Brava
   
14°52,352' N
24°43,943' W
     
Du 28/11/05 au 10/12/05
 

 

   
   
   

Enfin des vacances!

On reste là à vivre tout simplement sans trop se préoccuper de l'avenir. On se baigne, on pêche, on mange des crustacés.

On oublierait presque de repartir.

 

etape précedenteretour fildeloetape suivante

Du 28 novembre 2005 au 10 décembre 2005: Brava, Faja de agua


Brava veut dire sauvage et arrivés sur l’île de Brava, nous restons deux jours sans pouvoir débarquer, le vent souffle fort et s’engouffre dans la baie, il crée des rouleaux sur la plage, rendant le débarquement difficile, notre ancre ne s’est pas encore complètement enfoncée dans le sable. Peu importe, nous avons l’impression d’être ancré dans un paradis sauvage, à même la beauté. La falaise abrupte couleur terre, d’une centaine de mètres tombe dans la baie qui abrite un petit village d’une seule rue, celle qui borde la plage de galets noirs : une dizaine de maisons à un étage, les plus cossues appartenant à des americanos, les exilés cap verdiens revenus au village se faire construire des maisons de vacances. Des cultures en terrasse grignotent le flanc de la colline : cocotiers, bananiers, papayers, cane à sucre. Nous nous baignons, explorons les fonds ici aussi comme à Fogo très riches en poissons, il y a en permanence un nuage d’une centaine de petits poissons à l’ombre du bateau, et la nuit nous entendons l’eau être brassée par les poissons, Pierre pêche avec un simple hameçon piqué de chair de poisson des petits mérous rouges aux points bleus, ou chasse au fusil, nous mangeons le thon pris lors de la traversée Fogo-Brava cuit sur la braise du barbecue, nous partageons nos prises avec les équipages des autres voiliers du mouillage, nous essayons de faire connaissance. Quatre, cinq bateaux français sont ancrés, mais les navigateurs sont déjà constitués en petits groupes et nous restent fermés. Nous nous sentons à part. L’isolement de ces îles n’ouvre pas les bras, ne nous favorise pas l’amitié. C’est la première fois que nous ressentons cette impression depuis notre départ et cela rend les amitiés nouées par ailleurs d’autant plus précieuses.
Lorsque nous débarquons à terre, nous demandons au gamin qui nous a aidé à remonter l’annexe où trouver au village des fruits et légumes, il nous conduit au mitan de la colline dans une plantation d’arbres fruitiers qui cache une ferme blanche (à l’intérieur très propre, grand frigo- congélateur, napperons sur les meubles, bruit d’un groupe électrogène). La propriétaire indique que les bananes ne sont pas mûres, que les papayes vont aux americanos, mais qu’elle a des patates douces. Elle en déterre une vingtaine puis les pèse : nous en prenons un kilo et demi. Sur un des toits de la ferme, un petit singe en laisse attaché à sa niche. Il a été trouvé, parait-il, dans la montagne.
Chaque jour, vers midi, les pêcheurs arrivent et roulent leur barque sur la plage. Nous les aidons lorsque nous sommes là et nous assistons au déversement des poissons sur les gros galets noirs : tazards, orphies, daurades coryphènes, thons, murènes, mérous, carangues…Les poissons sont vidés et les femmes les emmènent pour les vendre à la ville principale de l’île, Nova Cintra. Nous discutons avec elles pour en acheter des morceaux ou des petites prises.

Ici, pour dire « super », on dit « fish ».
A Brava, mes rêves se passent dans l’eau au milieu des poissons.

Tout le monde nous salue au village. Nous allons chez Brigitte, une Française mariée avec un Cap Verdien exilé en France pendant trente ans et de retour au pays, et nous assistons, avec les deux équipages du mouillage, à la distillation de la canne à sucre avec un alambic pour en faire du rhum. Un feu de bois chauffe un four en pierres, au dessus se trouve la cane macérée et à côté, une cuve qui recueille le rhum. Nous gouttons : il est très parfumé, subtile. Peu de distractions à Faja de agua telles qu’on les entend chez nous : pas de théâtre, ni de ciné, ni de bal : d’où l’importance de l’alcool qui peut remplacer tout. Il y a ici l’ivrogne du village, un homme à la barbe hirsute et bouteille de vin à la main qui interpellent les passants. Parfois, nous servons de distractions et les villageois nous observent débarquer en annexe ou s’assoient à côté de nous, curieux, tout comme nous nous les observons. C’est un échange de bon procédé.
Le mari de Brigitte peint et son vaste bureau qui surplombe la baie est rempli de ses peintures, scènes colorées de genre.

