21
novembre 2005
Emotion mélange d’appréhension, de crainte et de joie,
nous mettons pied à terre. Un grand gaillard très musclé
nous aide à amarrer notre annexe. Il ne nous demande rien en retour
et se remet à regarder impassiblement la mer. Dans ce geste, toute
l’attitude de ce que nous apprendrons à connaître des
Cap Verdiens de Sal est résumée : amabilité, disponibilité
et indifférence. Nous marchons sans crainte le jour comme la nuit
dans les rues de Sal et on nous laisse en paix. Aucune sollicitation.
Les Sénégalais sont très différents. Ils vont
vers nous, nous souhaitent bienvenue, nous demandent nos prénoms
et certains cherchent à nous vendre leur marchandise (vêtement,
montre, sac…) de façon insistante.
Nous débarquons comme tout bon navigateur hauturier chargés
de notre grosse poubelle et nous cherchons un container pour l’y
déposer. En chemin, nous croisons un groupe de Français
et je m’approche vers eux pour demander où faire les formalités
administratives (police maritime, douane). C’est ainsi que nous
faisons la connaissance de Fanfan et de José, deux Français,
basques de surcroît, arrivés à Sal avec leur bateau
depuis trois semaines, en année sabbatique qui pourrait se transformer
en retraite prématurée. José et Fanfan ont possédé
un Armagnac. Ils ont maintenant un Sun Legend 41. Sur la coque, est reproduit
le même tatouage Maori que sur la poitrine de José, comme
si le bateau était une extension de son corps. Notre séjour
à Sal se déroule en leur compagnie ainsi qu’avec leurs
amis et en franche sympathie. Après les formalités, nous
profitons du pick up collectif qu’ils prennent pour aller à
Espargos, la ville principale de l’île. Les pick up s’appellent
des « aluguers » au Cap Vert, et à Sal, l’arrière
est doté de bancs sur lesquels s’assoient les passagers et
c’est le décoiffage assuré, ou, si l’on s’installe
à l’avant, on peut admirer la magnifique moquette à
longs poils orange qui orne le bas du pare brise. Et tout le monde profite
de la musique. Etendues arides plates sans aucune végétation,
volcans à l’horizon, c’est le paysage qui borde la
route goudronnée pour aller à Espargos. Espargos est un
bourg tranquille de maisons en ciments au toit plat colorées vivement
pour certaines ( bleue, orange…). Des ânes en lisière
de la ville se reposent à l’ombre de maigres arbres. On trouve
quelques épiceries, des boutiques usuelles (papeterie, boulangerie…),
des petits bars et restaurants, deux cafés internet. C’est
Fanfan et José qui nous servent de guides. Quelques étalages
de fruits et légumes se trouvent à même les trottoirs
: le prix varie entre deux et trois euros, ce qui est cher en comparaison
avec d’autres pays africains, et montre la rareté de cette
denrée sur l’île. La courge est vendue par tronçon,
on achète deux carottes, un poivron, pastèques et choux
ont des tailles de modèles réduits, on regarde une tomate
bien mûre comme un objet rare, un plat de légumes cuits à
l’eau est un festin dans un restaurant. Voyage qui transforme le
regard. L’eau aussi est comptée. Une usine la dessalinise.
On l’achète à la fontaine publique : des robinets
surveillés par une gardienne détenant la poignée
des vannes. Elle a de grandes lunettes épaisses et compte sur ses
doigts combien on lui doit. Fanfan nous a donné l’idée
d’aller à la saline, nous négocions le prix d’un
taxi depuis Espargos. Un tunnel perce le flanc du volcan et nous accédons
au cœur du cratère. D’un rayon d’1km, il forme
une arène : dans le fond, au niveau de la mer, des bassins de sel.
L’exploitation du sel est arrêtée mais il reste encore
l’eau de mer à différents stades d’évaporation
et des pyramides de sel. Subsistent aussi les poteaux du téléférique
qui permettaient avec des chariots d’emmener le sel jusqu’au
port à quelques centaines de mètres de là, et les
baraquements du personnel de la mine.
