26 novembre 2005
Le policier nous siffle depuis la terre et Pierre s’en va en annexe
avec passeports et papiers du bateau. Il revient une demi heure après
dépité : ayant fait notre entrée et sortie de territoire
à Sal, le policier n’accepte pas que nous restions plus longtemps
au Cap Vert et pour ce qui le concerne à Fogo. Ce petit port de
pêcheurs, cette calme baie nous semblent si isolés du monde
extérieur et cette décision si aberrante avec notre réservoir
d’eau défectueux, que nous décidons de rester à
Fogo, le temps de découvrir la ville de Sao Felipe et d’explorer
le volcan. Le barbecue est sorti pour la première fois et une partie
de la bonite est grillée, le reste mis en conserve, la daurade
a déjà été conservée dans le vinaigre
blanc.
Nous débarquons en annexe et découvrons l’enceinte
qui abrite le minuscule port des pêcheurs. L’eau est claire
et la couleur noire du sable fait ressortir les multiples déchets
de poissons (tête, arrêtes, peaux…) qui jonchent le
sol. Des enfants, des adultes se baignent. Des pêcheurs sont en
train de tirer la peau de murènes tachetées, des rougets
et ce que nous croyons être des labres sont réunis en grappe
au bout d’un fil. La baie grouille de poissons, nous avons mis tout
à l’heure au mouillage un simple hameçon et une ligne
: deux minutes après, deux labres avaient mordu. On se baigne entouré
de petits poissons et la nuit l’eau clapote du mouvement de poissons.
Il parait que des langoustes se pêchent dans les trous de la falaise.
Lorsque les pêcheurs débarquent sur la digue, une dizaine
de femmes les attendent et chantent et crient. Les pêcheurs conservent
leur matériel dans des placards, des box le long de la digue et
les barques sont remontées sur la plage. Il n’y a pas d’habitations
ici et le soir, le port est muet et ne vit que par sa vie sous marine.
Un jeune garçon se propose de nous garder l’annexe et de
surveiller notre bateau, moyennant une petite rétribution. L’endroit
parait si paisible, cela nous parait une effronterie, mais sans savoir,
nous lui donnons deux euros. Deux aluguers entrent en concurrence pour
nous emmener à Sao Felipe et nous partons avec l’un deux.
La route est pavée de basalte et grimpe la falaise. Nous arrivons
sur une petite place où deux quads en folie créent l’évènement.
La ville est pentue, avec une partie haute et basse, qui comme l’ai-je
lu reproduisent les couches sociales. Elle est caractérisée
par les maisons à un étage et balcon en bois, les «
sobrados », réservés anciennement aux riches blancs,
les « brancos ». Ce que nous voyons ici, ce sont des maisons
délabrées, l’église bleue principale à
l’état d’effondrement, aucun bâtiment qui dénote
de la modestie de l’ensemble de la ville. La ville respire la tranquillité,
somnole à l’ombre des acacias, résonnent des pas nonchalants
de ses quelques habitants. On joue avec des enfants qui conduisent une
voiture fabriquée en bois dont le volant est un bout de ferraille
torsadé ; on en suit qui se rassemblent dans la cour d’une
école : une fête est donnée pour les droits de l’enfant,
avec discours d’officiels sur l’enfant, avenir du Cap Vert.
Suit lecture de poèmes, saynète jouée par des enfants…On
boit un verre avec Manuel, le chauffeur de l’aluguer. Dans la rue,
un homme nous demande si nous sommes Français et veut absolument
nous offrir un verre. C’est le secrétaire du parc national
de Fogo, complètement imbibé d’alcool et très
amical. Dans l’épicerie où on s’est installé
pour boire, des hommes lui font signer un engagement sur un post it et
on se demande à quoi il s’est lié. Il nous apprend
que sa sœur est exilée à Metz. Le Cap Vert vit en partie
de ses émigrés qui sont installés surtout aux USA
; des petits drapeaux américains flottent dans des grosses voitures,
on parle d’une base de soldats américains qui s’installerait
sur l’île déserte, réserve d’oiseaux,
de Santa Luzia. Manuel a 11 frères et sœurs, dont trois frères
à Los Angeles. C’est grâce à eux qu’il
a un pick up rutilant neuf.
La falaise qui borde la ville donne sur une immense plage de sable noir.
Est-ce sur cette plage de Fogo que Francine allant pour se baigner avait
été alertée par les appels de Cap verdiens : elle
avait alors vu les ailerons de requins.
Le soir, nous allons écouter de la musique toujours conduit par
Manuel. Il nous emmène dans deux bars restaurants sans qu’aucune
musique en émane. Puis, nous allons dans un hôtel cinq étoiles
à la clientèle internationale où se produit un groupe
de Brava, genre souk antillais, autour d’une piscine (nous découvrons
un endroit insoupçonné mais pas la musique que nous espérons).
Enfin, nous arrivons dans un petit bar à la façade jaune
où se joue de la musique traditionnelle : « morna »
avec trois guitares, une voix et des percussions enregistrées.
Les chanteurs se succèdent : l’un d’eux, voix grave,
éraillée, magique.
27 novembre 2005
La route vers le volcan est pavée et grimpe en lacets, nous croisons
chèvres et cochons vivants ou en train d’être découpés
à même la rue, poulets qui s’enfuient sur notre passage.
Des cultures de papaye, maïs, bananes bordent la route. Une paroi
effondrée du volcan permet l’accès en voiture et nous
roulons dans l’immense cratère appelé la « caldeira
», la chaudière. C’est un paysage calciné de
coulées de lave, de bombes volcaniques, de lapilli, de sable noir.
Nous sommes au cœur de l’île, au cœur du mot Fogo
qui veut dire feu. La plus récente éruption date de 1995
et a vu surgir un petit volcan dans le grand volcan. Au sommet, c’est
un tourbillon de couleurs qui nous emporte, le jaune du souffre, le rouge
ferrugineux, le noir de la lave. Et tout autour le paysage brûlé
de la caldeira. Dans les trous, la terre est encore brûlante, on
sent le souffre. On dévale la pente du petit volcan, et la lave
crisse comme de la neige.
Dans la caldeira, se trouve le village de Chà, qui persiste et
résiste malgré les éruptions. On y quête le
fromage de chèvre, boule blanche humide, le vin, qu’on dit
sang du volcan, le café qui réveille, pendant que dans l’épicerie
la guitare se gratte. On mange, dans le patio d’une pension, le
havre de verdure au milieu de la lave installé par un Français
: chèvre à l’aneth, bananes flambées, mousse
au chocolat à en lécher l’assiette. La pente sud du
volcan dévale jusqu’à la mer et se couvre d’abondances
: fruits, caféiers, vignes...

|
 |
The
"Fogo driving rally team" |
 |
Dernière
mise au point tactique avant le départ |
 |
C'est
parti! |
 |
Pièce
de théatre jouée pour le 5ième anniversaire
"des droits de l'enfant" |
 |
Le
public trés attentif (quoique un peu indiscipliné) |
|
La
plage de sable noirs qui longe San Felipe |
 |
Art
mural dans les rues de San felipe |
 |
Pas
un chat en vue (se dit le chien) |
|
A
la recherche d'une bière bien fraiche (avec manuel) |
 |
Ici
il ya des bières! "Sagres" ou "Super bock"? |
 |
|
Les
gamins jouent dans les rues de San Felipe. Heureusement à
la mi-temps on change de camp. |
|