Lisboa
   
38°42,163' N
09°10,046' W
     
08/09/05 au 12/09/05
 

 

   
   
   

Lisbonne c'est grand et ça monte beaucoup, heureusement il y a les tramways...

On a, in extremis, gouté aux pasteis de nata...

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Je la pensais blanche, tortueuse, Lisbonne est rose et ronde, je la pensais nostalgique, un peu triste, Lisbonne est douce, indolente, pastel, ocre, italienne. Lisbonne se regarde du Tage et Lisbonne se reflète dans le Tage, Lisbonne se regarde elle-même d’une colline à l’autre, d’un point de vue à l’autre, d’un belvédère à l’autre, Lisbonne s’admire, se trouve belle, n’en finit pas de se contempler, elle est un regard et elle multiplie le regard, de la ville basse vers la ville haute, du castel Sao Jorge vers l’Alfama, du Rossio vers le Castel Sao Jorge, de la tour de Belem vers le Tage et du Tage vers le monument des Découvertes, sous le pont du 25 avril, vers le Christ Roi… Lisbonne contient Lisbonne, contient Lisbonne, contient Lisbonne, contient Lisbonne, et Fernando Pessoa est Alveiro de Campos, Bernardo Soares, Ricardo Reis, Alberto Caeiro… Je m’assois à côté de Fernando Pessoa, rua Garett, je bois un café à la brasserie « A Braseileria », je vais à la casa Fernando Pessoa, au belvèdère Santa Catherina ; place du commerce, j’entre au Marthino da arcada. Je suis rue des Douradores, entre l’art et la vie, l’art étant au 2ième étage, la vie au RDC, je suis dans Lisbonne et avec Fernando Pessoa, entre la rue des Savetiers et la rue des Tanneurs, entre l’inutile et l’utile, dans l’infime glissé dans le quadrillage serré de la ville.
J’écris par avance ce que je ferai, je suis là où je serai et lorsque j’y suis, je pense à ce que j’ai écrit et à ce que j’écrirai.
Dans la rue des doreurs, un cabinet de comptabilité, l’imprimerie nationale ; au 16 rua Coello da Rocha, là où il vécut ses 15 dernières années, sa chambre, 10 m2, deux fenêtres donnant sur la rue, une commode, sa machine à écrire, ses livres en portugais, anglais, français. Où est-il lui ? Au monastère des Jeronimos, il y a ses cendres, mais ses cendres sont dispersées dans la ville, elles tourbillonnent dans le vent et la lumière de Lisbonne, elles tournent et tombent dans les rues , il pleut les cendres lumineuses de Pessoa.
Au Castel Sao Jorge, le miroir et les deux lentilles d’un périscope captent les images vivantes de la ville qui sont plaquées sur une surface horizontale, dans une chambre obscure. C’est encore la ville qui se reflète dans la ville. Lisbonne née d’une chambre obscure au sommet d’un château maure. Et je lis les mystères de ce périscope sur une affichette collée sur une porte du château. Dans l’affichette, il y a les mots, les images, la ville, la chambre obscure.
Le Sao Jorge lui-même multiplie les vues sur la ville et les vues sur lui-même, d’une tour, on observe une autre tour, un promeneur observe un autre promeneur.


Place du commerce
A peine arrivés place du commerce, un homme s’avance vers nous, nous propose du shit ( il me montre quatre grosses barres résineuses). Cinq minutes après, deux flics arrivent. L’homme s’en va discrètement.

Barrio Alto
Photographie d’un homme en dentelle de la tête au pied, morceaux de dentelle exposées sous vitrine et éclairées au néon orange fluo : on pense à une galerie d’art, on entre par un couloir vide, c’est un bar. Fleurs en papier rouge encadrant les portes d’un atelier de tatouage, frange rose de la brune au comptoir. Murs noyés sous une tapisserie à gros motifs floraux, meubles anciens, quelques chaussures à vendre. Murs peints à la Pollock (éclaboussés de peinture), cartons à chaussures au sol. On croit comprendre quelque chose : être artiste la journée et le soir transformer son atelier en boutique à la mode , la seule façon de ne pas crever de faim en tant qu’artiste.

