nous
a mené au Cap Vert et nous pousse vers le Venezuela est un bonheur,
savoir qu’il accomplit avec du temps et du vent le chemin qu’accomplissent
les avions réjouit.
Vol de poissons volants.
Lever de lune fugace,
léger de lune. Disque orangé puis disque d’étain,
du fruit au métal, l’âge mûr. Champ labouré
de nuages avec sillons et la lune en dessous émet sa lumière
vive, apparaît, son disque glisse vers nous. Lune dans une mer de
glace, lune prise dans la glace.
Les étoiles
en triangle, la terre ronde, la nuit mathématique, un deux dans
le ciel, un trois dans les haubans, huit dans l’écoute lovée,
la nuit décimale, la nuit, invention, système.
Le vent s’accélère,
s’oriente vers le nord et pour éviter tout départ
au lof (voile dans l’eau, bateau couché…), le spi est
à surveiller comme le lait sur le feu. quart passé dehors,
à la lune. Ciel délivré des glaces, ciel clair, quelques
nuages flottent, dérivent, passent sous la lune, l’entourent
d’une île, bref moment, la lune réapparaît dans
le ciel dégagé, sans entrave, libre, éclatante.
La mer côté tribord brille, côté bâbord
est éteinte, il faut choisir, côté clair ou obscur,
le yin ou le yan. La mer zen, yin et yan côte à côte,
nous sommes la limite, par là où s’allume ou s’éteint
la lumière, entre le yin et le yan, entre féminin et masculin.

16 décembre 2005
Réveil par la voix du routeur Daniel qui annonce que le vent reviendra
dimanche dans deux jours, du coup, même si je n’ai dormi que
deux heures, je me lève derechef. Voix de José qui dit arriver
à la Martinique (Marin) dans trois jours. Du coup, je me rassois
: cela rend songeur, l’arrivée. Je lis le guide nautique
Venezuela : comment contenir nos explorations en quatre semaines ?
Pêche de daurade sur pêche de daurade. Pierre plante l’inscription
« place de la daurade » (à Toulouse) sur Caracolito.
Daurades magnifiques, nageoires dorsales comme un éventail, casque
hellénique Coryphaena au front tombant d’où leur qualificatif
de « Coryphène »donné par Aristote.
Le ciel est labouré,
travaillé en sillons nuageux par un arpenteur, au dessous, passent
de gros nuages. Nous atteignons les 6 nœuds, le spi est gonflé
comme une outre, Ulysse a capturé les vents, et Eole nous les souffle.
A 18h, 500 milles ont été parcourus depuis le début,
le quart du trajet, ça se fête : mousse au chocolat.
1er quart : le vent est presque totalement tombé, sa direction
est celle d’un vieux fou, le spi, mécontent, se chiffonne.
Le ciel est sous l’aura de la lune, blanc. Le ciel est un champ
de neige, strié des dérapages de skieurs.
Je lis un vieux magazine sur la navigation en Suède. La navigation
en Suède, au milieu de l’Atlantique.
Nous dormons de moins en moins, cinq heures environ, des cernes se creusent
sur nos visages, comme le sillage du bateau.
2iéme quart : le jour se lève, le jour s’ouvre et
la coque noire de la nuit fendue en deux laisse échapper la lumière.
Un petit jour discret, un peu de couleur fauve s’éparpille
à l’est, à l’ouest, la lune toujours vivace,
ronde et franche, partout autour, un ciel gris, opaque.

17 décembre 2005
Jour en perte de jeunesse, grisonnant, vent nul, vitesse nulle ( moins
de 3 nœuds), le spi ne sait plus où se mettre et s’enroule
autour de l’enrouleur de génois, ou, désespéré,
rejoint l’eau. Jour de torpeur, jour de chaleur, d’écrasement
par la chaleur, par la monotonie, par le balancement du bateau. Heureusement
la mer est suffisamment calme pour que l’on puisse dormir à
l’avant du bateau comme au mouillage. Le jour vieillit, ma mère
a un an de plus aujourd’hui et semble rajeunir. Lorsque nous discutons
au téléphone, un oiseau blanc passe au dessus du bateau
comme la bienveillance de ma mère passe sur moi.
L’ordinateur sur les genoux, dans le balancement du bateau, je tape
le texte, j’écris le journal et le temps n’a plus de
présence.
Nous n’avons pas de vent mais nous cuisinons des « empanadas
» à la daurade, le rythme tranquille du bateau le permet
et c’est un bonheur supplémentaire. Hier, nous avons fait
des conserves de daurade à la cocotte et au vinaigre blanc.
Cette après midi, appuyée contre les panneaux solaires,
fouettée par le vent et le soleil, le vent et le soleil à
même la peau.
L’eau est violette, couleur nuit, comme si la mer prenait sa couleur
à la nuit et la restituait le jour. Les heures se décalent,
le jour apparaît maintenant vers 8h et à 19h30, le soleil
se couche, à peine une trace de cuivre dans un ciel de ferraille.
Les nuages : pointillé, traits, point d’interrogation, de
suspension, lignes : jour d’écriture.
Notre passage ne dérange que les poissons volants : ils s’enfuient
au ras de l’eau comme si nous étions un gros prédateur.
Nuit noire à ne rien voir, à ne croire en rien. La lune
ne s’est pas levée ou les nuages la kidnappent ? Rapt de
lune, vol de lumière, on fonce dans le noir. La mer toujours aussi
douce, le vent constant, le spi gonflé, nous tenons notre moyenne
des 100 milles par jour.