22 novembre 2005
Nous avions constaté une fêlure dans le chandelier qui soutient
la filière du bateau et nous cherchions un soudeur d’inox.
José, après investigation, nous indique Bonita. Depuis Espargos,
il fallait arrêter un taxi et lui demander de nous arrêter
à l’atelier de Bonita. C’est un garage dans les confins
d’Espargos, au milieu d’un quartier résidentiel, où
est entreposé le matériel de réparation de voitures
et où trônent d’énormes amplificateurs qui diffusent
à fond de la musique reggae ou disco. Bonita n’est pas là
et ses employés nous invitent à l’attendre : ils dégagent
un vieux banc de pick up et nous font signe de nous asseoir. Bonnet de
laine aux couleurs Rastafari, barbiche, lunettes de soleil de star, les
jeunes garçons ondulent en rythme tout en travaillant. Ils ont
l’air de prendre du plaisir à être ici, au travail
et en musique. L’un d’eux est en train de découper
avec des gestes précis, du skaï pour recouvrir un siège
de pick up tandis que ses jambes s’agitent sur la musique. Les réparations
se font en plein air à l’ombre d’un faux poivrier et
d’une bâche en plastique. Tout traîne par terre : bout
de ferraille, roue, seau, bouteille d’azote, grillage, fil…
Des voitures attendent les réparations : 504 peugeot, Lada entrain
d’être repeinte, 4L bleue délavé, pick up, moto
désossée . Un chien boiteux à l’oreille pelée
trouve abri à l’ombre d’une voiture. Non loin de là,
une vache sous un arbre nous regarde. Au mur extérieur du garage
est suspendu un morceau de tôle noire martelée, soudée,
de forme carré, exposé sur l’espace dégagé
comme un tableau ; quelques mètres plus loin, sont affichées
les pages bleuies d’un magazine des années 60-70 : on voit
Cesaria Evora jeune, une photo du Cap Vert indiquant « Ilha da Sabura
», « Feel good Island », « Gente autentica »,
une photo d’Occidentaux sortant d’un supermarché et
transportant leurs courses dans le coffre de leur voiture, une autre image
montrant une pimpante dame en train d’essayer des chaussures chez
le marchand de chaussures. Bonita arrive, jeune homme d’1m60, au
bonnet Rasta, boucles d’oreille, sac en bandoullière sur
lequel se découpe la carte de la Jamaïque, combinaison grise
de travail siglée « aide au développement ».
Il envoie chercher une baguette de soudure en inox , puis, ajuste son
masque de soudure par-dessus ses lunettes de soleil de Star et réalise
la réparation.
Nous allons avec masque et
tuba observer l’épave du port. José nous a appris
que c’était un caboteur qui avait coulé il y a trois
ans et que l’endroit était très poissonneux. On voit
le bateau en bois couché au fond de l’eau et le mât
qui, avant qu’on arrive, était dressé et sortait de
l’eau, est maintenant allongé sur le sable. Il y a encore
le feu à retournement orangé. Des petits poissons de diverses
sortes évoluent sur la zone. Le ciel est très nuageux et
l’eau n’est pas très claire, assez agitée, ce
qui renforce l’impression triste qu’offre la vue du bateau
couché au fond de l’eau comme un animal blessé et
à jamais perdu. On ne s’est pas beaucoup attardé.
Sur le port de Sal, des douches
sont installées et une gardienne est chargée d’encaisser
le prix de la douche (0,25 euros). Elle est vêtue d’amples
robes à fleurs, alanguie, toute la journée assise, à
moitié allongée sur des sièges, grignotant des fruits,
un large sourire au visage tout en restant disponible pour les clients,
montrant le petit croché où installer ses vêtements,
répartissant hommes et femmes.
Ici, lorsqu’une personne croise une autre personne qui lui demande
comment ça va, elle répond : « tranquile ».
23 novembre 2005
Nous pensions partir aujourd’hui pour Boa Vista mais un vent du
sud sud ouest, nous en empêche. Nous allons vérifier les
informations meteo sur internet à Espargos. Confirmé. Une
perturbation est au nord des îles, créant vent de Sud Ouest
modéré à fort.
