26 juin 2007
Jean Luc G. : VOS PAPIERS!
En fevrier 2007, Voiles et Voiliers par l'intermédiaire de Jean luc G. nous sollicite pour un futur article traitant des formalités administratives...

VOS PAPIERS !

A l’occasion d’un dossier sur les « Formalités et clearances autour
du monde » que nous souhaitons publier rapidement dans Voiles et
Voiliers, nous recherchons des témoignages et des expériences vécues
(douanes, immigration, santé, capitainerie, etc) lors de navigations
proches ou lointaines. Dans cette enquête où la diversité est de mise
(par exemple, en Papouasie Nouvelle Guinée, la coutume veut que l’on
offre des cadeaux (carotte de tabac) au chef du village devant lequel
on mouille alors qu’en Floride, un appel téléphonique sur une
messagerie dédiée enregistre votre entrée…) bonnes, étonnantes voire
mauvaises surprises ainsi que bons et moins bons plans méritent
d’être répertoriés afin que le plus grand nombre de navigateurs
puisse en profiter..

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La réponse de Caracolito:

Cher Jean Luc, à l'époque de ton mail, nous n'avions rien de bien passionnant à raconter, ce qui n'est plus le cas. Comme ton article est paru depuis, nous rapportons ici la comédie qui s'est déroulée à Bahia de Caraquez à l'occasion de notre départ.

Tout commence le lundi 18 juin. Nous avons prévu de quitter Bahia de Caraquez le 20 juin pour aller à Salinas, autre ville équatorienne à 150 milles au sud. L'entrée et la sortie de la rade de Bahia sont régies par les marées, on ne peut sortir qu'à marée haute et justement, le 20, la marée haute est tôt le matin, ce qui devrait nous permettre d'arriver avant la nuit à Manta, important port de pêche où nous comptons faire escale. Le 18 juin donc, je me rends à la capitainerie de Bahia de Caraquez pour remplir les formalités administratives..

Surprise à l'accueil: le militaire de faction m'explique que je n'ai pas le droit de faire les démarches moi même, que je dois passer par un agent maritime... J'insiste, explique que je veux partir dans 2 jours que j'ai déjà fait moi même les formalités d'entrée, qu'il ne s'agit même pas d'une sortie internationale, que les agents sont pour les gros bateaux et que le mien fait la taille d'une barque de pêche

-"oui mais c'est qu'il y a un nouveau système informatique, que tout est géré par Guayaquil, on peut rien faire, il faut un agent..."
- "Où y a t-il un agent à Bahia?"
- "Il n'y en a pas!"
Le planton est bientôt rejoint par le responsable du "Transito": je n'ai rien à faire ici, je dois aller voir Don Franck (le responsable de "Puerto Amistad", une marina composée d'une vingtaine de bouée, d'un ponton pour annexes et d'un restaurant pour américains) pour qu'il m'explique que je ne peux pas faire mes papiers sans agent.

Je retourne donc à Puerto Amistad (assez énervé) là Franck Martin, le responsable m'attend, il a été prévenu par la capitainerie de mon passage. Dans son bureau, il m'explique la situation:

  1. La capitainerie de Bahia a décidé d'appliquer un vieux réglement qui "impose" la présence d'un agent pour effectuer toutes formalités pour les voiliers,
  2. qu'il n'y a pas d'agent à Bahia,
  3. que la capitainerie l'a désigné 'contre son gré) responsable des bateaux étrangers, et qu'il faut attendre au moins 30 jours pour qu'une agence déjà présente aux Galapagos crée une succursale à Bahia,
  4. qu'il va essayer de faire jouer ses relations pour permettre notre sortie. Deux autres bateaux sont dans notre cas.

Ce lundi soir nos amis équatoriens nous font la surprise d'une petite soirée d'adieu en notre honneur...

Mardi, mercredi, jeudi passent. Franck me tient au courant des démarches, il a localisé avec l'aide de l'agent des Galapagos, un de ces amis, la personne à contacter à Guayaquil, il a envoyé un lettre pour solliciter une permission de faire un zarpe sans agent. Le jeudi soir il semblerait que l'autorisation soit arrivée à la capitainerie...

Vendredi matin: L'autorisation est arrivée... Mais le responsable du "Transito" est en vacances jusqu'à lundi et c'est le seul qui peut faire le papier! nous devons donc attendre lundi pour partir.

Nos amis équatoriens organisent une parrilla le dimanche après-midi pour fêter notre départ ils décident de tous venir à 11h pour nous voir partir, La marée haute est à 12h05 le lundi.

Dimanche soir: les autorités viennent de se rappeler que lundi sera un jour férié... il est donc probable que nous devrons soit payer une surtaxe, soit que le gars du transit sera absent...