A l’avant du bateau, au plus près de l’eau et de la
coque, dans l’espace restreint de la cabine, dans les bruits de
l’eau, les mouvements amplifiés du bateau, au contact du
bois.
Nuit en demi-teinte
sur fond gris, nouvelle collection hiver.
Le 7ième jour
approche, demain, le tiers du voyage. Aujourd’hui est un tournant,
on s’installe dans le voyage, prenant plaisir à être
ici, entre ciel et eau, à sentir les respirations croisées
de la mer et du bateau, les matières s’harmoniser, les densités
s’imprégner.
J’ai rêvé aux harponneurs de Moby Dick, j’ai
rêvé à un paon dont la roue se déployait sur
la mer qui prenait les couleurs du paon.
Mer plate et disque lunaire qui court sous la poudre des nuages.
La longue houle, les alizés établis force 5, ce qui devait
faire une travrsée océanique nous est inconnu pour l’instant.
Nous faisons connaissance avec ce rythme lent et doux, nous nous habituons,
nous nous contentons, nous profitons. Du blues, la mer est un pur blues.
La musique de blues lui colle à la peau. Blues de Robert Johnson
joué par Eric Clapton, vin de Fogo, empanada de daurade…
Le ciel est de la
neige vierge, à peine tombée, pas encore damnée,
nulle trace de skieur, le ciel est un espace sauvage à tracer des
rêves.
Les coussins de pont étaient mouillés cette nuit, à
cause de l’humidité de la nuit, pensais-je, mais, surprise,
c’est la pluie qui en est la raison.

18 décembre 2005
De gros nuages noirs s’amoncellent vers l’est et nous rattrapent.
Il pleut à verse. Nous affalons le spi en vitesse et déroulons
le génois. Nous profitons de la pluie dense pour nous laver. Douche,
shampoing à la pluie. Attendre que les cheveux se rincent, se laisser
rincer, dégouliner par la pluie. Nous sortons vestes de quart et
pantalon de ciré, combinaison de plongée pour les rincer.
La pluie dévale sur le bateau.
Le pilote automatique montre des incohérences puis s’éteint.
Pierre ouvre le boîtier : aucune panne apparente, mais le pilote
ne fonctionne plus, le pilote est Hors Service. Ce qui change totalement
le reste de notre navigation, nous obligeant à barrer 24 heures
sur 24. « Alain Gerbault l’a fait en solitaire » me
dit Pierre. Merci. Pierre bricole des bouts pour maintenir la barre en
place mais nous sommes contraints de surveiller sans cesse la direction.
Le vent est totalement tombé, nous avons mis le moteur pour la
première fois pendant quatre heures.
Le vent souffle à nouveau et les voiles sont hissées : génois
plus grand voile mais la vitesse est faible, le bateau se traîne
à trois nœuds. La pluie s’est arrêtée,
les cirés sèchent suspendus sous les panneaux solaires.
19h. Le vent a encore faibli, nous décidons de mettre le moteur
pendant huit heures, pour nous sortir de cette zone de calme et aller
au-delà du 35ième méridien qui est selon Daniel une
zone ventée. Nous nous relayons à la barre.
Nuit noire, lune
cachée par les nuages, ciel infrangible. Une fente s’ouvre,
la lune montre un œil, c’est un œil qui me regarde comme
derrière le rideau d’une scène et le rideau se referme
brusquement : un seul spectateur, pas de spectacle, pas d’apparition
de la lune. Le vent est faible, la moteur tourne aidé de la grand-voile.
La mer est calme, je barre sans effort calé par des coussins. Je
vais dormir et je me réveille brusquement car j’ai entendu
un plouf. Je me lève et vais voir dehors : Pierre veille, attaché.
2ième quart : j’ai froid, je barre à l’intérieur
en tirant sur les bouts pour diriger la barre. J’éclaire
le compas à la lampe électrique.
19 décembre
2005
Faire comme si le pilote fonctionnait : faire de la gym. Pierre barre
de 8h à 17h ! Il repleut mais pas de quoi se doucher.
Pierre rentre se coucher, je prends la barre et je vois le grain arriver.
Le temps de mettre sa veste restée sur le pont, je suis trempée,
le vent accélère, le spi tient le coup, prend le vent, je
barre et c’est un plaisir de sentir le bateau sous la vitesse, en
constant surf. En une demi heure, je fais 7,5 nœuds de moyenne. Une
réparation sur le spi a sauté et on constate une autre déchirure.
On affale tout.
Il pleuvine, je barre de l’intérieur. Le vent est complètement
absent. Vitesse affichée au GPS : 0 nœud, un record. Les familles
téléphonent et sont mises au courant de la situation. Daniel
le routeur prévoit le rétablissement des alizés demain.
Mañana. D’autres voiliers sont pris dans la dépression,
certains ont subi orages, éclairs… Nous avons de la chance…la
moitié de nos réserves d’essence est épuisée,
cette nuit le moteur consommant le double de sa consommation ordinaire,
inexplicablement.
Oiseau noir et oiseau blanc en début et fin de jour.
Nuit noire, le bateau
avance dans le vide, sensation de la vitesse au bruit, la vue n’offre
rien qu’une obscurité constante. Voiles en ciseaux. Manœuvre
pour mettre le tangon, décoincer puis affaler la grand-voile, manœuvre
pour remettre la grand-voile et empanner.
Le vent est tellement faible pour mon second quart que je barre allongée,
je pense mettre endormie lors de micro-sommeils.