Alfama
Nous tournons la tête, nous nous penchons, nous écoutons le fado à l’intérieur, les chanteurs sortent, nous sommes dans les coulisses, dans la rue, attablés, seuls à manger ainsi, les chanteurs vont et viennent, nous parlent, nous expliquent le fado, la différence entre celui de Lisbonne et celui de Coimbra, ils se reposent, s’assoient par terre, interpellent des amis, discutent avec la chanteuse d’un autre restaurant, attendent leur tour, se chauffent la voix, c’est l’art à l’intérieur et la vie à l’extérieur ou l’inverse. Le plus vieux des chanteurs ( il chante avec une voix cassée, expressive) prend le chapeau de Pierre et le met dans une salle annexe, là où dans l’après midi chanteurs et musiciens s’exerçaient. Pierre fait son portrait sur la nappe en papier, dessine son futur bateau ( intérieur et extérieur) ; j’emporte la nappe quand nous avons fini de manger.

Si j’avais acheté le carnet de notes « Moleskine » à 11,50 euros, j’aurais écrit comme Hemingway, Chatwin ou dessiné comme Picasso. (c’est ce que suggère la publicité). Tant pis, j’écris sur un vieux cahier Carrefour à 12F50. Chatwin publie son 1er livre « en Patagonie » à 37 ans. A l’intérieur du livre, il note « 32 ans , l’âge où meurt les génies ». Je peux écrire, tranquille.

Chatwin notait tout, mais alors tout. Je me demande comment il faisait techniquement, si lorsqu’il parlait à quelqu’un il se retournait pour écrire ou s’il s’absentait très souvent pour aller aux toilettes. Pessoa ( Bernardo Soares) se sentait vivant à travers ses sensations , Proust, par ses sensations retrouvait le temps perdu. Il faudrait être entre Pessoa-Proust et Chatwin :décrire et que la description amène des sensations. Je me demande s’il est possible que Pessoa ait lu Proust, je devrais vérifier les dates, je ne l’ai pas vu dans la bibliothèque de Pessoa, j’aurais du demander à la bibliothécaire de la casa Pessoa. A la place, je lui ai demandé comment recharger ma carte de bus. Elle m’a indiqué la tabacaria la plus proche. Je crois rêver : la tabacaria la plus proche de la maison de Pessoa.

Pour le centenaire de la naissance de Pessoa, des silhouettes au pochoir habitaient les murs de la ville. Je les ai cherché, en vain. Partout, j’ai croisé le portrait d’un type aux grosses lunettes qui disait « I got erection ».

Pendant qu’un cyclone souffle un nouveau choc pétrolier, nous allons à la voile, autour du monde, évitant les cyclones.
Et voilà que le cyclone Ophelia s’apprête à dévaster la Floride ; et Ophelia c’est le nom de la fiancée de Pessoa.

Nous achetons une bouteille de Porto millésimée 1995 ; nous la boirons à petite goulée, très lentement, très très lentement. J’explique au boutiquier les raisons du choix de l’année, il croise les mains de l’air de dire « je n’y comprends rien , je ne parle pas français ». Tant mieux.

Perdu en Espagne à Combarro, je le retrouve au Portugal au Castel Sao Jorge de Lisbonne, le nom de la petite fleur bleue : Plumbago (orthographe très incertaine) .

Rencontrés à La Corogne, perdus de vue depuis, retrouvés à Lisbonne : Elise et Thibault. Avec eux : tasca cubana, salsa, mojito, caipirhinia. On est encore à Lisbonne ?