En annexe, nous allons plonger autour d’un rocher, je vois pour la première fois une murène large comme une cuisse d’homme et quand nous arrivons dans la petite crique à côté, le ciel est déjà sombre, l’eau presque noire, nous retrouvons les Français qui nous indiquent qu’il y a un petit requin au fond.
Nous allons chercher l’eau à la fontaine publique, nous lavons le linge au lavoir. Edgar est le gardien de la fontaine, en principe mais Edgar est complètement soul ce matin, et c’est une de ses copines qui ouvre les robinets. Il arrive enfin et nous regarde avec des yeux brumeux. Edgar est le gardien de la fontaine mais surtout le roi de la langouste. Il a une grosse langouste tatouée sur le bras et depuis 13 ans il pêche la langouste (il a 36 ans). La pêche à la langouste est réglementée à Brava et s’interrompt trois mois par an, juin, juillet et août, il y a six pêcheurs de langouste dans le port de Furna à Brava et deux, ici, à Faja de agua. Edgar nous propose d’aller pêcher avec ses amis, nous devons amener 10 litres d’essence. Le rendez vous est pris pour le lendemain, mais le lendemain, nous cherchons Edgar sur la plage, on nous conduit à sa maison, et nous cueillons Edgar au saut du lit : Edgar a du mal à se remettre de sa cuite (qu’il a soigné en en reprenant une le soir même -NdMdP-) et repousse le rendez vous au lendemain. Mañana.
Mañana, le lendemain, à 9h du matin, nous voyons Edgar et ses deux amis s’affairer sur la plage et nous savons que c’est le bon jour. Nous prenons masque et tuba, combinaison, fusil de chasse et nous les rejoignons en annexe. Edgar est accompagné de Luis, aux yeux jaunes et Nei, un jeune homme baraqué qui possède une barque. Nous connaissons déjà Luis, il nous a vendu deux langoustes, qu’il a pêchées dans la baie de Faja et Nei était venu à la nage jusqu’à notre voilier pour nous demander un bout. Nous lui en avions donné un, et, il nous avait offert des noix de coco. Nous poussons la barque de bois « Maria de Lurdes », et nous embarquons. Ils ont pris masques, tubas, combinaisons, fusils et ce qui les distingue de nous, le long et fin crochet qui permet de dénicher les langoustes dans les creux des rochers. Nous allons au Sud de l’île et la traversée dure une heure. La mer est calme et le soleil brille, les conditions sont idéales. Les visages sont graves et fermés, Edgar s’est allongé dans le filet tendu sur l’étrave du bateau et nous fait face, Nei commande le moteur et Luis est assis sur un banc en bois, comme nous. Edgar nous avait demandé des élastiques à fusil harpon et nous lui en offrons, son visage se détend pour un bref moment, il les met en place sur le fusil qui en manquait. Le paysage est désertique, la falaise tombe dans la mer. Nous passons devant la baie des pirates : une maison isolée abrite une dizaine de barques de pêcheurs. Aucun mot n’est prononcé durant le trajet, Luis de temps en temps écope l’eau que prend la barque. Edgar et Luis enfilent leur combinaison et leurs gants, et nous savons que nous allons arriver. Le moteur est arrêté et les deux pêcheurs plongent immédiatement dans l’eau. Il y a quatre à huit mètres de fond, des rochers, l’eau est très claire, nous voyons les poissons depuis la barque. Nei reste dans la barque et nous suit. Nous plongeons à notre tour et restons à la surface pour les observer. Les deux pêcheurs plongent toutes les deux à trois minutes environ dans les trous des rochers, regardent si des antennes sortent et enfoncent leur crochet si nécessaire. Lorsqu’ils enfoncent le crochet, leur corps tout entier est pris de soubresaut par l’effort et ils ramènent la langouste au bout de leur pique jusqu’au bateau. Quatre langoustes sont prises par Edgar et deux par Luis. Six langoustes en tout pêchées en trois heures. C’est une petite pêche aujourd’hui mais pour nous un moment fantastique, nous les suivons à la surface, regardons les poissons très nombreux et variés (perroquet, mérous, balistes, poissons coffre, poissons trompette…) je vois la gueule fine et les petites dents d’une murène, je surveille s’il n’y a pas de requins. Je n’ai pas de combinaison, juste un tee-shirt de plongée mais je reste trois quart d’heure dans l’eau , je rejoins la barque, puis fais de petites plongées, Pierre a sorti son fusil et prend des mérous, nous nous déplaçons de criques en criques. Nei s’impatiente dans la barque et finit par jeter le grappin, il plonge avec son fusil, et ramène avec une facilité déconcertante des poissons gris à grosses écailles et dents. Il chasse parfois avec la corde du grappin enroulée autour de son corps, le bateau amarré à lui. Vers la fin, Edgar prend son fusil et tire le poisson, plus abondant aujourd’hui que les langoustes, il remonte sur le bateau mais Luis, tente sa chance à nouveau avec la langouste et plonge plusieurs fois encore. En vain. Sur le chemin du retour, les poissons et les langoustes sont au fond de la barque, au milieu du matériel de plongée et entre nos pieds. Nei chantonne. Le vent est face à nous et des vagues nous mouillent.
Nous débarquons sur la plage, fiers. Nous partageons la pêche des poissons et deux langoustes nous reviennent. C’est trop, beaucoup trop pour les efforts qu’ils ont accompli, et nous leur donnons rendez vous le soir pour boire un verre. Luis n’est pas satisfait de sa pêche et le soir au lieu de venir boire le verre, il tend un fil de pêche depuis la plage. L’eau frétille de gros poissons qui chassent de petits poissons, plusieurs pêcheurs ont mis aussi leur ligne à l’eau et des villageois assistent à la pêche, comme au spectacle du soir. Edgar et ses amis préparent un grand filet de pêche qu’ils vont tendre cette nuit à 4 heures du matin avec leur barque entre les trois voiliers au mouillage, et vers 6 heures, ils plongeront pour maintenir les poissons à l’intérieur du filet, ils nous invitent à participer ( à 5h, nous ouvrirons le panneau au dessus de notre couchette et nous verrons leur barque). Le bar a des murs faits en palmes et contient une unique table en plastique blanc avec quatre chaises. La musique est allumée. Edgar et Nei sont là, rejoints par Daniel le frère d’Edgar, le père d’Edgar passe, le bar est tenu par sa sœur, bref Faja de agua est un très petit village. Luis vient, l’air complètement épuisé, triste. Un gamin arrive avec une carangue de 80 cm, grise, prise au bord de la plage, un père de famille s’assoit à côté de nous avec un petit bébé dans les bras, une petite fille joue avec des graines, Daniel nous désigne le jeune garçon à côté de lui, son père a tué sa mère (Daniel fait le signe de la gorge tranchée)et est en prison à Praia, la capitale, l’enfant est recueilli dans sa famille. Daniel parle d’une voix douce très bien le français, il nous dit avoir fait chaque jour 5 heures de marche pour apprendre le français, à Nova Cintra. Il nous parle de sa famille de 12 enfants, de ses frères et sœurs exilés aux Etats-Unis et au Guinée Bissao, de sa petite fille de 9 ans qui vit à quelques maisons de lui avec la mère, il nous explique pourquoi il n’y a pas beaucoup de femmes ici, parties à l’étranger. Il nous invite chez lui à manger la cachupa. Nous mangeons sur une toile ciré rouge, dans une très petite cuisine, presqu’un couloir, une très bonne cachupa, un plat de maïs, haricots rouges, lentilles…L’album de photos est ouvert et les photos des exilés défilent. Nous sortons dans la rue, l’électricité publique ne fonctionne pas depuis quelques jours, il fait noir. Nous passons devant la maison de sa petite fille, elle sort et vient embrasser son père et nous salue. Nous allons chez un americano, un habitant de Faja parti en Califonie et revenu, à l’heure de la retraite, construire une belle maison de vacances, il vit six mois ici, six mois là bas. Ses enfants sont installés aux Etats Unis, sont mariés et y ont fait leur vie. Ils n’ont aucune culture cap verdienne. Il nous offre un verre de vin portugais, puis du porto. Il parle sans jamais s’arrêter, un de ses amis americano le rejoint et parle de la même façon que lui. Nous hochons la tête avec Pierre en buvant le vin, en comprenant la moitié de ce qu’ils racontent et en essayant de temps en temps de placer une phrase. Les placards sont fermés à clefs dont dispose notre hôte. Dans une vitrine sous clefs, une friteuse, une cafetière électrique, divers appareils ménagers sont exposés. La porte du frigo-congélateur est tenue par une pierre. Les murs sont nus à l’exception d’un dollar encadré et de la photo d’une locomotive. Des personnes de la maison passent et viennent se servir dans le frigo.
Ces histoires d’exilés, ces familles à la géographie éclatée ramènent à notre histoire : comment vivre les rêves de voyage tout en restant des proches pour nos proches, comment être ici et là, être différents et en commun ? le Cap vert rend nostalgique, avive les fractures. Ce n’est pas un pays léger, à la franche gaieté.