20 décembre 2005
Les manœuvres
ont décalé l’heure des quarts : il est 8h et je vois
le jour se lever pour la première fois. Ciel saturé de nuages
et troué par endroit de bleu. Enfin le bleu. Le soleil perce en
ces endroits et la lumière du petit jour tamise le gris. Couleurs
de naissance : bleu et rose tendres. C’est une véritable
naissance du jour.
Nous empannons et tenons à nouveau le cap compas 280 (abandonné
cette nuit pour un cap plus au sud, apportant une meilleure stabilité).
Un petit oiseau noir à la queue mouchetée croise notre route
sans s’attarder. Une bonite jaillit à la verticale de l’eau,
d’autres font des sauts plus conventionnels (en arc de cercle).
Une tornade arrive dans notre direction : nous la voyons, à l’horizon,
trombe de vent, tube gris, se déplacer très vite vers nous.
Nous restons suspendus à son déplacement. Avant de nous
rejoindre, elle est défaite et s’efface du paysage.
Il est 10h30 et je vais enfin me coucher. Dans la cabine avant, on est
au plus près des parois du bateau, dans son intime, dans un espace
de bruits de vague, d’eau qui ruisselle, de voiles qui se froissent,
avec l’impression d’être une partie du bateau, d’être
dans le ventre de Jonas.
A 13h30, Pierre m’appelle : des bonites nagent le long du bateau
comme si nous les protégions d’une attaque d’un prédateur.
Elles nous suivent comme des dauphins. Nous distinguons parfaitement leur
corps fuselé.
Pierre m’apprend que le plus gros des moulinets s’est cassé,
qu’il a vu une pièce tomber à l’eau.
Le soleil brille, la mer agitée, écumeuse, le bateau file
: 6 nœuds, vent Nord Est, force 4 à 5.
14H Ciel moucheté,
mer creusée, soleil à profusion. Un poisson volant s’échappe
devant nous. Il fait tellement chaud que je mets un tissu sur mes pieds
pour les protéger du soleil. Les bonites sont toujours à
côté du bateau, une ligne est mise à l’eau mais
les bonites préfèrent nager.
Le vent ne faiblit que vers 17h et nous mettons notre deuxième
spi plus petit, 40 m2. Taille d’un appartement, comment vivre dans
la surface d’un spi ?
La vitesse est maintenue à 5 nœuds environ. Nous avons parcourus
près de 900 milles, ce soir à 18h, nous entamerons notre
10ième jour de mer, la moitié prévue de notre trajet.
L’arrivée me semble loin, les données avec le pilote
défectueux ont changé : il ne s’agit plus de passer
le temps, de profiter de cette traversée , de la navigation mais
de tenir, de se reposer le plus possible, de subir la navigation au moindre
effort. Nos projets culinaires sont mis au bas : conserve et conserve.
La gymnastique quotidienne est maintenue ne serait-ce que pour contrecarrer
l’immobilité à la barre. Ce matin, je me suis endormie
à la place occupée lors du dernier exercice. Pierre me dit
qu’il a honte de m’avoir fait connaître la voile. Il
barre 15 heures par jour pour m’épargner (je barre 9 heures).
19h. C’est
inespéré mais le pilote fonstionne. Pierre l’a mis
sur son socle à tout hasard et l’a mis en marche : il fonctionne.
Extraordinaire. Noël avant l’heure. Nous nous serrons dans
les bras. 123 Pchit, 123 pchit, 123 pchit, pchit pchit, Boom : un ban
est lancé. Nous rebaptisons le pilote « Lazare-Phenix »,
du nom de deux ressuscités, pour plus de sûreté. Notre
avenir culinaire est sauvé : nous nous relançons dans la
cuisine : un pilaf de coques est au menu. Nous appelons nos familles.
Pierre va se coucher.
Pilaf de coques mijoté par Pierre pendant que je débouche
le vin apéritif sang du volcan de Fogo et que le pilote barre.
Le pilote barre, le pilote barre, le pilote barre. Evidemment ce soir,
pendant mes quarts, je vais dormir, oui dormir pendant que le pilote va
barrer, va barrer, va barrer et que Pierre dormira. Profitons d’une
nuit de sommeil en cas d’une nouvelle panne du pilote. Sommeil,
sommeil, et sommeil.
Le ciel abonde d’étoiles, je n’en n’ai jamais
vu autant depuis le début de la traversée. Ciel pur, lavé
de tous nuages, de toute grossièreté nébuleuse, de
toute insulte, de toute tache, le ciel brille avec autant d’étoiles
que nous en avons dans les yeux. Nous rayonnons, nous scintillons. Mimétisme
du ciel : ciel et nous en félicité. Je suis tellement heureuse
que je relis « l’Africain » de le Clezio. Réveillée,
je veille les voiles. Le vent a accéléré et au bruit
et à la vue, il devient dangereux de garder le spi. Manœuvres
dans la nuit pour affaler le spi et installer le génois et la grand-voile.
Encore plus de tranquillité pour la suite. Dès que je suis
réveillée, je regarde dehors. La lune même croquée
répand sa lumière sur la nuit et nous savons là que
nous avons une alliée. Retrouvaille avec la lune, loin des nuits
noires qui ont précédées. J’entends le choc
d’un poisson tombé dans le cockpit qui se débat J’éclaire
à la torche : c’est un poisson volant. Je regarde son corps
gris luisant, argenté, couleur de lune et ses ailes féeriques,
son œil rond, ses écailles qui volent en éclat. Je
repense aux poissons volants de Moitessier. Pierre en a retrouvé
un sec sous le bordé à l’avant et nous en voyons régulièrement
s’enfuir à l’arrivée du bateau. Poisson volant,
entre l’eau et l’air, comme nous, voilier voguant.

