| Cher
Jean Luc, à l'époque de ton mail, nous n'avions
rien de bien passionnant à raconter, ce qui n'est
plus le cas. Comme ton article est paru depuis, nous rapportons
ici la comédie qui s'est déroulée
à Bahia de Caraquez à l'occasion de notre
départ.
Tout
commence le lundi 18 juin. Nous avons prévu
de quitter Bahia de Caraquez le 20 juin pour aller à
Salinas, autre ville équatorienne à 150
milles au sud. L'entrée et la sortie de la rade
de Bahia sont régies par les marées, on
ne peut sortir qu'à marée haute et justement,
le 20, la marée haute est tôt le matin, ce
qui devrait nous permettre d'arriver avant la nuit à
Manta, important port de pêche où nous comptons
faire escale. Le 18 juin donc, je me rends à la
capitainerie de Bahia de Caraquez pour remplir les formalités
administratives..
Surprise
à l'accueil: le militaire de faction m'explique
que je n'ai pas le droit de faire les démarches
moi même, que je dois passer par un agent maritime...
J'insiste, explique que je veux partir dans 2 jours que
j'ai déjà fait moi même les formalités
d'entrée, qu'il ne s'agit même pas d'une
sortie internationale, que les agents sont pour les gros
bateaux et que le mien fait la taille d'une barque de
pêche
-"oui
mais c'est qu'il y a un nouveau système informatique,
que tout est géré par Guayaquil, on peut
rien faire, il faut un agent..."
- "Où y a t-il un agent à Bahia?"
-
"Il n'y en a pas!"
Le planton est bientôt rejoint par le responsable
du "Transito": je n'ai rien à faire ici,
je dois aller voir Don Franck (le responsable de "Puerto
Amistad", une marina composée d'une vingtaine
de bouée, d'un ponton pour annexes et d'un restaurant
pour américains) pour qu'il m'explique que je ne
peux pas faire mes papiers sans agent.
Je
retourne donc à Puerto Amistad (assez énervé)
là Franck Martin, le responsable m'attend, il a
été prévenu par la capitainerie de
mon passage. Dans son bureau, il m'explique la situation:
-
La capitainerie de Bahia a décidé d'appliquer
un vieux réglement qui "impose" la
présence d'un agent pour effectuer toutes formalités
pour les voiliers,
- qu'il
n'y a pas d'agent à Bahia,
- que
la capitainerie l'a désigné 'contre son
gré) responsable des bateaux étrangers,
et qu'il faut attendre au moins 30 jours pour qu'une
agence déjà présente aux Galapagos
crée une succursale à Bahia,
- qu'il
va essayer de faire jouer ses relations pour permettre
notre sortie. Deux autres bateaux sont dans notre cas.
Ce
lundi
soir nos amis équatoriens nous font la surprise
d'une petite soirée d'adieu en notre honneur...
Mardi,
mercredi, jeudi passent. Franck me tient au courant
des démarches, il a localisé avec l'aide
de l'agent des Galapagos, un de ces amis, la personne
à contacter à Guayaquil, il a envoyé
un lettre pour solliciter une permission de faire un zarpe
sans agent. Le jeudi soir il semblerait que l'autorisation
soit arrivée à la capitainerie...
Vendredi
matin: L'autorisation est arrivée... Mais
le responsable du "Transito" est en vacances
jusqu'à lundi et c'est le seul qui peut faire le
papier! nous devons donc attendre lundi pour partir.
Nos
amis équatoriens organisent une parrilla le dimanche
après-midi pour fêter notre départ
ils décident de tous venir à 11h pour nous
voir partir, La marée haute est à 12h05
le lundi.
Dimanche
soir: les autorités viennent de se rappeler
que lundi sera un jour férié... il est donc
probable que nous devrons soit payer une surtaxe, soit
que le gars du transit sera absent...
Lundi
matin 9h, la capitainerie à bien reçu
l'autorisation, le gars du transit est là, il s'occupe
de mon Zarpe. C'est la femme de Franck qui fait les démarches
car son mari est aux Galapagos (création de la
succursale de l'agence maritime locale). A 10h je me rends
à la capitainerie: le papier est sur le point d'être
édité. La femme de Franck me dit d'aller
dégonfler l'annexe qu'elle me fait apporter le
papier dans une demi heure.
10h45,
Puerto Amistad m'appelle à la VHF. Un ami, Noël,
m'amène à terre. Nos amis équatoriens
sont là pour notre départ. La femme de Franck
m'explique que Guayaquil veut maintenant les copies de
mes dix dernières clearances...