Lundi matin 9h, la capitainerie à bien reçu l'autorisation, le gars du transit est là, il s'occupe de mon Zarpe. C'est la femme de Franck qui fait les démarches car son mari est aux Galapagos (création de la succursale de l'agence maritime locale). A 10h je me rends à la capitainerie: le papier est sur le point d'être édité. La femme de Franck me dit d'aller dégonfler l'annexe qu'elle me fait apporter le papier dans une demi heure.

10h45, Puerto Amistad m'appelle à la VHF. Un ami, Noël, m'amène à terre. Nos amis équatoriens sont là pour notre départ. La femme de Franck m'explique que Guayaquil veut maintenant les copies de mes dix dernières clearances...

Elle contacte son mari, qui contacte Guayaquil, je parle avec Franck, je dois finalement fournir une liste des ports que nous avons visités. je la griffonne rapidement, approximativement en réinventant étapes et dates. En neuvième position: Vannes, France. La liste est envoyée par fax à Franck, qui la fait parvenir à Guayaquil, qui la rentre dans son système et la fait parvenir à la capitainerie de Bahia à 100 mètres de nous... A 13h on me confirme que tout est OK maintenant mais que la capitainerie fermait à 12h aujourd'hui pour cause de jour férié...

de toute façon on a raté la marée...

J'ai l'impresssion que tant qu'il y a des cases vides sur le tableau excel du capitaine, ils ne peuvent pas délivrer l'autorisation.

Ce lundi soir, On refait une soirée d'adieux avec nos amis équatoriens...

Mardi matin, aujourd'hui la marée est à 13h.
A 9h nous débarquons à Puerto Amistad. Maye, la Femme de Franck est à la capitainerie depuis 8h.
A 9h30 Maye revient: Tout est prêt mais il y a une panne de système, ils ne peuvent pas imprimer... Elle retourne au front.
10h30 ne la voyant pas revenir, je m'y rends avec Elanore dans les bras pour faciliter les contacts...
Le gars du transit a l'air très affairé. Il rédige une facture ($4,60), je la paye, il me demande d'attendre 5 minutes le temps d'imprimer le papier. une demi-heure après il me demande la liste des waypoints que je vais utiliser pour me rendre à Salinas...

-"Ca n'a pas de sens: mon bateau marche à la voile, je dois aller contre le vent, donc je vais louvoyer donc je ne connais pas ma route..."
-"oui mais vous devez donner des waypoints. En tant que capitaine vous devez connaitre votre route..."
(ton offusqué).

Il sent que je m'énerve, de plus Elanore commence à avoir faim et s'énerve et rale. Je réclame une carte maritime de l'équateur pour leur donner des points et j'apprends que la capitainerie de Bahia de Caraquez ne possède pas de cartes maritimes...

Il téléphone à Guayaquil et me passe le fonctionnaire: le même sketch recommence avec le coup du "en tant que capitaine vous devez..." (ton offusqué). Il demande que je lui fasse parvenir par e.mail les waypoints pour qu'il puisse les inclure dans le système... Je m'énerve, lui explique que je vais rater la marée à cause de lui que je dois arriver à Manta avant la nuit pour ne pas mettre en danger ma femme et mon bébé (qui pleure) que je vais lui donner des points au hasard au milieu du pacifique... finalement il m'annonce qu'il va me faire une faveur et qu'il va rentrer des points lui même dans le système.

Cinq minutes après, toutes les cases de la feuille sont remplies: le fonctionnaire de Guayaquil a rentré des waypoints. Oui mais ca marche pas... problème de nationalités de l'équipage,le capitaine est français mais les autres?... pendant 15 minutes les deux fonctionnaires discutent par téléphone.

11h55 Notre responsable du "transito" imprime enfin le papier. Je le signe. Il faut la signature du lieutenant qui est à ... Santo Domingo! Il part à la recherche du sous lieutenant qui est... parti manger! Il revient dans le bureau se gratte la tête et signe le papier. Il me le tend.

-"C'est bon, il ne manque pas de signature, pas de tampon?"

Il me reprend aussitôt le papier se précipite vers le tampon, Paf! me rend le papier tamponné, je quitte son bureau. Il est 12h05. Le planton m'interpelle:

- "Vous allez sortir quand?"
- "maintenant"
- "Mais il faut faire la visite de sortie..."
- "Eh bien vous avez 15mn pour la faire, je pars dans un quart d'heure.."
- "mais c'est qu'on a pas d'essence pour le moteur du bateau et que..." (Nota: la même semaine est rentré en vigueur en Equateur un réglement interdisant la vente d'essence en bidon...)

Il finit par dire qu'il ne va pas faire de visite que je dois aller chercher les papiers à bord pour qu'il puissent les vérifier, je lui réponds que son collègue en a les copies et je m'en vais, il a encore le temps de me demander:

-"Au moins appelez nous à la VHF pour nous informer que vous partez..."