21 décembre 2005
Plein soleil, plein vent, mer agitée. Le vent est nord est, force
4, et on dirait bien qu’il a pris le nom d’alizé. La
mer agitée , on s’en accommode avec le génois tangoné
et l’inter en ciseau. Le pilote barre, toujours et encore. Pierre
fait du pain, toujours et encore. Je lis et j’écris le journal,
toujours et encore. Le ciel est très nuageux avec des bandes de
coton. Le beau temps est en suspens : des grains, trombes d’eau,
sont visibles derrière nous. Le reste du ciel est métissé
: soleil et nuages. Nous sommes du côté du soleil. Pour l’instant.
Le vent tourne légèrement sud est. Le soleil se voile, la
mer devient sombre. Il semble que le grain arrive sur nous. Le vent se
rétablit est. Nous restons côté soleil, le sombre
dans le dos. Entre soleil et pluie. Aussi entre deux mondes, à
la charnière entre Europe et Amérique, et la mer est cet
entremonde. Nous pourrions être au large du golfe de Gascogne, entre
Canaries et Cap Vert, ou je le suppose sur un autre océan. Notre
position latitude et longitude est là pour nous situer, sans la
connaître, nous serions dans cet entremonde, sur un 8ième
continent.
Cinq grains nous entourent et éclatent à l’horizon,
nous venons d’en subir un : pluie, accélération du
vent, mer très agitée. Les voiles en ciseau tiennent bon,
nous avons fait un surf à plus de 10 nœuds. La mer autour
de nous : montagnes mobiles d’eau, vagues courtes, mer blanche dans
les crêtes, bleu noir au fond. On est loin de l’ample houle
océanique promise en cette saison. A 19h, nous plions l’inter
et il ne reste que le génois tangoné, nous faisons quand
même des surfs à 7,5 nœuds (avec une seule voile !).
Un autre grain arrive.
Nous restons à l’intérieur, chacun dans nos couchettes
jumelles, comme deux graines dans la même cosse. Nous baignons dans
l’odeur du pain qui cuit. Le pain découvre l’inscription
14°11N 4124W ( notre position). Je vois un poisson volant traverser
le cockpit et nous en trouvons un minuscule avec de grandes ailes sous
l’hiloire.
Ecouter « Les Marquises » de Jacques Brel, la nuit au milieu
de l’Atlantique, le dormeur à côté, parallèle,
dehors, la mer agitée, le vent fort, la pluie parmi les étoiles,
la nuit agitée, la nuit forte, la nuit pluie, la nuit étoilée,
la nuit chavirée et dedans, les Marquises, Jacques Brel, le bateau,
nous.
Sortir la tête de temps en temps et voir le bouillon, les giclées
d’eau, les têtes blanches des vagues, au dessus les têtes
blanches des étoiles, plus tard la tête blanche de la lune
dans le ciel.
Partir dans des surfs à plus de 7 nœuds avec pour seule voile
l’inter.
22 décembre
Au matin, cinq tous petits poissons volants allongés raides dans
le cockpit. Le génois est déroulé et remplace l’inter
à recoudre. Pierre à la couture : recoudre l’inter.
Pierre à la cuisine : tartine du cambusier et soupe froide à
la tomate. Pierre ménager.
Le temps est constant : vent force 4 venant de l’arrière,
mer agitée, vitesse environ 5 nœuds.
Nous vivons toujours sous la menace d’une vague plus haute, plus
forte, parfois on préfère ne pas regarder, parfois on reste
à regarder, ébahi par la force, les mouvements de cette
mer, partout semblable du bateau jusqu’à l’horizon,
sans accalmie.
Nous sommes à la moitié du trajet en distance, il reste
1140 milles jusqu’au Testigos au Venezuela. Nous avons décidé
de nous y arrêter sauf imprévu. Nous sommes dans la hâte
du Venezuela. 10 ans que nous attendons d’y retourner. Nous avons
accéléré notre moyenne et nous pensons arriver au
31 décembre. Pourquoi pas ? C’est une prévision.
Un petit oiseau noir passe.
Des dauphins sont venus fêter notre moitié de traversée,
à la tombée du jour. Dauphins jaillis de l’eau, à
quelques mètres de nous, le corps entier dressé, dauphins
prenant la crête des vagues et faisant des surfs, dauphins virevoltant
sous le bateau.
Nuit étoilée. Les étoiles entrent par les hublots,
par la porte, nuit envahie par les étoiles, nuit envahie de musique
de Brel.
A 4h30, une voix à la VHF : c’est un cargo devant nous. Pierre
dévie notre direction et nous fait lofer. Le cargo passe sur notre
côté, à un ou deux milles. Il nous appelle et s’ensuit
une petite conversation : c’est un cargo à l’équipage
philippin et au commandement grec qui va à Lagos. Nous donnons
notre point de départ et notre destination, le nom du bateau, sa
nationalité. L’homme nous parle avec la voix grave, éraillée
d’un fumeur, voix feutrée au milieu de la nuit, anglais nonchalant,
on dirait qu’il se retient de soupirer parfois, il nous souhaite
joyeux noël, bonne route. Le bateau s’éloigne, en un
quart d’heure, il n’est plus qu’une très faible
lueur qu’on confond avec l’écume blanche des vagues,
il disparaît. Brève rencontre au milieu de l’océan.