A Espargos, nous achetons 5kg de farine que l’on nous met directement
dans un sac plastique, une partie d’un régime de bananes
vertes.
Depuis notre arrivée, le temps est couvert, gris, le soleil perce
parfois vers midi, mais il est rare, il fait néanmoins 25°
à 30°C. Nous pensions à la pluie mais sans vraiment
y croire (il pleut deux à trois fois par an). Mais c’est
aujourd’hui 23 novembre que la pluie tombe. Et ici lorsqu’il
pleut, il fait soleil, ce qui donne une magnifique lumière. Nous
nous promenons tranquillement sous la pluie, les Cap Verdiens eux, fuient
la pluie, les rues sont désertes, il reste un petit groupe autour
du kiosque rouge Coca cola sur le port, qui chante et joue de la guitare.
Les gouttes qui tombent ont des allures de notes de musique, les notes
de musique pleuvent. Le Cap Vert enfin tel qu’on se l’imagine,
musical, parce qu’on nous a dit que pour la musique, ce n’est
pas ici, il fallait aller à Mindelo. Pour nous le Cap Vert, ce
sera sans Mindelo, nous préférons aller loin d’une
grande ville et hors des sentiers battus par les navigateurs, découvrir
les îles sous le vent. Plus de cent voiliers sont au mouillage de
Mindelo.
Le soir, après un apéritif aux acras de poisson (achetés
à Dina, la jeune fille qui les vend dans les rues de Sal après
l’école) et au cortado (rhum local appelé grogue mélangé
à du ponche), sur la terrasse d’un petit bar devant le port,
José et Fanfan et leurs amis nous introduisent (c’est une
initiation) auprès de Mme Brochette. Mme Brochette est une matrone
plantureuse qui élève des volailles et fait barbecue chez
elle, dans la cour aux murs autrefois blancs, maintenant pelés,
fermée par un toit de palmes. Nous mangeons du poulet mariné
cuit sur la braise et buvons une caipirinha de sa composition assis sur
des bancs en bois, dans la fumée du barbecue. Renseignés
par la fumée , les convives arrivent, des équipages de bateau
pour la plupart et ça se régale et ça papote et ça
déborde jusque dans la rue.

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Dans
les rues de Porto da Palmeira |
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La
place principale d'espargos, ville principale de Sal |
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Dans
les rues d'espargos |
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La
marchande des 4 saisons |
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-
Ils sont beaux mes légumes!
- Il me semble que ce sont des fruits... |
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Le
cyber café, grace auquel nous avons pu lire vos messages
(peu nombreux d'ailleurs. J'en profite pour remercier ceux qui
m'ont souhaité un bon anniversaire... C'est bien beau de
se mettre les pieds sous le clavier pour déguster un site
alléchant, il faudrait aussi vous donner la peine de nous
donner des nouvelles, non mais!) |
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Le
"supermarché" |
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La
pluie n'empêche pas les cap-verdiens de chanter autour du
kiosque xxxx-xxxx.
(Depuis que j'ai entendu sur RFI que la société
xxxx-xxxx avait été condamnée au Mexique
à payer 60 millions de dollars d'amende car elle avait
menacé de ne plus livrer une petite commerçante
si elle continuait à vendre les produits d'une autre marque,
j'ai décidé de ne mettre plus que du Pepsi dans
mes "Cuba Libre".
A bas l'impérialisme américain!)
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Le
mouillage de Porto da Palmeira (vous pouvez toujours chercher
un petit bateau jaune... vous ne le trouverez pas, il est caché
par des bateaux plus gros) |
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The
"trotinette racing team" |
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La
trotinette "custom" |
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Amuitz
au mouillage derrière caracolito |
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Qui
c'est qui prend la Photo? |
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Je
pense bien que c'est José qui prend la photo... |
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Chez
madame Brochette... (A gauche Fanfan et José) |
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effet
du Cortado?
(1Cortado
= 1/2Ponche + 1/2Grogue, "extrait du petit chimiste illustré") |
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Madame
Brochette |
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La
fille de madame brochette |
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