De
Bayona (Espagne)
à
Nazare (Portugal)
42°07,25' N
8°50,4' W
 
39°35'15 N

9°04,45' W

03/09/05
 
04/09/05

 

Distance parcourue
172 Milles
Durée étape
36 heures
Vitesse moyenne
4,7 Noeuds

Plus de 25 heures de moteur pour une étape de 36 heures... Les voiles nous servent de parasol!

Nous entamons les conserves de michelle!

Il faut bien, vue l'abondance de la pêche il va bien falloir que nous nous y mettions, et pour cela il nous faut des pots de conserve vides... (On fait du vide pour mettre du plein, ça c'est de la physique!)

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Du 2 au 3 septembre Bayona (Espagne)
L’Espagne nous retient dans ses rets une nuit de plus.
Partis de Vigo pour le Portugal, en fin d’après midi, nous sortons de la ria au moteur, mais le vent ne soufflant toujours pas, nous décidons de nous arrêter à Bayona pour la nuit. Nous mouillons devant la ville. Visite nocturne de la principale vieille rue de Bayona, glace sur la promenade le long de la mer.
Le lendemain, nous partons vers 10h, nous passons au moteur devant la réplique de la Pinta, Caravelle de Christophe Colomb, parti de Bayonna pour les Indes, découvrant l’Amérique. Nous longeons la citadelle, les remparts dentelés, les palmiers, je pense à l’Andalousie, Séville, Cadix…(que nous ne verrons pas).

Chacun son cap Bojador.
Ce cap en Afrique était la limite du monde connu par les Portugais en 1434. Pour nous, notre cap Bojador, c’est Bayona en Espagne. Au delà, notre connaissance se limite aux cartes et aux livres. Nous allons franchir ce cap.
Pour les portugais, la découverte du monde commence par Madère (1419) et les Açores (1427). Elle est motivée par le désir de maîtriser le commerce des épices et du parfum d’Extrême orient par la mer ( la route par la terre est aux mains des Maures).Les Grandes Découvertes pour du parfum et des épices-poivre, cannelle, gingembre, clou de girofle maintenant sur l’étagère à épices de notre bateau.
Les Découvertes se poursuivent par le Congo et le cap des tempêtes, rebaptisé Cap de Bonne Espérance, puis le Mozambique et les Indes par Vasco de Gama (1498) (le gisant de Vasco de Gama est dans l’église du monastère des Jéronimos en face de celui de Camoens).
Christophe Colomb est un européen tel qu’on rêve d’être aujourd’hui : gênois, marié à une portugaise de Madère, son expédition est refusée par les Portugais, acceptée par les Espagnols. Ses trois caravelles sont : la Niña, la fille de joie, ; la Pinta, la pintada, la maquillée, la prostituée, la Santa Maria, la sainte, Christophe Colomb part donc avec sa vierge et ses putains, son bordel et son ciel.
A l’époque du franchissement du cap Bojador, la Caravelle et les instruments de navigation sont mis au point. ( l’embarcation qui a franchi le cap Bojador est d’environ 16 mètres, genre bateau de travail breton : nous voyons sa maquette au musée de la Marine à Lisbonne.)
Dans les années 70, Philippe Harlé conçoit une série de Bateaux très marins, dont l’Armagnac, notre bateau, construit en 1973, 42ième des Armagnac à être construit, mesurant 8,50 m (il est encore construit de nos jours).
Donc, 513 ans après Christophe Colomb, 483 ans après le 1er tour du monde réalisé par un bateau de Magellan, le monde entier ayant été découvert et conquis par toute sorte de gens et de toutes façons, nous envisageons le tour du monde, n’ayant plus rien à conquérir et tout à découvrir.
Etapes par étapes, comme les Portugais, eux, Madère, les Açores, Bojador… Nous, Espagne, Portugal, Madère, Canaries, Cap Vert…
500 ans donc pour qu’arrivent les épices sur l’étagère à épices d’un bateau de plaisance de 8,50 m nommé Caracolito en route pour le tour du monde.