Drôle d’endroit pour une rencontre. Rencontre du troisième
type.
Mer et vent dans le même état, en ébullition. Une
grosse vague croisée prise sur le côté s’écrase
sur le bateau : je suis déportée de 50cm dans la couchette
avant.

23 décembre 2005
Poissons volants du matin trouvés sur le bateau et ligne cassée,
hameçon mangé par celui qu’on ne mangera pas.
Le vent a faibli et l’inter est installé à côté
du génois tangoné. A la BLU, on entend qu’un voilier
à distance d’une journée de nous et plus au nord,
a perdu son safran. Ils poursuivent leur route à petite allure,
avec aussière traînante.
Nous sommes dans le précaire, notre situation peut à tout
moment devenir périlleuse, cette traversée est bien un exercice
psychologique : appréhender les choses telles qu’elles sont.
Le seul temps permis est le présent. Demain est le réveillon
de Noël mais demain semble loin et Noël irréel. Nuages
suspendus dans la bouche du ciel comme on retient ses mots. Mer indifférente,
à peine apaisée. A 19h30, grand voile hissée et inter
plié, le génois reste à poste. Ciel nappé
de nuages. Un bout d’arc en ciel pour toute couleur dans cet univers
gris. Pierre lit « cent ans de solitude ». En 20 jours de
navigation, on prend cent ans de solitude. Je suis au fond trop inquiète
pour profiter pleinement de la traversée. Arc-en-ciel dilué
dans les nuages, tout redevient gris, absence de couleurs, absence. Un
soleil pâle dore à peine l’ouest. Au sud et au sud
ouest, deux trombes d’eau. Y aura-t-il de la pluie à Noël
?
Le plus difficile est de tenir dans les mouvements incessants du bateau,
se tenir, se cramponner pour faire le moindre pas, le moindre geste, vivre
penché, agrippé, vivre en se cassant la gueule.
Manœuvres dans la nuit noire jusqu’à une heure du matin
( et dire qu’on nous envie).
Première série de manœuvre pour affaler la grand voile
(se mettre face au vent dans la mer agitée, dégager la grand
voile coincée, affaler), il pleut, deuxième série
pour tangoner le génois, il pleut, (troisième série
pour Pierre tout seul qui réduit le génois, enleve le tangon,
il pleut). Dans plaisance, il y a le mot plaisir? Le vent a forci (5 à
6), le bateau s’effondre parfois dans une vague, mer croisée
dans tous les sens, rafales de pluie. Heureusement, Jacques Brel et l’intégrale
de ses disques. Pierre très fatigué, creusé lui aussi,
ne dort plus.
Le jour s’étire en nuit de veille, le jour pèse le
double ; temps insupportable, insupporté, et supporté. Ciel
en crachats, mer en creux, fossés, ravins, collines, montagnes,
Mont Blanc. Marre. Merde.

24 décembre 2005
Trois ris sont pris dans le génois. C’est la seule voile
qui nous pousse et nous allons à plus de 5 nœuds. Mer forte.
Ciel : une intégrale de gris. Pluie. Daniel le routeur prévoit
ces mêmes réjouissances jusqu’à mardi –
nous sommes samedi. Joyeux Noël.
Pendant que je prépare le gâteau au chocolat de Noël,
le soleil apparaît. « Je résolus d’être
heureux ». A. Gide l’écrit et je m’exécute.
Etre heureux un 24 décembre, en pleine mer, au milieu de l’Atlantique,
allongé sur le pont, au soleil, au centre de la mer en tourment,
dans le grondement des vagues de trois mètres, avec le bruit du
pilote qui barre, le bateau filant à 5 nœuds sous génois
enroulé de trois ris, à picorer des friandises dans les
quatre livres que j’ai ouverts : « Les nourritures terrestres
» A. Gide, « le vice consul » M Duras, « Noa Noa
» Paul Gauguin, « Mondo et autres histoires » Le Clezio.
Penser au repas de ce soir et égrener tout le jour les noms des
plats comme des incongruités, ici, en pleine mer, en plein creux
: foie gras sur pain maison, flan de moules et coques, asperges, gâteau
au chocolat, banyuls de notre mariage. Et toute la nuit, pourquoi pas,
écouter l’intégrale de Jacques Brel jusqu’à
ce que le sommeil emporte. Aviver les contrastes : l’inconfort de
la mer, le confort du foie gras, l’inconfort de la mer, le confort
du banyuls, l’inconfort de la mer, le confort du moelleux au chocolat.
Qui gagne, qui prend le dessus ? Le ciel dégagé comme un
arôme, des nuages devant nous mais qu’importe je regarde derrière.
Avec dans la tête, la valse des plats, avec le soleil qui lappe,
le bateau glisse de dérapage contrôlé en dérapage
contrôlé. Savoir que nous avons fait 138 milles dans les
derniers 24 heures, notre meilleure moyenne, se le répéter.
Pierre en train
de manger une tartine et voir une énorme vague arriver derrière
lui, à la hauteur de sa tête, se demander va-t-elle s’écraser
sur le bateau ou le bateau sera-t-il porté par elle, voir la crête
frémir, se casser à peine, et sentir le bateau soulevé
par la vague.
