La Gomera
   
28°05,307 N
17°06,521 W
     
Du 31/10/05 au 10/11/05
   

 

   
   
   
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La Gomera, du 31 octobre au 8 novembre

Le soir d’Halloween, des petites filles arrivées par annexe viennent nous réclamer en anglais des bonbons. Elles n’ont rien de sorcières mais tiennent plutôt de la créature féérique nordique, elfes aux longs cheveux blonds, visages espiègles, yeux comme des fenêtres grand ouverts, Lorelei du Rhin en errance aux Canaries, minuscules dans leurs barques immenses.

Hier soir, j’ai fini « le poisson-scorpion » de Nicolas Bouvier et ce matin, comme lui, à Ceylan, je voyais mon texte dans les rues de San Sebastian, à la ferreteria, je pensais au paradis éthylique de la dorade, chez le marchand de pêche, je remarquais un mobile fait d’octopus bleus à vendre, et je revoyais notre brave octopus blanc, en sirotant un « batido de fresa », je pensais que je n’avais pas parlé de la salsa aux Canaries, comment elle sortait des auto, des boutiques, des rues en rythme ternaire relayé parfois par le rythme binaire du merengue. Au marché, en mangeant une arepa, la grasse tenancière du bar semblait tout droit sortie de la boutique tamoule et musulmane du livre de Bouvier.

Promenade au faro de San Sebastian et lovés dans une niche de roche noire, nous avons observé la mer, la mer transformée vue de la terre, plate, silencieuse, étendue de métal brillant ridée par endroit par le vent, nous avons longuement regardé vers l’ouest, vers les îles du cap vert…

Caracolito, animal hermaphrodite qui réunit en un seul être homme et femme.

Pierre a crée le pavillon du propriétaire, un drapeau au fond jaune sur lequel caracolent un escargot et une bande noire. « Quien se apura pierde tiempo ». Qui se dépêche perd son temps.

La Gomera est telle que je m’imaginais Madère ; arrivés par la mer, on aperçoit la petite ville de San Sebastian ave ses maisons colorées et au-dessus, les montagnes vertigineuses, vertes, vierges ou en terrasse. L’île est formée de ravins, de Roques ( des pics de roche noire), de vallées déchirées. Les espèces d’arbre familières, châtaignier, pin, et les cultures, vigne, maïs se mêlent aux espèces exotiques, palmier dattier, agave, aloès, figuiers de barbarie. Dans le jardin public de la ville, des herbes folles, des plumbagos blancs, des oiseaux du paradis, plein d’autres fleurs aux noms inconnus, des étendues d’herbe verte comme des lagunas verdes. Au centre de l’île, le parc Garajonay est une forêt aux espèces millénaires. Nous nous promenons au milieu des bruyères géantes, atteignant pour les plus grandes, 20 mètres, et des lauriers qui sont des arbres, des pins. La forêt est fraîche, silencieuse, odorante : elle sent bon l’essence des arbres. Elle est sombre, basse, moyenâgeuse. Nous atteignons une clairière aux pins immenses jonchée d’aiguilles sèches puis le point culminant et panoramique de l’île, 1500 m, qui conserve les pierres sacrificielles des premiers habitants et donne une vue sur les îles del Hierro, La Palma, Tenerife avec son pyramidal Teide et à peine une ligne sur l’horizon, Gran Canaria. Au point culminant, surgit, essoufflée, une promeneuse, petite, ronde, en robe Léopard moulante et chaussures de tennis.

Châtaigniers et châtaignes éclatées sur le chemin, champignons, mousses, rappellent une saison lointaine, l’automne ; j’ai même un rhume d’intersaison que je mate avec des inhalations d’essences essentielles–je me suis réveillée après un quart de nuit lors de la traversée Las Palmas Tenerife sans qu’aucun signe avant coureur ne m’est avertie, la gorge nouée et le nez qui coule. Avec la chaleur, nos habits estivaux, notre teint halé, j’ai peine à croire ma montre qui indique le 3 novembre. Mais la chaleur s’amenuise, et depuis deux jours, il souffle sur La Gomera un vent qui glace, les pontons gémissent, craquent, en particulier la nuit, on imagine dans son lit, des craquements d’iceberg, une tectonique des plaques en direct.

Ces mots qui ont jailli de moi m’ont comme électrifié et il me faut marcher pour décharger mon corps. Il faudrait marcher des heures mais le vent qui souffle violemment (30 nœuds) dans la ville, les rafales qui déboulent dans les rues, la falaise qui hurle, la nuit qui est tombée, le cercueil que l’on veille dans une pièce ouverte sur la rue, tout cela donne envie de rentrer au plus vite chez soi, au bateau, de le fermer hermétiquement, de se calfeutrer sous une couverture et de relire Nicolas Bouvier.

6 novembre
La Valle Gran Rey est une fente de soleil quand l’île, dans ses sommets, est en furie, vent, brouillard et pluie, une fente de soleil qui plonge ses ramifications dans la mer et laisse ses éclats à la surface de l’eau. La vallée est matée de grands palmiers dattiers, bordée comme la coque d’une caravelle d’immenses falaise rouges de 700 mètres. Le soleil est le Gran Rey de la vallée, présent disponible, dispendieux. Nous cheminons, entre les deux falaises, à travers bananiers, agaves, aloes, cactus, orangers en fruits, néfliers, roseaux, atteignant des ermitages, ayant commencé la promenade au milieu de la décharge d’ordures et finissant tout en haut sur le toit-terasse d’un bar qui surplombe la vallée : la vue glisse jusqu’à la mer ; le bus nous ramène au bateau.

7 novembre
Le vent s’est calmé, trois bateaux sont partis cette après midi pour les îles du Cap Vert. Le temps passe, Pierre a un an de plus demain, cela fait une semaine qu’on est à la Goméra, 42 jours aux Canaries, les chiffres parlent, il nous faut partir, aller chercher ce maudit gaz à Tenerife et poursuivre vers le Cap Vert.

 

A travers La Gomera

L'arrivée à San Sebastian de la Gomera

Le Port de San Sebastian

Où Caracolito parvient à se caser

La ville de san sebastian construite dans une vallée encaissée

La cote est de la Gomera

"Sculptures" du vent?