14h30 nous mettons les voiles enfin devant la Guardia, dernier port d’Espagne. Le rio Minho se profile entre des rives de sable, fleuve frontière entre les deux pays. Côté espagnol, le soleil brille, côté portugais, c’est le brouillard. Le monde réel du Portugal nous est happé par le brouillard et sa grande gueule avale tout, on ne voit plus rien, la terra incognita commence. Nous transportons des clandestins : deux maquereaux espagnols dans un seau.
Pendant le changement de drapeau espagnol pour le drapeau portugais, le hameçon de la canne à pêche se prend dans une bouée de pêcheur. S’ensuivent manœuvres au moteur pour approcher la bouée et récupérer l’hameçon. La mésaventure se répète deux fois. La corne de brume d’un bateau mugit ; sur un îlot rocheux, cerné par la brume, surgit un fortin en pierre. C’est la ville d’Ancora nous dit la carte- les noms arrivent par la lecture.
La côte se dégage, nous éteignons le moteur pour écouter de la musique portugaise venant de la terre.
On est à 4 ou 5 milles de la rive, on longe de grandes plages où cassent les rouleaux des vagues, des villes aux hauts immeubles modernes. Le temps est ensoleillé, la mer belle, une chaussette mouillée et un torchon sèchent. Pierre a pêché 13 maquereaux .
Il y a des « villes invisibles » tel le reflet de Venise dans la lagune, il y a aussi une mer invisible sous le panneau solaire, avec le reflet des crêtes blanches et les éclats de soleil qu’elle charrie. Le panneau solaire ne produit pas que de l’électricité mais aussi cette mer invisible.
Nuit du 3 au 4 septembre vers Nazaré
Je me suis levée vers minuit et suis sortie sur le pont. Un grand nuage blanc flottait, on aurait dit le sillage de la voile dans le ciel, comme si nous avions deux traces, en mer et dans le ciel et qu’il existait encore une mer nocturne et invisible. J’ai vu une lumière très basse dans le ciel qui laissait un sillage lumineux dans l’eau, j’ai pensé qu’un voilier arrivait vers nous, Pierre a éclairé à la lampe torche mais il n’y avait rien que cette lumière, « une étoile » a t-il pensé ; quelques instants plus tard, l’étoile s’était largement déplacé sur le côté et j’ai vérifié au compas que nous n’avions pas changé de cap. Elle s’est mise à bouger rapidement et à clignoter, j’ai compris que c’était un avion ou un hélicoptère. Nous étions près de Porto et on pouvait observer plusieurs de ces lumières.
Les dauphins sont venus, et du fait des eaux très riches en plancton, leur corps était complètement lumineux, leur contour de dauphin parfaitement dessiné par un trait de lumière, on pouvait les suivre du regard sous l’eau, observer leur parcours, les poursuites menées entre eux, l’ondulation que prenait leur corps, on les voyait sous l’eau puis à la surface respirer ou sauter, ils étaient des boules de feu, des brèches de jour dans la nuit,. Le moteur également laissait un bouillonnement phosphorescent dans l’eau, comme une chevelure de lumière qui flottait.
Les dauphins sont partis et une heure après, ils sont revenus les mêmes ou d’autres, comme des fusées, sillonnant les abords du bateau.
La mer était calme et noire, elle est devenue un instant, blanche, laiteuse, sur un seul côté, côté tribord. J’ai pensé à un banc très dense de poissons qui, avec le plancton aurait crée cette flaque blanche.
Un dauphin est revenu, un seul, le temps de passer d’un côté, et de l’autre du bateau, de laisser sa trace de lumière et la vue de son corps ondin, il était ailleurs.

De 7h à 10h (au moteur, le pilote barre)
Je m’endors de façon très inconfortable (nuque posée de côté sur le roof, jambes en équilibre sur le winch) de façon à ce que tous les quarts d’heure je me réveille et constate la mer inoccupée.


Départ de Bayona

Au fond le Castillo de monte real

La pinta

encore la pinta

L'embouchure du rio Minho, frontière entre Espagne et Portugal

on quitte l'espagne

Pour entrer au Portugal

ça mord!

Il fait au moins 15 Kg

Cendrillon?

Et deux de plus qui font treize!

Vous pouvez vérifier... (Il y en a deux qui sont cachés dans la poële du dessous)

maquereaux à la ratatouille de Michelle

arrivée à Nazare

mission accomplie!