Réveillon
du 24 décembre à tenir les assiettes qui glissent, les verres
qui tombent, à se tenir, à succomber à la valse des
plats préparés en équilibriste, à méditer
sur un vin exceptionnel, banyuls mas de la serra, grand cru 1991. Quand
un vin rend méditatif, contemplatif, euphorique. Etre euphorique
sous l’effet d’un vin exceptionnel, d’une situation
exceptionnelle –en mer un 24 décembre- ; les étoiles,
les constellations, les planètes, être euphorique sous un
peuple d’étoiles, prendre son quart de veille euphorique,
écouter, réécouter les Marquises, écouter,
réecouter nous n’avons fait que fuir, Noir Désir,
dans la nuit noire, dans les bruits de la mer, du pilote, du bateau. Voir
la lune en barque sereine naviguer dans ses nuages, naviguer en barque
sereine dans ses nuages, s’endormir.
Un pétrolier croisé.
25 décembre
Mer apaisée,
je n’ai pas dit plate, toujours croisée, complexe, mais en
petits creux, mer comblée, rassasiée, indulgente, qui permet
les crêpes, le fantasme de faire des crêpes en mer réalisé
un 25 décembre, merci la mer, grand soleil, vent qui adonne, c’est
la trêve de Noël.
S’allonger
sur un banc au soleil, tendre un drap pour faire de l’ombre, vivre
dans les fleurs bleues, les bandes vertes, dans la prairie tendue au dessus
de soi, être balancée dans les vagues comme dans un hamac,
vivre dans un bateau-hamac un après midi de Noël sur l’océan.
Bouchées aux
épinards (pas assez salées), tagliatelles sauce curry (
trop salées), compote de fruits secs (trop sucrée).
Nuit étoilée,
se redire le nom des îles du Venezuela, Los Testigos, Margarita,
La Tortuga, Los Roques, voir les îles dans le ciel, les étoiles
dans la mer, voir le Venezuela, rêver.
Nuit étoilée : étoiles étalées comme
sur la roue d’un paon, à 180°, étoiles par milliers,
yeux de paon qui me regardent.
Nuit conventionnelle : écouter nous n’avons fait que fuir,
rêver d’écouter les illuminations de Rimbaud.

26 décembre 2005
Les jours passent,
la trace s’allonge, il reste 642 milles pour atteindre Los Testigos,
5-6 jours de navigation. Temps gris, averse, mer croisée : la routine.
Jimmy Cornell décrit parfaitement la situation dans « Routes
de grande croisière » : Les alizés peuvent souffler
à force 6 pendant des jours entiers, accompagnés par une
forte houle. Une houle croisée n’est pas rare sur cette route,
avec la houle générée par le vent qui se superpose
à une autre houle crée par une quelconque tempête
à plusieurs milliers de milles de là. Certaines années,
les navigateurs se sont plus plaints de la houle inconfortable que de
la force ou du manque de vent. Aucun voyage pratiquement ne peut éviter
au moins une période de calmes allant de quelques heures à
plusieurs jours, période suivie par un retour en force des alizés,
précédé par une succession de grains. » Nous
ne vivons qu’une très commune traversée.
140 milles parcourus dans les derniers 24 heures, la vitesse du bateau
oscille entre 3,5 nœuds (dans le bas de la vague) et 7 nœuds
(dans le haut), vent force 4.
A la BLU : le pilote
automatique tombé en panne d’un voilier en transatlantique.
Deux petits oiseaux
planaient autour de nous : un blanc très fin, un petit noir à
la queue tachetée de blanc.
Un bateau passe,
tanker ou pétrolier, gris sur gris, pluie, ennuie. La traversée
: un dimanche qui dure.
Voix de femmes cette nuit : Lhassa, Souad Massi.
Les étoiles pullulent dans le ciel, de l’arrière jusque
l’avant de notre horizon, s’inclinent en une grande révérence.
Lune : absente.
Me suis endormie une heure au lieu du quart d’heure autorisé.

27 décembre 2005
La mer est
de l’argile bleu, modulations, déformations, de l’argile
qui ne se fixerait jamais : une création permanente. Nous vivons
dans un espace qui s’invente.
Du blanc sur les crêtes et juste au dessus une frange de turquoise,
avant le bleu profond des vagues. Mer plus douce, plus calme malgré
les vagues. 137 milles parcourus ces derniers 24 heures.
Nous mettons l’inter en plus du génois tangoné. La
vitesse jusque là non ressentie devient palpable. Nous gagnons
un nœud. Nous filons. La vitesse ne descend jamais au-dessous de
5 nœuds. Il reste 475 milles.
Le fil de pêche se déroule soudain, la canne se tord, au
bout une daurade, grosse, l’animal se bat, part d’un côté,
de l’autre, traînée bleue fluorescente. La lutte dure
25 minutes. Remontée non sans mal, nous mesurons sa taille : 97cm,
120cm avec la queue, plus de 10 kg. Un monstre coryphène avec casque
de combat et paillettes de music hall.
Journée de soleil, de bonheur sans savoir pourquoi. L’immobilité
contrainte dans la mobilité permanente : nous nous adaptons à
notre sort. Passer la journée à lire, écouter de
la musique, écrire, pêcher, penchés : il y a pire
sort. Prendre le meilleur : Pierre fait une brioche. J’arrête
de lire Moby Dick : histoire de naufrage, de monstre marin, de superstition,
impossible de lire ça, en pleine mer, j’ai la trouille.
Un poisson volant s’enfuit ; sardine à ailes ridicule.