En cherchant un cybercafé :
Le café Agora en contre bas de la rue. Derrière le bar, une jeune femme à la peau très foncée, avec un collier en étoile. Au centre de l’étoile, le Che. Sur chacun de ses ongles, trois petites gouttes de peinture bleue.
Un homme au milieu de la rue parle tout seul. A côté, dans une boutique (comptoir en bois, étagère vide, que vend t-on ?) une femme me regarde en riant, tête renversée, pouce dans la bouche : il a trop bu.
Un vagabond, barbu, cheveux hirsute, déguenillé, devant la télévision d’un magasin fermé : à l’écran, une présentatrice blonde et bien peignée sur fond bleue uni.
Au Barrio Alto, trois grosses ménagères (tablier blanc ceinturé à la taille), chacune à leur balcon, en grande conversation. D’une fenêtre ouverte, le bruit d’un ronfleur.

Cyber café « espaço net » Rua Augusta, Pierre à l’ordinateur, moi, au balcon.
La ville défile, les « ch » de la langue montent, le petit accordéon du gitan dépose sa plainte, le chien ramasse les pièces, les flics sillonnent, en bas le tramway passe, la vue glisse vers l’arc de triomphe, une statue ouvre les bras, nous tourne le dos. Au centre de l’arc de triomphe triomphe le fleuve : il brille, jette ses feux, ses petits cailloux lumineux, ses flammèches lèchent les pavés, les lustrent ; la foule des passants monte et descend vers le fleuve, grossit, se gonfle et se déverse dans les ruelles et les paquebots, les vraquiers, au fond, impavides, pachydermes.

Je suis encore à Lisbonne et je suis déjà vers Madère, en mer, je suis encore à Lisbonne et Lisbonne me manque, je voudrais aller à travers ses rues, je voudrais encore écrire sur Lisbonne et Lisbonne est dans le noir, derrière moi, dans mon dos, j’ai froid dans le dos.
Je me retourne , ouvre les bras comme la statue de l’arc de triomphe, je tiens Lisbonne contre moi, rose et ronde, comme ma petite mère.

Nous sommes venus chercher du temps, plus de temps à nous, et de l’espace, de nouveaux espaces à notre vue, nous sommes venus élargir notre temps et notre espace. Et bizarrement, le temps nous est compté, les traversées nous épuisent, les villes nous remplissent à ras bord. Ni tranquilles, ni au repos. Parfois, rares moments, nous trouvons un espace inhabité, un temps inoccupé, du rien : l’infime beauté de la nuit, la mer qui nous hypnotise par son vide.
Ni tranquilles, ni au repos, le voyage nous plie : nous n’en sortons pas indemnes.


La Praza do comercio

Elevador de santa justa

Les rues du barrio alto, lieu d'animation en soirée où se mêlent bars branchés, resto à touristes et boutiques de mode

Dans les rues de lisbonne

Les toits de lisbonne (miradouro de Santa Catarina)

Le chateau de Sao Jorge

Toujours le même chateau...

Sao Jorge (la statue!)

Coucou !

Balade sur le chemin de ronde

Drole de gargouille...

Les toits du quartier de l'Alfama

Les ruelles de l'alfama...
Monastère des Jeronimos

A l'intérieur, la tombe de Vasco de Gama (je sais c'est un peu flou mais c'est le mieux qu'on peut faire sans le flash)

En face de la tombe de Camoes

La voute de l'abbatiale (avec effet artistique simulant le bougé...)

Le cloitre du monastère des Jeronimos

d'autres arcades du cloitre...

Le premier étage du cloitre

Le musée de la marine: maquettes des premiers navires des explorateurs portugais (échelle 1/20). Au premier plan la barque utilisé par Gil Eanes pour doubler le Cap Mojador

effet de flou sur une maquette de caravelle (ech: 1/20)

premiers galions (ech: 1/20)

Le monument des découvertes (voir également le départ de lisbonne vers Porto santo)

La tour de Belem

Dans une guerite de la tour de Belem (Anne ma soeur Anne, ne voit tu rien venir...)

Caracolito, un peu perdu dans la Marina da Alcantara...