Les Pick up pour Nova Cintra sont rares et on peut passer une heure à en attendre un, assis sur un balcon, en regardant la mer, et une heure au moins pour le retour, en demandant à tous les aluguers qui passent s’ils vont à Faja. La route qui y mène dévoile le relief escarpé de l’île, succession de cols et de ravins, plus on monte, plus la température fraîchit et la végétation devient moins sèche. Arrivés à Nova Cintra, on s’étonne de la modestie de la ville. Nova Cintra signifie nouvelle Cintra, ville de villégiature portugaise. Les notables portugais de Praia avaient établi ici leur résidence secondaire en raison de l’aménité du climat, qui leur rappelait Cintra, au Portugal. Peu de trace du faste passé : quelques belles maisons à balcon restaurées par des Americanos subsistent. Un homme qui était avec nous dans le pick up nous incite à venir voir une de ces maisons : il est très fier d’en être le gardien et nous fait le tour du propriétaire ou du moins de ce à quoi il peut accéder : le jardin, la cour. Nova Cintra sent la paisible bourgade : l’herbe pousse entre les pavés, les jardins foisonnent de légumes (courges, tomates…), un homme caresse affectueusement une vache comme un animal domestique, les toiles d’araignées font de véritables rideaux, et bien qu’il y ait un kiosque à musique sur la place principale, le maître des lieux est le silence d’une ville au peu de voitures. Nova Cintra est parait-il construite sur un volcan, mais recouvert de végétation et de maisons, on ne le soupçonne pas. Seuls les lacets de la route pour y parvenir pourraient nous y faire penser. A un coin de rue, des femmes attendent, et nous demandons où acheter des fruits et légumes : nous en suivons une jusque dans un jardin potager. Là ont été cueillis carottes, oignons, pommes de terre, poivrons, tomates, oranges, pommes, bananes, vendus entre 1,5 et 2,5 euros : c’est comme la caverne d’Ali Baba et nous remplissons notre sac à provision.