240 milles, deux jours de navigation, nous sommes à deux jours
de navigation de la plus proche terre, la Barbade. Incroyable, invraisemblable,
ici, en pleine mer, de savoir que ce rythme là va s’arrêter,
qu’il y a une fin à cette monotonie, qu’il y a d’autres
paysages en dehors de la mer. Au fur et à mesure que nous inscrivons
notre trace sur la carte, la carte s’efface, « plaine abyssale
» disparaît, des indications de profondeur s’estompent.
La nuit, je dors,
je n’ouvre qu’un œil pour voir le dehors, et comme tout
qui vaille, je me rendors.
28 décembre
2005
Brioche avec du miel et thé Darjeeling au lait. Nuages de thé
dans ciel laiteux, miel soleil.
Me suis réveillée le soleil haut vertical et la mer calme
horizontale. Horizon dégagé des vagues, mer et vent au repos,
journée au calme, ciel alizéen peuplé de cumulus.
Me suis tenue à l’arrière du bateau et ai regardé
longuement les voiles en ciseau , voiles quasi jumelles.
A nouveau, rythme de pachyderme du bateau, l’océan nous retient.
Nous sommes captifs captivés, ravis ravis. Nous ne serons délivrés
de l’enchantement qu’à la nouvelle année. Une
autre fête en mer en perspective à la barbe de la Barbade
et sans temoins/ Testigos.
Ciel noir puis colonisation du ciel par les étoiles puis effacement
des étoiles, espace noir restitué au ciel.
Apparition des premières lueurs du jour avec dans le ciel, la lune
rousse, fine, à peine un sourire de Joconde. Le voyage aura duré
le temps de voir la pleine lune se transformer en cette esquisse de sourire.
Trois semaines pour la savoir ronde et pleine, puis fente orangée.
Le temps passe, accompagné des différentes faces de la lune.
Les ongles poussent, les poils poussent, la barbe de Pierre pousse, le
nombre de fruits diminue : il reste deux pommes, une orange, un oignon…Le
sommeil devient plus pesant : on croit s’endormir cinq minutes entre
deux veilles, on se réveille une heure après. Fatigue. Cernes
de Titan.

29 décembre 2005
.
Soleil, chaleur, vent : bonheur.
Le type de voilier que s’est fait construire José Bové
s’appelle « Petit monde ». Petit monde,
notre monde de mer, de vent et de nuages. Assise au pied du mât
et Pierre sur un banc qui dort, un oiseau genre « fou de Bassan
» trace des cercles autour de nous, deux couleurs du spi, blanc
et vert dans un ciel pâle aux nuages joufflus, mer calme, vaguelettes,
mer qui brille devant nous, et déroule un tapis d’honneur
jusque vers la terre. Cette nuit si nous le voulions, nous serions à
la Barbade. Nous allons passer à côté d’elle
sans même la voir.
Pierre chaque matin
fait la récolte des poissons volants tombés sur le pont.
Cette nuit : un
Le vent tombe vers 14h et accélère la nuit (6 nœuds
de moyenne la nuit dernière).
A 18h, il reste 255 milles avant les Testigos. Le suspens est entier :
où passerons-nous le 31 décembre ? Chaque année,
nous nous posons cette question mais cette année la réponse
est insolite : aux Testigos ou sur la mer ? C’est le vent qui choisira.
Il suffit d’écrire
Georges Bush sur Internet pour être lu par la CIA. Voilà.
Bonnes fêtes la CIA.
Un oiseau noir, le
ventre blanc, traverse notre ciel à la diagonale.
Ciel encombré,
gros nuages noirs qui s’accumulent, soleil qui persiste.
Quatre grains au sud, nous restons insolemment au soleil. Nous écoutons
Jeanne Cheral en concert. Le vent accélère, grains au nord
est. Nous rangeons coussins et serviettes. Le grain ne passe pas par nous
et jusqu’au coucher de soleil, nous profitons du beau temps.
Far Buan .
Quart de nuit, je
m’installe près de la barre, avec les nourritures terrestres
éclairé par la liseuse. Le vent a forci, le spi est à
surveiller. Tout se passe bien pendant près de deux heures. Le
bateau part au lof, j’ai juste le temps de retenir la barre pour
remettre le bateau dans la bonne direction, livre et lampe sont au sol,
un vague arrive et s’écrase, je suis trempée. Pierre
me remplace. Une demi heure après, le bateau part encore au lof,
le spi se gonfle puis se dégonfle d’un coup, claque, le spi
se déchire sur toute sa longueur, nous affalons ce qu’il
en reste. Le spi est à peine dans son sac quand nous entendons
un choc, Pierre dit « où est passé le génois
? », il fait nuit noire, il va à l’avant. Le génois
est en vrac sur le pont. C’est la poulie qui le relie à la
drisse pour le maintenir hissé qui a lâché, tombée
à l’eau. Nous continuons sous grand voile seule.

30 décembre 2005
A 9h30 TU, le jour ne s’est pas encore levé. Un poisson volant
étendu sur le pont.
Nous avons fait plus de 6 nœuds de moyenne cette nuit.
A 11h30, nous avons dépassé la Barbade et nous sommes dans
la mer des Caraïbes. La mer est agitée, vagues croisées
dans tous les sens, creux de 3 m, la même mer que la pleine mer.
Le bateau sous grand voile seule roule et va à plus de 5 nœuds.
Grand soleil tout de même. Il reste 150 milles avant les Testigos.
L’inter est hissé en plus de la grand voile.