Elle
contacte son mari, qui contacte Guayaquil, je parle avec
Franck, je dois finalement fournir une liste des ports
que nous avons visités. je la griffonne rapidement,
approximativement en réinventant étapes
et dates. En neuvième position: Vannes, France.
La liste est envoyée par fax à Franck, qui
la fait parvenir à Guayaquil, qui la rentre dans
son système et la fait parvenir à la capitainerie
de Bahia à 100 mètres de nous... A 13h on
me confirme que tout est OK maintenant mais que la capitainerie
fermait à 12h aujourd'hui pour cause de jour férié...
de
toute façon on a raté la marée...
J'ai l'impresssion que tant qu'il y a des cases vides
sur le tableau excel du capitaine, ils ne peuvent pas
délivrer l'autorisation.
Ce
lundi soir, On refait une soirée d'adieux avec
nos amis équatoriens...
Mardi
matin, aujourd'hui la marée est à
13h.
A 9h nous débarquons à
Puerto Amistad. Maye, la Femme de Franck est à
la capitainerie depuis 8h.
A 9h30 Maye revient: Tout est prêt
mais il y a une panne de système, ils ne peuvent
pas imprimer... Elle retourne au front.
10h30 ne la voyant pas revenir, je m'y
rends avec Elanore dans les bras pour faciliter les contacts...
Le
gars du transit a l'air très affairé. Il
rédige une facture ($4,60), je la paye, il me demande
d'attendre 5 minutes le temps d'imprimer le papier. une
demi-heure après il me demande la liste des waypoints
que je vais utiliser pour me rendre à Salinas...
-"Ca
n'a pas de sens: mon bateau marche à la voile,
je dois aller contre le vent, donc je vais louvoyer donc
je ne connais pas ma route..."
-"oui mais vous devez donner des waypoints. En tant
que capitaine vous devez connaitre votre route..."
(ton
offusqué).
Il
sent que je m'énerve, de plus Elanore commence
à avoir faim et s'énerve et rale. Je réclame
une carte maritime de l'équateur pour leur donner
des points et j'apprends que la capitainerie de Bahia
de Caraquez ne possède pas de cartes maritimes...
Il
téléphone à Guayaquil et me passe
le fonctionnaire: le même sketch recommence avec
le coup du "en tant que capitaine vous devez..."
(ton offusqué). Il demande que je lui fasse parvenir
par e.mail les waypoints pour qu'il puisse les inclure
dans le système... Je m'énerve, lui explique
que je vais rater la marée à cause de lui
que je dois arriver à Manta avant la nuit pour
ne pas mettre en danger ma femme et mon bébé
(qui pleure) que je vais lui donner des points au hasard
au milieu du pacifique... finalement il m'annonce qu'il
va me faire une faveur et qu'il va rentrer des points
lui même dans le système.
Cinq
minutes après, toutes les cases de la feuille sont
remplies: le fonctionnaire de Guayaquil a rentré
des waypoints. Oui mais ca marche pas... problème
de nationalités de l'équipage,le capitaine
est français mais les autres?... pendant 15 minutes
les deux fonctionnaires discutent par téléphone.
11h55
Notre responsable du "transito" imprime enfin
le papier. Je le signe. Il faut la signature du lieutenant
qui est à ... Santo Domingo! Il part à la
recherche du sous lieutenant qui est... parti manger!
Il revient dans le bureau se gratte la tête et signe
le papier. Il me le tend.
-"C'est
bon, il ne manque pas de signature, pas de tampon?"
Il
me reprend aussitôt le papier se précipite
vers le tampon, Paf! me rend le papier tamponné,
je quitte son bureau. Il est 12h05.
Le planton m'interpelle:
-
"Vous allez sortir quand?"
- "maintenant"
- "Mais il faut faire la visite de sortie..."
- "Eh bien vous avez 15mn pour la faire, je pars
dans un quart d'heure.."
- "mais c'est qu'on a pas d'essence pour le moteur
du bateau et que..." (Nota: la même semaine
est rentré en vigueur en Equateur un réglement
interdisant la vente d'essence en bidon...)
Il
finit par dire qu'il ne va pas faire de visite que je
dois aller
chercher les papiers à bord pour qu'il puissent
les vérifier, je lui réponds que son collègue
en a les copies et je m'en vais, il a encore le temps
de me demander:
-"Au
moins appelez nous à la VHF pour nous informer
que vous partez..."
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