Au Cap Vert, on ne peut pas se tromper : Sal, le sel, Fogo, le feu, Brava, la sauvage. Mais à Espargos, les asperges sauvages sont amères, alors se méfier des mots.



Traversée de Fogo à Brava, reprise des activités d'éveil: pétrissage du pain...

Reprise des activités d'éveil: Pêche au gros (le poisson pas le pêcheur...)

Pour tuer un poisson, certains guides recommandent de le plonger dans un coma ethylique en lui versant de l'alcool dans les ouïes...
(ici de l'arguadiente colombienne)

Ca na pas super bien marché: cela lui a provoqué une hémorragie au niveaux des ouies et une tremblote de tous les diables... il en est mort... Visiblement l'alcool colombien ne lui réussit pas,
(Il faut avouer que même nous nous n'arrivons pas à le boire...)

Nous longeons la cote nord de Brava

Pour arriver à Faja de Agua

Hélène essaye son nouveau pantalon: the disco girl...

Activités d'éveil au mouillage: pêche à la ligne (3 petites carangues)

Le village de Faja de agua

Nouvelle provision de légumes frais...

Activités d'éveil: Sans commentaires...

Toujours le village de faja de agua

les gamins de Faja apprennent à pecher très tôt. Nous les avons même vu pêcher à la traine dans leur caravelle...

Activité d'éveil N°4: faire griller des langoustes au barbecue...

Activité d'éveil N°5: manger les langoustes.

Allo, maman? Ici tout va bien...

Le coucher de soleil sur la baie

Activité d'éveil N°6: faire le faire-part de mariage de sébastien et brigitte.
(dessiner sur un bateau qui bouge, c'est l'horreur)

L'école? c'est par là!

C'est la maison blanche avec des fenêtre bleues au fond...

Toujours la baie de Faja de agua

La maison de l'americano

La baie de Faja, avec un petit bateau jaune au mouillage

En montant vers Vila Nova sintra, la ville principale où un nuage semble continuellement accroché.

Dans les rues de Nova Sintra

discussion entre amies

La place principale de Nova Sintra

Chargement de maquereaux (ils sont frais mes poissons...)

La route de Nova sintra

retour à la baie de Faja de agua...

... où nous attend fidèlement Caracolito, prêts à repartir pour de nouvelles aventures...