A 18h, il reste 120 milles pour Los Testigos.
A 18h15, « Terre », Grenade est en vue sur tribord, un filet
noir dessinant une montagne, se confondant avec les nuages. Cela fait
19 jours que nous avons quitté la terre et la terre ressemble à
un rêve. Nous trinquons à la santé de Grenade, à
la mer mienne, à la terre tienne. Un oiseau vole au-dessus du bateau,
nous regarde.
Croisés : un oiseau noir à ailes noires et blanches, une
frégate majestueuse dans sa finesse.
A 19h, la mer s’est calmée, toujours agitée mais sans
être forte. Le vent est doux.
Grenade, illuminée.
Grenade est un ciel d’étoiles, gonflée de lumières.
Au dessus d’elle, son reflet : la voûte étoilée.
Des étoiles par milliers, arc boutées d’un bout de
ciel à l’autre bout de ciel. La mer noire, et, autour du
bateau, dans l’écume blanche, des étincelles de plancton,
les étoiles nées de notre déplacement.
Sept bateaux de plus de cent mètres croisés cette nuit,
l’un deux assez près pour que j’entende ses moteurs,
voit son sillage et son arrière blanc. Il passe devant Grenade
et efface l’île. Valse des cargos et valse de leurs points
lumineux, valse marchande dans la mer insoumise.

31 décembre 2005
Ai prolongé mon quart d’une heure pour finir de relire «
Les nourritures terrestres » : « La vie était pour
nous sauvage et de saveur subite. »
Le jour se lève et il nous reste à 9h, 41 milles. 8 heures
de navigation à 5 nœuds, 10h à 4 nœuds.
A 10h, nuages rose et lavande : le ciel fleurit. Printemps. Et l’on
voudrait que j’aille dormir. Le sondeur affiche à nouveau
une profondeur- depuis 20 jours, il n’affichait plus rien- : 78
mètres.
A 10h26, nous entrons dans la carte de détail de Los Testigos.
A 10h45 : il reste 29 milles. Nous bénéficions d’un
courant qui nous pousse à 7 nœuds !
A 11H15 , « Terre », Los Testigos sont en vue, et de même
que Grenade, Los Testigos apparaissent comme un rêve : une longue
bande nuageuse. Le Venezuela, quitté et retrouvé. La terre
gonfle au fur et à mesure qu’on avance, les reliefs prennent
formes. A 13h40, on distingue trois îles, trois témoins,
témoins de quoi ? On voit sable, flanc pelé et vert des
collines. Une frégate très haut dans le ciel. Nous avons
sorti le poste de radio et nous écoutons Juliette au piano. Juliette
au piano et la terre qui approche.
Soleil voilé, gros nuages noirs serrés, ciel des îles
dégagé.
Les îles sont montagneuses, vertes, plantées de cactus et
de buissons épais. Nous nous faufilons entre deux îles. La
baie s’ouvre : sur la droite, Testigo Grande avec le village de
Tamarindo, sur la gauche, l’île principale, Iguana et une
petite île, Isla Cabra, l’île aux chèvres. A
15h41, nous jetons l’ancre près d’Isla Cabra, au son
des bêlements des chèvres sauvages.
2336 milles, 20 jours (moins deux heures), 4,89 nœuds de moyenne.
|
 |
Départ
de Faja de agua, 11 decembre 05 - 18h15 TU |
 |
Deuxième
coucher de soleil en mer |
 |
Reprise
des activités d'éveil: la toilette |
 |
Au
fond le point blanc c'est Padacor! |
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Activité
d'éveil N°1: écrire le journal de bord... |
 |
Lever
de soleil en mer (le quatrième) |
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Activité
d'éveil N° 11: se raser pour resssembler à Gainsbourg |
 |
Private
joke (For Toulousains only) |
 |
activité
d'éveil N° 44 (lire quaquatre): regarder la mer en
méditant... |
 |
Autoportrait
au Spi |
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Empanadas
à la dorade coryphène... |
 |
Sous
les grains, pilote HS, On barre depuis le carré avec des
bouts sur poulies... |
 |
Autopsie
de Nestor... Infarctus du processeur? |
 |
Séances
de barre pour compenser la grève de l'ex équipier
modèle... |
 |
Activité
d'éveil N° 16: Couture, reprise d'une laize de l'inter. |
 |
C'est
à qui le tour de faire la vaisselle? |
|
Activité
d'éveil N°666: lecture |
 |
Réveillon
du 24 décembre: foie gras en entrée avec Banyuls
1991 Grand Cru Mas de la Serra |
|
Dessert:
le moelleux au chocolat (avec le même vin...) |
|
25
décembre: Hélène fait des crèpes... |
 |
Brioche
- tentative 1: Sans commentaire... |
|
Brioche
- tentative 2: je persévère... |
 |
Reprise
des activités d'éveil (je me rapelle plus bien quel
numéro) |
|
Encore
5 comme ça et on remplit une boite de sardines! |
|
Début
du dépeçage (ferme les yeux Manu) |
 |
Avant
avant dernier coucher de soleil en mer |
 |
Brioche
- tentative 2: En progrès... |
 |
Avant
dernier coucher de soleil en mer |
 |
On
est presqu'arrivéeuh, On voit Grenadeeuuh! |
 |
| C'est
Grenade, là bas au fond... |
 |
Dernier
lever de soleil en mer |
|
On
hisse le pavillon de courtoisie Venezuelien...
10 ans après, nous sommes de retour... |
|